Source:Sud-Ouest.
Depuis l’assassinat en 2016 d’un prêtre à Saint-Étienne-du-Rouvray par un fiché S sous bracelet électronique, le suivi des 850 "radicalisés" en liberté s’est renforcé.
On en parle peu, tant les projecteurs ont été braqués sur la détention : parmi les personnes suspectées de radicalisation ou mises en cause dans un dossier terroriste, quelque 850 hommes et femmes sont actuellement suivis hors de prison en France.
Qui sont ces "radicalisés" hors de prison ?
L’éventail est extrêmement large : on trouve parmi ces personnes "sous main de justice" quelques "revenants" de Syrie ou velléitaires du jihad, mais surtout des individus poursuivis pour "apologie du terrorisme" ou "consultation de sites jihadistes" et des délinquants suspectés de radicalisation.
Majoritairement, il s’agit d’hommes, âgés de 29 et 35 ans, qui ont des profils dits de "bas du spectre", c’est-à -dire que la justice n’a pas estimé nécessaire d’enfermer ou qui ont obtenu un aménagement de leur peine. La moitié d’entre eux a été condamnée, l’autre est en attente de jugement.
Sur les 170 000 personnes suivies en milieu ouvert en France, quelque 250 sont impliqués dans une affaire de terrorisme islamiste (TIS) et 600 sont des "droits communs suspectés de radicalisation" (DCSR), selon les chiffres de la DAP début avril.
Comment sont-ils suivis ?
C’est l’assassinat en juillet 2016 d’un prêtre par un "radicalisé" sous bracelet électronique à Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine-Maritime) qui va conduire à renforcer le suivi des profils radicalisés hors des prisons.
"Il s’agit de les accompagner vers le désengagement d’une idéologie violente et de les réinsérer", explique François Toutain, chef de la Mission de lutte contre la radicalisation violente à la Direction de l’administration pénitentiaire (DAP). Pour cela, tous sont suivis par un Service de probation et d’insertion pénitentiaire (SPIP).
Pour amorcer un désengagement idéologique, le SPIP évite la confrontation directe et cherche l’échange, en les confrontant à des chercheurs, des référents religieux ou des artistes. Un "radicalisé" sera vu deux à quatre fois plus souvent qu’un autre délinquant.
En quoi cela consiste-t-il ?
Ce suivi est permis par la montée en puissance du renseignement pénitentiaire. L’idée est de "boucher les trous dans la raquette" entre la prison et l’extérieur en partageant le maximum d’informations.
Pour cela, l’administration pénitentiaire va muscler les Services de probation et d’insertion (SPIP) en y créant des cadres référents pour la radicalisation et en formant ses agents, les premiers au contact des personnes sous main de justice.
Le ressentiment est souvent plus fort chez ceux qui ne sont pas allés en Syrie et idéalisent le "califat". "Notre travail est de les amener à penser par eux-mêmes et qu’ils arrivent à mettre leur religion dans un parcours de vie qui ne les exclut pas de la citoyenneté", explique Anne Averinck, la directrice du SPIP.
Quelles sont les failles de ce suivi hors de prison ?
Pour Anne Averinck, ce qui manque encore, c’est une "évaluation médicale du degré de dangerosité", l’échange d’information se heurtant là au secret médical.
"Les profils sont très différents, et on est face à des questions identitaires lourdes de gens qui ne savent pas se situer et qui ont développé une violence par rapport aux institutions", explique-t-elle.
"Personne n’est à l’abri d’une erreur. Il faut être souple, accepter que le suivi soit ajusté au jour le jour."
(Anne Averinck, directrice du SPIP de Paris)
Et pour les profils les plus complexes ?
Pour les profils les plus lourds ou complexes, un dispositif sur-mesure – baptisé PAIRS pour "Programme d’accueil individualisé et de réaffiliation sociale" – a été expérimenté en secret à l’automne 2016 à Paris.
Désormais installé aussi à Marseille, avant Lille et Lyon, il offre trois niveaux de prise en charge individualisée, pouvant aller jusqu’à 20 heures par semaine sur le modèle du mentorat.
"Au moindre incident, un rapport est adressé au juge et le renseignement alerté", insiste François Toutain. Depuis Saint-Étienne-du-Rouvray, il n’y a eu aucun passage à l’acte violent d’un profil terroriste ou radicalisé suivi hors de prison.
https://www.sudouest.fr/2019/04/11/comm ... 2-6093.php
