En décembre 2017, le groupe public d'information ajoutera à ce dispositif une chaîne d’information diffusée en continu sur le câble, le satellite et l’ADSL. Il a obtenu le feu vert du Conseil supérieur de l’audiovisuel français dès 2015. Le cours du rouble, qui alourdissait le poids des investissements nécessaires, a retardé la décision de lancement mais cette fois, le budget est débloqué. Il s’élèvera à 20 millions d’euros en 2018, investissements compris. La chaîne coûtera 16 millions d’euros en vitesse de croisière, après investissements. La version française de RT sera ouverte à la publicité mais cet apport restera symbolique et elle ne réclamera rien aux distributeurs: l’essentiel des ressources viendra de l’Etat russe.
Sur le plan opérationnel, RT France entend recruter « une centaine de salariés au total d’ici la fin de l’année, dont cinquante journalistes de langue française », précise Xenia Fedorova. Quelques recrutements complémentaires interviendront en 2018. « L’idée, c’est de constituer une équipe jeune avec quelques noms connus », ajoute-t-elle.
RT France quitte donc Paris pour s’installer dans les bureaux Arc de Seine, dans le quartier d’affaires du Point du jour à Boulogne-Billancourt, entre les Canal+ et la Tour TF1, avec un bail ferme de neuf ans. Dans ces 1.800 mètres carrés dont 1.430 mètres carrés de bureaux, le groupe russe met en place deux studios ultra-modernes, dont un studio « news » de plus de 100 mètres carrés et un autre plus petit pour les émissions de divertissement et les talk-shows.
La chaîne diffusera 24 heures sur 24, produira 12 heures de direct par jour et diffusera un journal par heure. « Nous annoncerons pendant le Mipcom (le marché des contenus audiovisuels à Cannes en octobre prochain) un show avec un présentateur connu de la scène médiatique », prévoit Xenia Fedorova. Au menu, donc, beaucoup d’information, des documentaires, des biopics et des intentions claires : « traiter les informations peu ou pas traitées dans les médias mainstream ».
Un média dénoncé par Macron
Moins engagée que l’agence russe Spoutnik, RT France n’en défend pas moins les grandes options du pouvoir. Elle revendique surtout un œil alternatif et « non aligné » sur l’actualité d’un monde « multipolaire », aussi éloigné que possible du point de vue américain. Outil d’influence, comme toutes les chaines internationales, de France 24 à la BBC en passant par les chaines chinoises, RT France veut aussi porter un regard original sur l’actualité française en envoyant ses reporters là où les principaux médias ne vont pas. Mais la chaine russe se distingue des chaines internationales financées par les grandes démocraties par un lien ténu au pouvoir central de Wladimir Poutine dont elle défend les positions, notamment diplomatiques. Pour le camp Macron, l’affaire est simple: ses soutiens ont dénoncé « deux médias russes qui ne cessent d’alimenter, sur les différents réseaux sociaux, la guerre civile en France ». Clairement visés, RT et Spoutnik. Contrairement à ce qu’affirme RT, le camp Macron cite bien des exemples, des interrogations relayées par les médias russes sur ses mœurs supposées par exemple.
Arrivée voilà quelques mois en France, la jeune dirigeante de RT France est donc attendue au tournant. Elle travaille pour le réseau RT depuis le début de sa carrière en 2005, connaît bien la France où elle a voyagé, maîtrise un peu la langue et reste dans son rôle: « Je suis surprise par les médias français, dit-elle en pensant à l’épisode Macron. Cela ne correspond pas à l’idée que je me faisais de la France.