vivarais a écrit : 12 mai 2020 17:52
avant que ce soit une brèche dans une digue , cela commence par une petite fissure qui s'agrandit
Députés frondeurs à LREM : les dessous de l'« opération sécession »
Une vingtaine de députés LREM, dont plusieurs têtes d'affiche, veulent créer un groupe autonome à l'Assemblée. Vrais frondeurs ou « pieds nickelés » ? Par Géraldine Woessner, avec Olivier Pérou et Nathalie Schuck
Modifié le 12/05/2020 à 15:53 - Publié le 12/05/2020 à 12:34 | Le Point.fr
Une soixantaine de députés s’apprêtent à soutenir, mercredi 13 mai, trente propositions issues d’une consultation publique lancée en avril par quelques « frondeurs » LREM. © CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP
« Si tu es nostalgique du temps des MJS, tu n'as qu'à y retourner ! » À la sortie de l'hémicycle ce vendredi 8 mai, devant une poignée de ses collègues qui ont en main un article des Échos, le jeune député de la Vienne Sacha Houlié est contraint de battre en retraite : le quotidien économique annonce ce jour-là que 58 députés, dont plusieurs LREM, seraient sur le point de créer un neuvième groupe à l'Assemblée nationale, fracturant la majorité, et surtout lui faisant perdre cette majorité absolue qui, depuis 2017, permet à l'exécutif de rester maître de l'agenda.
En pleine crise du coronavirus, alors que le gouvernement martèle comme un mantra ses appels à « l'union nationale », la révélation de ces manœuvres d'antichambre, fomentées par d'habituels trublions de la macronie (dont l'écologiste Matthieu Orphelin et le Marcheur Aurélien Taché…), a le don d'excéder.
Mais Sacha Houlié en est-il ? « Jamais de la vie, » dément celui qui paye, auprès de certains de ses collègues, sa liberté de ton et une amitié ancienne avec certains des « frondeurs » désignés. Depuis que l'information a fuité dans la presse, ceux-ci se cachent, gênés que leur plan secret ait été dévoilé. « C'est une manœuvre de Richard Ferrand [le président de l'Assemblée nationale, NDLR], qui a éventé le truc pour le faire échouer », assure un ténor de la majorité.
Mais un autre s'esclaffe : « C'est surtout une erreur de cette bande de pieds nickelés ! Ça fait quinze jours que leur profession de foi tourne comme un hélicoptère sur les boucles WhatsApp. Maintenant, ils sont obligés d'aller jusqu'au bout ! » Au sommet du pouvoir, un contre-feu s'est allumé pour torpiller l'initiative. « On verra combien il en restera… »
Un « noyau dur » à gauche d'En marche !
Qui, et combien sont-ils, justement, ces « pieds nickelés » qui tentent, depuis des mois déjà, de faire exister un courant « social » au sein du groupe La République en marche, sans jamais y parvenir ? À la barre, cette fois, une bande hétéroclite, composée d'anciens du PS ou d'EELV (comme l'ancienne ministre socialiste Delphine Batho), de démissionnaires de LREM (Matthieu Orphelin, donc, mais aussi Paula Forteza, Delphine Bagarry ou Albane Gaillot…), et une poignée de députés formant l'aile gauche du parti, dont les prises de position se sont durcies au fil des mois, et pour lesquels le passage en force de Matignon sur la réforme des retraites au début de la crise du coronavirus semble avoir constitué un point de rupture.
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Le « noyau dur » formé par Aurélien Taché (Val-d'Oise) et ses amis de la « bande de Poitiers », tous issus des rangs de l'Unef ou du Mouvement des jeunes socialistes (Guillaume Chiche, Pierre Person…), aurait acté autour d'un déjeuner organisé à Strasbourg en février ce qu'il appelle alors « l'après-municipales », et serait parvenu à rallier quelques collègues de LREM : Claire Pitollat, Émilie Cariou, Fiona Lazaar… Dans leur esprit, aucun progrès ne viendra tant qu'Édouard Philippe occupera Matignon, ni tant que Stanislas Guerini et Gilles Le Gendre, jugés « trop mous », resteront respectivement à la tête du parti et du groupe LREM à l'Assemblée. Pour « imposer le dialogue, il faut créer un rapport de force », juge alors l'un d'eux. « Et cela passe par un nouveau groupe, qui ne se positionne ni dans l'opposition ni dans la majorité. »
Va pour la théorie. Dans la pratique toutefois, les obstacles sont légion.
« C'est la guerre des ego plus que la guerre des idées ! »
Le poids de ce groupe, d'abord. « Il verra le jour, cela ne fait aucun doute, confie l'un de ses artisans, mais rien n'est acté, on n'a pas encore de calendrier, et certainement pas 58 personnes ! » En réalité, ce bilan vient d'une confusion : une soixantaine de députés s'apprêtent effectivement à soutenir, mercredi 13 mai, les trente propositions issues d'une consultation publique lancée en avril par quelques « frondeurs », parmi lesquels Matthieu Orphelin, Paula Forteza et Aurélien Taché, pour imaginer « le jour d'après ».
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Des propositions dans l'air du temps, comme la « revalorisation immédiate du salaire des agents hospitaliers », un « revenu universel pour tous » ou la « relocalisation de la production de produits de première nécessité »… Sans surprise, « de nombreux députés vont les suivre : ils jouent sur l'émotion pour se rendre populaires, même si rien n'est budgété », s'agace une cadre de LREM. « Mais, depuis vendredi, plusieurs membres de la majorité cités dans les journaux ont fait marche arrière », ajoute-t-elle. Selon différents décomptes, le neuvième groupe de l'Assemblée ne compterait au total que 20 à 25 membres.
La guerre des ego plus que la guerre des idées !
« Et je leur souhaite bien du courage pour se trouver un chef », glisse l'un de leurs collègues. « Entre Delphine Batho, Matthieu Orphelin et Aurélien Taché, c'est la guerre des ego plus que la guerre des idées ! » Le bras de fer pour désigner le patron de ce groupe « progressiste » n'est pas encore achevé… Et les profils de ses membres, aux idées parfois éloignées (sur la laïcité, l'écologie, la fiscalité…), annoncent de possibles crispations. « Je ne suis pas certain du tout, finalement, que l'initiative se concrétise », doute le patron du groupe Libertés et Territoires, Philippe Vigier, inquiet de voir les « frondeurs » se servir dans ses rangs. « S'ils faisaient un peu plus de politique à Matignon, on n'en serait pas là ! »
L'initiative écorne l'image du pouvoir
Aussi bancale soit-elle, l'initiative inquiète Emmanuel Macron, qui s'en est ouvert ce week-end à quelques proches. « Cela renvoie une image de bazar, de brouillard, de bordel au sein de la majorité », forcément nuisible dans le contexte de crise actuelle, regrette un confident de l'exécutif. Qui ajoute :
« En même temps, cette scission clarifierait les choses… » Plusieurs députés anticipent avec soulagement le départ d'Aurélien Taché, « plus communautariste que l'extrême gauche », dont les positions sur la laïcité deviennent « insoutenables, inconciliables », tranche le député de la Creuse Jean-Baptiste Moreau. « La promesse d'En marche ! était de faire travailler ensemble des gens de droite et de gauche. S'ils veulent recréer une chapelle et ne rester qu'entre eux, il est peut-être préférable qu'ils s'en aillent. »
L'incident, en tout cas, révèle un malaise plus profond : « Le groupe actuel ne peut pas continuer avec ce fonctionnement-là et avec ce président-là », attaque une députée pourtant loyale au gouvernement. Gilles Le Gendre, « poussé là par Richard Ferrand parce qu'il ne lui fait pas d'ombre, ne tient pas le groupe. Il ne lance aucun débat. Depuis le confinement, on n'a eu aucune discussion de nature politique, rien ! Il est absent ! » Sans ligne politique claire, « il est compréhensible que le groupe se délite ».
Le groupe LREM pourrait perdre sa majorité absolue
Un risque que l'Élysée comme Matignon, qui l'ont souvent nié, sont maintenant contraints de prendre au sérieux. Avec 18 départs depuis le début de la mandature, le groupe LREM, qui compte aujourd'hui 296 députés, n'est qu'à un cheveu de perdre la majorité absolue (fixée à 289 membres). Les échanges téléphoniques sur le sujet ont émaillé la journée de lundi entre le 59 rue de Varenne et le secrétaire général du Château, Alexis Kohler. « L'Élysée ne voit pas de manière bienveillante cette initiative » qui divise plus qu'elle ne rassemble, confie un conseiller.
Mercredi, les ministres Jean-Yves Le Drian, Olivier Dussopt, Emmanuelle Wargon, animateurs d'un courant de gauche au sein de LREM, rassembleront en visioconférence une poignée de députés pour parler stratégie. « On va voir lesquels on peut repêcher », confie l'un des participants.
« Ni Barbara Pompili ni Hugues Renson ne partiront, ils ont trop à perdre. Je pense qu'on peut retenir Guillaume Chiche. Et, j'espère, Émilie Cariou… Elle est intelligente, très pointue sur les finances, et maîtrise parfaitement ses dossiers. » Pas vraiment le profil, quoique certains en disent, d'une « pied nickelée ».
Analyse qui me semble aller plus en profondeur que la votre