Marina Silva, la femme qui fait trembler Dilma Rousseff

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Marina Silva, la femme qui fait trembler Dilma Rousseff

Message par tisiphoné » 16 août 2014 18:00

La mort d'Eduardo Campos ouvre la voie à sa colistière, l'écologiste Marina Silva, un petit bout de femme qui affole l'establishment à 50 jours du scrutin.

Eduardo Campos s'était accordé un moment de répit au Sofitel de Copacabana. Pris dans le tourbillon de la campagne électorale, il venait de sortir des studios de la Globo, quinze minutes en direct au journal télévisé. Au restaurant, il avait rejoint l'amie d'enfance devenue la mère de ses cinq enfants, et quelques proches conseillers de cette campagne présidentielle éprouvante. Ce Nordestin charismatique avait 49 ans et des yeux bleus, hérités des colons néerlandais du XVIIe siècle. Il défendait pour la première fois les couleurs du Parti socialiste à la présidentielle. Et visiblement, il adorait ça, même s'il n'était encore qu'un outsider face à la présidente Dilma Rousseff, qui brigue un second mandat, et le chef de l'opposition, Aécio Neves. Le lendemain, Campos devait mettre le cap sur Santos, une ville portuaire près de São Paulo.

Une heure après le décollage, en ce mercredi 13 août, c'est la catastrophe. La météo est difficile. Le Cessna pique du nez en pleine ville. Au milieu d'une forêt d'immeubles, il s'écrase dans la cour d'un club de sports, ouvrant un cratère de plus de trois mètres de profondeur. Aucun survivant parmi les sept personnes à bord (Campos, quatre conseillers, et les deux pilotes). Par miracle, seule une dizaine de blessés légers au sol. La boîte noire est vite retrouvée. Mais les conversations entre l'équipage et la tour de contrôle n'ont pas été enregistrées. Le pays tout entier est sous le choc.

Au-delà de la tragédie, c'est un véritable tremblement de terre qui ébranle le Brésil avant la présidentielle du 5 octobre. La disparition d'Eduardo Campos replace au premier plan la frêle silhouette de Marina Silva, l'écologiste qui avait décroché près de 20 % des voix à la dernière présidentielle en octobre 2010. Cette année, elle n'avait pu briguer la magistrature suprême, car la justice électorale avait refusé de reconnaître son nouveau parti, le Réseau du développement durable. Elle avait par la suite accepté de devenir la colistière d'Eduardo Campos.

Un "Lula en jupon"

Ce coup du destin devrait la remettre en selle pour une nouvelle campagne présidentielle, même si sa candidature doit encore être officiellement confirmée par le Parti socialiste, après les funérailles de son leader. "Ça change la donne politique", admet Lula, l'ancien président qui avait nommé Eduardo Campos et Marina Silva comme membres de son gouvernement, avant de désigner Dilma Rousseff comme son héritière politique. Dilma, qui avait l'ambition de décrocher un second mandat en l'emportant dès le premier tour, sait que Marina Silva, qui l'avait déjà mise en ballottage face au candidat social-démocrate en 2010, va à nouveau jouer les trouble-fête. Et le chef de file de l'opposition, Aécio Neves, a également beaucoup à perdre avec l'entrée en lice probable de cette figure de proue de l'anti-establishment, dont le charisme s'étend bien au-delà des clivages politiques traditionnels.

Car c'est ce petit bout de femme, militante écologiste venue de l'Amazonie, analphabète jusqu'à l'âge de 16 ans, qui symbolise au mieux les aspirations au changement exprimées par les manifestants avant la Coupe du monde, et le rejet de la classe politique traditionnelle. Certains n'hésitent même pas à la présenter comme une "Lula en jupon", en raison de sa popularité, y compris auprès de la croissante communauté chrétienne évangélique. Mais, point commun avec Eduardo Campos, elle cherche avant tout à incarner une troisième voie entre le Parti des travailleurs de Lula et le Parti social-démocrate qui se relaient au pouvoir depuis vingt ans.

"Marina" est en tout cas un phénomène rare en politique : avant même d'être officiellement désignée candidate, certains la voient déjà en haut de l'affiche. Dilma Rousseff est actuellement en tête dans les sondages, et jouit du soutien de Lula, qui demeure extraordinairement populaire. Elle possède en outre un atout de taille. Lors de la "propagande électorale officielle" à la télévision, elle disposera de deux fois plus de temps que les principaux candidats de l'opposition pour marteler son message, deux fois par jour, à partir de mardi. Son challenger devra aller droit au but pour tenter de lui barrer la route.

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