Kelenner a écrit : 08 août 2022 20:56
Once a écrit : 08 août 2022 20:04
Faisons très attention à ce slogan " Il n'y a qu'une seule Chine."
Parce que la Chine a l'intention de l'étendre au monde entier.
C'est son objectif sur le long terme.
Ca n'a pas beaucoup de sens d'imaginer une telle chose. Historiquement, ce sont plutôt les français et les britanniques qui ont envahi la Terre entière (Chine comprise d'ailleurs), les chinois ont aussi subi l'impérialisme japonais. Ils comptent certainement étendre leur emprise territoriale au maximum, mais évitons de délirer, c'est un peuple qui n'a aucune vocation expansionniste. Et dans ce cas, que penser du slogan "La République une et indivisible" ? Slogan impérialiste, lui aussi, ou simplement jacobin ?
« Rouge vif/ L’idéal communiste chinois » (Alice Ekman)
Ce que j’ai appris à la lecture de ce bouquin pas facile à lire mais intéressant car l’auteur a manifestement travaillé son sujet et « inflitré » IRL le sujet à connaître durant de longues années :
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Même si le système économico-politique de la Chine demeure hybride et assez inclassable, les fondements idéologiques de la Chine demeurent plus que jamais marxistes-léninistes. L’auteur nous en donne des dizaines d’exemples tirés de nombreux discours du dirigeant actuel Xi Jinping mais tirés aussi dans les pratiques actuelles du régime (exemple : le recours systématique à l’auto-critique pour les cadres du Parti). Par ailleurs, le PCC dit avoir clairement étudié les raisons de la faillite du système communiste soviétique pour ne pas tomber dans les mêmes travers et commettre les mêmes erreurs.
- La foi marxiste est incompatible avec la pratique d’une religion. Oui mais : paradoxalement, elle doit quand même s’incarner dans la foi aveugle en un leader (Xi Jinping) dont les discours et les pensées doivent imprégner les cadres du Parti. Ces discours, ces écrits, ces pensées deviennent des modèles que les cadres du Parti doivent connaître et appliquer à la lettre. Cela se voit moins depuis l’Occident mais il semblerait qu’avec Xi Jinping on ne soit plus très loin du fameux modèle « Mao ».
- Le rôle du PCC s’est clairement renforcé dans l’économie. Même si il est possible d’entreprendre en Chine, chaque entreprise doit entretenir un lien fort avec le Parti et l’État. Par ailleurs les entreprises d’état considérées comme stratégiques (défense, électricité, pétrole et gaz, communications, aéronautique, rail etc ) représentent 90 % des revenus. Quant aux entreprises étrangères, elles ont intérêt à établir des bureaux à Pékin si elles veulent avoir accès aux informations officielles émanant du Parti, informations indispensables pour pouvoir poursuivre leurs activités
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Le projet final de la Chine n’est pas capitaliste. Le capitalisme actuel auquel elle recourt n’est qu’un moyen pour atteindre un communisme à la chinoise. Le Parti a clairement établi que le capitalisme ne serait pas viable sur le long terme. Donc, de la même manière que certains dirigeants politiques utilisent les droits de l’homme et la démocratie comme un autobus duquel ils descendent quand ils sont arrivés où ils voulaient en arriver pour passer ensuite à un but final moins avouable (comme Erdogan en Turquie, comme Khomeini qui avait bénéficié du droit d’asile en France) et bien la Chine entend elle aussi utiliser le capitalisme pour atteindre et incarner au bout du bout un idéal communiste d’obédience marxiste-léniniste « à la chinoise » et le répandre sur le monde.
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Les temps où la Chine manquait de confiance en elle-même sont clairement révolus. Le Parti et ses dirigeants sont désormais conscients et assurés de la supériorité de leur modèle sur l’Occident qu’ils estiment en déclin complet. L’horizon 2050 est fixé pour atteindre complètement ce but et confirmer la position définitive de la Chine en tant que leader mondial. Pas seulement sur le plan économique mais aussi en terme de modèle à suivre en terme de contrôle des sociétés : il n’est que voir tous les moyens numériques de contrôles sophistiqués des sociétés que la Chine exporte dans le monde entier (détection et enregistrement des visages dans les grands centres urbains mondiaux etc etc)
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D’énormes moyens politiques, diplomatiques, économiques et sociaux sont déployés pour étendre l’influence de la Chine, d’abord dans les pays en développement mais aussi dans les pays déjà développés. Cela va de la formation de nouveaux diplomates africains à l’installation de nouvelles infrastructures (routes, rails, ponts, hôpitaux etc ) dans le cadre des fameuses « Routes de la Soie » : ainsi, la Chine élargit le cercle des « pays amis » qui voteront pour elle dans les grandes instances internationales (comme l’ONU) où elle entend jouer un rôle majeur en inversant les valeurs traditionnelles défendues par les « vieux alliés » occidentaux (Droit de l’Homme etc..) Cela ne signifiant pas que la Chine ne défende pas ces valeurs elle-même mais qu’elle entend les défendre « à sa façon », selon ses propres informations, ses propres sources et sa "façon propre" de voir et d'interpréter les choses (la Chine considérant que tout ce qui provient d’Occident ne consistant qu’en une propagande contre elle)
- Chose très importante pour terminer : ce sont des partenariats (beaucoup plus flexibles) et non des systèmes d’alliances multilatérales (beaucoup plus contraignants et qui volent d’ailleurs en éclat en ce moment comme l’Otan ou le Brexit) que la Chine entend développer avec ses « pays amis ».
Pays amis auxquels elle ne manque pas de rappeler que – contrairement à ceux qui les ont colonisés et humiliés – elle, n’a strictement rien à se reprocher à leur égard en prétendant ne leur proposer que des partenariats « gagnants/gagnants »
Voilà , voilà .
En refermant ce bouquin, il me paraît clair qu’un nouveau monde est en train de naître, que l’on n’y pourra plus grand-chose et que la Chine dominera le monde sur tous les plans d’ici une trentaine d’années.
Oui mais (et là c’est moi qui parle) : en finissant par devenir elle-même ce qu’elle aura reproché à tant d’autres pour y parvenir : un nouveau colonisateur mondial totalitaire.
Je ne serai probablement plus de ce monde alors et ce sera tant mieux.
Par contre, pour nos enfants et nos petits-enfants, ce ne sera plus un monde « en rose » qu’ils vivront alors mais plutôt un monde « rouge vif » comme dit si bien le titre de l’ouvrage…