Victor a écrit : 02 août 2022 18:02
Imaginons un pays où la pauvreté et la précarité augmenteraient dans les proportions que vous décrivez, et bien, le président ce pays ne serait pas réélu et son parti prendrait une énorme raclée et ne serait pas le parti avec le plus de députés à l'AN.
Donc comment expliquez-vous que E. Macron soit le premier président de la république réélu (hors cohabitation) de la 5ième ?
N'y a-t-il pas un décalage assez énorme entre la situation sociale que vous présentez (comme réelle) et la réalité politique du pays (celle-ci indiscutable) ?
Ce n'est pas aussi simple que tu sembles le croire.
La pauvreté monétaire a augmenté depuis le milieu des années 2000 mais la pauvreté n'est pas seulement monétaire. Elle peut être liée à d'autres questions comme le logement, l'accès à la santé, l'instruction, etc...
La définition de la pauvreté proposée par l'INSEE est assez pauvre et se concentre seulement sur ce qu'ils appellent la pauvreté monétaire. En gros, il faut disposer d'un revenu inférieur à 60% du revenu médian, soit environ 1100 euros par mois pour un individu seul (à croire qu'avec 1200 euros par mois en habitant dans une grande ville tu n'es pas pauvre !).
Cela risque de ne pas aller en s'améliorant et ce seuil de pauvreté fixé par l'INSEE ne veut pas dire la même chose en tout temps et en tout lieu. L'augmentation des loyers, le fait de vivre en ville ou dans la campagne, l'inflation, etc, sont autant de variables à prendre en compte.
En ce qui concerne Macron, je pense que tu as une perception erroné du jeu politique.
Premièrement, il y a une abstention assez folle et les retraités représentent une bonne partie des votants (estimée à environ 1 tiers). Selon l'INSEE, le taux de pauvreté des retraités est environ 5 points moins élevé que le taux pour l'ensemble de la population française. Macron n'a pas flatté les retraités pour rien. Les retraités d'aujourd'hui sont les "boomers", non pas au sens péjoratif (j'ai beaucoup de difficultés à comprendre les propos de certains sur ce forum qui crachent sur les retraités) mais plutôt au sens démographique du terme. En soit, c'est une bonne chose de faire progresser les niveaux de vie des retraités (excepté ceux qui n'en ont pas besoin), ce qui m'embête c'est plutôt l'instrumentalisation politique.
Deuxièmement, il y a tout de même davantage de contestataires que d'individus qui défendent vraiment le programme de Macron. Cette énergie contestataire est largement divisée entre la gauche (principalement LFI aujourd'hui), l'extrême droite (principalement le RN), une partie sans doute non négligeable des abstentionnistes et ceux qui votent blanc.
Troisièmement, il y a une part non négligeable de la population qui ne se sent pas concernée par la (et non pas "le") politique française, à tort ou à raison d'ailleurs. Parmi ceux-là , on retrouve beaucoup de votants et, n'ayant pas d'avis particulier sur la question, ils se retrouvent à voter pour celui ou celle qui paraît être le "mieux" sans vraiment savoir pourquoi. Ce "mieux" étant tout de même assez bien construit par tout un discours médiatique.
C'est l'été donc c'est plutôt calme. Je pense que la "situation sociale" ne manquera pas d'être explosive durant les prochaines années, notamment parce qu'il n'y a pas que la pauvreté qui agace la population.
"Etre de gauche c'est d'abord penser le monde, puis son pays, puis ses proches, puis soi; être de droite c'est l'inverse" Gilles Deleuze