Message
par crepenutella » 23 avril 2020 11:55
"yler Cowen : « La France n'est pas un bon modèle pour les États-Unis »
Hélène Vissière
Hélène Vissière
1649 mots
10 avril 2020
Le Point
LPOINT
202004
Français
Copyright 2020 Le Point
Le grand économiste libéral, dont le blog Marginal Revolution est l'un des plus influents au monde, incite à se méfier des solutions étatistes.
Professeur à l'université George-Mason à Washington, Tyler Cowen est l'un des économistes libéraux américains les plus influents. Il a été classé parmi les « 100 plus importants penseurs mondiaux » par le magazine américain Foreign Policy. Il est l'auteur de nombreux livres et d'un blog, Marginal Revolution.
Le Point : Vous comparez la situation économique provoquée par la pandémie de Covid-19 à celle de la Seconde Guerre mondiale. Pourquoi ?
Tyler Cowen : Durant la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ou la France ont été attaqués par un ennemi et ont réaffecté une partie significative de leur économie à l'effort de guerre pour fabriquer des tanks et des armes. Dans le cas de cette crise, l'assaillant est un virus ; et c'est une portion importante de l'économie qui a également été redirigée. On constate aussi qu'actuellement beaucoup de gens restent chez eux, et ça a le même effet que durant la Seconde Guerre mondiale : il y a moins de choses produites et de services disponibles et souvent d'une qualité plus médiocre qu'en temps normal. Donc, en termes macroéconomiques, c'est similaire. La différence avec la Seconde Guerre mondiale, c'est que les tanks et les munitions étaient produits en masse, alors que les respirateurs ou les masques sont fabriqués en quantités plus faibles. Même si la production de ces produits augmentait, je ne pense pas que l'assemblage de respirateurs suffise à redresser la croissance.
Quelle va être l'ampleur de la récession ?
On ne sait pas. Il y a le scénario optimiste. Si on arrive à contrôler l'épidémie très vite, l'économie peut rebondir rapidement et sans trop de dommages durables. Et puis il y a le scénario pessimiste. Une deuxième vague d'épidémie apparaît à l'automne et l'incertitude planerait, avec des personnes qui continueraient à mourir. Dans ce cas-là , la situation pourrait s'avérer très difficile pendant un an et demi, voire deux ans. De nombreuses petites entreprises et des sociétés de services se retrouveraient à cours de capitaux et ne pourraient pas maintenir leurs activités ; et les plans de relance ne suffiraient pas à les sauver. Il y aurait aussi à craindre toutes sortes de perturbations de la chaîne d'approvisionnement, en particulier pour les produits en provenance de Chine ou d'Inde ; il pourrait ainsi y avoir moins d'échanges, d'investissements, et l'effet à long terme serait très négatif.
En somme, les économistes sont dans le flou total.
Comme tout le monde. Les économistes ne peuvent pas prédire l'état de la santé publique. Vous savez, les professionnels de la santé à qui je parle n'ont pas plus de certitudes que nous, économistes. C'est une crise sans précédent. C'est pour cela qu'il est si difficile de faire des prévisions.
Mais on a tout de même une idée des pays qui vont le plus souffrir de cette crise, non ?
Ce sont ceux touchés par la baisse du prix du pétrole ou qui ont un gros endettement comme l'Argentine, le Pakistan, la Turquie, l'Afrique du Sud... Ces pays vont subir une sévère récession. La situation des pays dont l'économie est très ouverte est aussi inquiétante. Par exemple, les États qui attirent un grand nombre de touristes vont beaucoup souffrir. Imaginez, plus un seul touriste japonais ou américain en France ! Aux États-Unis, le taux de chômage pourrait dépasser les 25 % de la crise de 1929 et de la Grande Dépression. Cela ne va pas se voir dans les chiffres officiels du chômage, car beaucoup de gens ont toujours un contrat de travail, même s'ils sont dans l'impossibilité de produire. De fait, ils ne sont pas comptabilisés comme chômeurs, mais ils sont bel et bien inactifs. Je pense que, pour soutenir la production, le gouvernement américain va être forcé de relancer nombre de secteurs de l'économie à un moment, en mai. Est-ce que c'est sage d'un point de vue médical ? Je ne peux pas juger, mais ça va certainement arriver, car on ne peut laisser se tarir toutes nos ressources.
Anticipez-vous une crise dans la zone euro ?
La crise est déjà là . L'Italie est le maillon le plus faible de la zone euro, avec un gros niveau d'endettement. Quant à l'opinion publique, elle est hostile à l'UE. Si le PIB plonge de 10 % ou plus, que va-t-il se produire ? Si l'UE ne fait rien durant cette crise, les règles démocratiques ne voudront plus dire grand-chose.
Dans ces conditions, il est difficile de mettre en place des politiques macroéconomiques ?
C'est une crise sans précédent. Certains éléments de la récession de 2008 se sont avérés très utiles, pour les banques centrales, par exemple. Mais le reste des décideurs n'a pas vraiment de manuel. Les mesures prises aux États-Unis sont bonnes, du moins sur le papier. Le plan de relance va dans la bonne direction. Mais sa mise en place se passe mal. Le lancement du programme d'aides aux PME semble être désastreux. C'est une idée excellente de donner un chèque de 1 200 dollars à chaque Américain, mais certains ne le toucheront pas avant septembre. C'est complètement fou !
Que devrait faire l'administration Trump ?
Enclencher d'autres programmes de relance. Le prochain doit allouer des fonds aux États et aux gouvernements locaux. La question, c'est qu'une fois que le Congrès l'a voté, combien de temps faut-il pour qu'il entre en vigueur ? On a mis trop de temps à faire des tests de dépistage, à avoir des masques, à donner des aides aux PME... Cette lenteur est honteuse.
Doit-on s'attendre aux États-Unis à des réformes sociales de fond comme après la crise de 1929 ?
Si c'est le scénario optimiste qui se produit, sûrement pas. Si les choses traînent en longueur, ce n'est pas impossible. Mais je ne pense pas qu'on va créer, par exemple, des allocations familiales, même si je suis favorable à des subventions pour les familles, ou à un système d'assurance-chômage qui ouvre plus de droits. Je ne crois pas que la France, où les dépenses publiques représentent 57 % du PIB, un des taux les plus élevés au monde, soit un bon modèle pour les États-Unis. Ni qu'un système universel de santé soit une bonne chose de ce côté-là de l'Atlantique. Aux États-Unis, 130 millions de gens ont une assurance privée et ne veulent pas la perdre. Si une assurance publique universelle est lancée, c'est tout le système qu'on détruit. En revanche, je suis pour améliorer l'Obamacare (la réforme de la santé lancée par Barack Obama) et étendre Medicaid (l'assurance-maladie publique pour les plus démunis). Lorsque l'on parle d'augmenter le rôle de l'État, il faut garder à l'esprit que la plupart des pays vont sortir moins riches de cette crise. À qui les États-Unis vont-ils pouvoir emprunter de l'argent si tout le monde se serre la ceinture ?
Qui peut sortir gagnant de cette crise ?
Je ne crois pas qu'il y ait de gagnant. En termes de géopolitique, les grands pays vont avoir plus de pouvoir et d'influence. Les États-Unis peuvent augmenter leur production domestique. Ce sera douloureux à mettre en place, mais ils peuvent y arriver. Les États-Unis ont une grosse population et c'est un des rares pays qui est indépendant à la fois sur le plan énergétique et sur le plan alimentaire. La Chine peut également s'adapter.
Est-ce la fin de la puissance économique américaine ?
Je ne crois pas. Le dollar remonte... Tous les pays comptent sur la Fed pour sauver leur économie de l'effondrement financier. On s'achemine vers un monde plus bipolaire, divisé entre la Chine et les États-Unis.
Certains grands groupes prospèrent...
Durant cette crise, Amazon, Facebook, Netflix, les câblo-opérateurs se révèlent incroyablement fiables. C'est impressionnant. Il est vrai que lorsqu'un groupe est trop gros, on a moins d'innovation. Mais, pour le moment, nous n'avons pas le choix : on se bat pour survivre. Ces entreprises sont une bouée de sauvetage, et l'on devrait leur être reconnaissants de fonctionner aussi bien. On devrait même être fiers de leurs performances.
Propos recueillis par Hélène Vissière
Sebdo Le Point S.A.
Document LPOINT0020200410eg4a0005l
+ Articles connexes
"
Article du point que j'ai eu grâce à mon statut étudiant et que je reporte aussi en grande partie (mais pas tout par sécurité, avec les droits d'auteurs ect, j'évite). Très intéressant.
10:5 Dans quelque maison que vous entriez, dites d'abord: Que la paix soit sur cette maison!
10:6 Et s'il se trouve là un enfant de paix, votre paix reposera sur lui; sinon, elle reviendra à vous.