Le gouvernement a présenté ce matin sa réforme de l'assurance-chômage, qui prévoit notamment une dégressivité pour les salaires supérieurs à 4500 euros.
Source:Le Figaro.Le projet était très attendu par les syndicats et le patronat. Le premier ministre Édouard Philippe et la ministre du Travail Muriel Pénicaud ont exposé ce mardi matin les principales mesures de la nouvelle réforme de l'assurance chômage.
Présenté comme le «troisième volet de la transformation du marché du travail», après la «loi Travail» et la réforme de l'apprentissage, le texte, qui vise jusqu'à 250.000 chômeurs en moins et 3,4 milliards d'euros d'économies d'ici fin 2021, repose sur quatre leviers : la responsabilisation des employeurs, la lutte contre la précarisation, la création de nouveaux droits et une refonte de l'accompagnement.
Frapper au portefeuille les employeurs abusant des contrats courts:
Évoquant la multiplication des contrats courts, Muriel Pénicaud a fustigé la «précarisation» des travailleurs, devenue selon elle un «mode de gestion des ressources humaines» chez certains employeurs. «La précarisation coûte cher», a indiqué la ministre : «les contrats courts» représentent près de «neuf milliards d'euros de déficit» pour l’assurage chômage, a-t-elle précisé. Pour lutter contre, un système de bonus-malus sur les contrats courts, contesté par le patronat, sera mis en oeuvre le 1er janvier 2020 dans sept secteurs de l'économie, dont l'agroalimentaire, l'eau et les déchets, l'hébergement et la restauration, la plasturgie ou encore le bois et papier.
Une taxe de 10 euros par «CDD d'usage» sera créée afin d'inciter les entreprises à «passer des contrats plus long». Les secteurs du spectacle et de l'audiovisuelle ne seront pas concernés par ces mesures, a indiqué la ministre du Travail. Autre mesure contraignante pour les employeurs, une «nouvelle offre de service de Pôle emploi», décrite comme une «obligation de résultat» par Muriel Pénicaud, raffermira le lien entre l'agence et l'employeur.
Lutter contre la précarité:
«Il faudra» désormais «gagner plus en travaillant qu'en étant au chômage» a dit Muriel Pénicaud, avant d'ajouter que «dans les règles actuelles», certains chômeurs perçoivent une «rémunération moyenne supérieure» à celle qu'ils percevaient «en travaillant». Pour répondre à ce paradoxe, le gouvernement entant édicter une nouvelle règle d'or : « à travail égal, salaire égal», autrement dit «pour le même montant d’euro gagné en tant que salarié» un chômeur aura droit au «même montant d'assurance chômage.»
De plus, il faudra désormais avoir travaillé six mois sur les 24 derniers au lieu de quatre mois sur 28 pour accéder à l'assurance chômage à partir du 1er novembre. Les conditions de «rechargement» des droits seront également durcies : il faudra avoir travaillé six mois au lieu d'un an pendant sa période de chômage pour voir son indemnisation prolongée d'autant.
Coup de rabot sur les indemnisations chômage des cadres:
Concernant les cadres, les demandeurs d'emploi qui avaient un revenu de travail supérieur à 4500 euros brut par mois verront leur indemnisation réduite de 30% à partir du septième mois, ont annoncé Édouard Philippe et Muriel Pénicaud. Cette mesure, qui ne concerne pas les chômeurs de plus de 57 ans, sera appliquée jusqu'à un plancher d'indemnisation de 2261 euros net.
Des droits nouveaux:
La réforme élargit les droits au chômage pour les démissionnaires et indépendants. «Les salariés démissionnaires» qui portent un projet, de création d'entreprise par exemple, auront le même droit à l'assurance chômage que les autres demandeurs d’emplois. Les travailleurs indépendants pourront quant à eux profiter de «l'assurance chômage sans cotisations supplémentaires», pour un montant de «800 euros par mois pendant six mois.»
Réforme de l'assurance chômage : Philippe veut un «meilleur accompagnement» des demandeurs d'emploi
Edouard Philippe a annoncé les grandes lignes de la réforme de l'assurance chômage. Le gouvernement veut notamment «passer à la vitesse supérieure» au niveau de l'accompagnement des chômeurs.
Un accompagnement renforcé:
La nouvelle réforme veut également «refonder l'offre d'accompagnement» des chômeurs. Pour ce faire, «deux demi-journées d'accompagnement intensif» du chômeur par Pôle emploi seront proposées, contre un rendez-vous de «45 minutes en moyenne» actuellement. La problématique du chômage est aussi et avant tout celle des territoires, a-t-il été rappelé ce mardi : «les taux de chômages y sont différents», «les règles» également. Pour être au plus proche des territoires et des situations particulières des français à la recherche d'un emploi, des «mobilisations territoriales pour l'emploi» réuniront «les partenaires sociaux, les associations et les élus» dans les prochains mois.
Pour refonder totalement l'accompagnement des chômeurs, la ministre du Travail a indiqué que Pôle emploi avait besoin de «4000 agents». À ce titre, la «baisse des effectifs» en cours ces dernières années sera suspendue. Muriel Pénicaud a fait valoir que «1000 agents» supplémentaires seraient embauchés d'ici la fin du quinquennat.
Les syndicats mécontents, le patronat partagé:
Laurent Berger, le numéro un de la CFDT, s'est dit «en colère» contre cette réforme de l'assurance chômage jugée «profondément injuste», qui sera «archiperdante» pour l'ensemble des demandeurs d'emploi et ne «responsabilise qu'en partie» les entreprises «qui usent et abusent de la précarité». Cette réforme «inefficace» et «inique» représente un «durcissement majeur des conditions d'indemnisation des privés d'emploi», a de son côté réagi Catherine Perret, dirigeante de la CGT, à sa sortie de Matignon.
De son coté, le patron du Medef Geoffroy Roux de Bézieux a regretté la mise en place du bonus-malus sur les contrats courts, une mesure «inefficace qui découragera l'emploi» et traduit une «vision punitive» de l'économie. Un avis partagé par la Confédération des PME (CPME) : «un employeur va réfléchir à deux fois» avant d'embaucher, a réagi son président François Asselin.
Geoffroy Roux de Bézieux a en revanche salué «le renforcement de Pôle emploi» avec 1000 conseillers supplémentaires. Globalement, il a jugé que le «volet indemnisation» de la réforme allait «dans le bon sens». Saluant les mesures d'incitation de reprise à l'emploi, François Asselin a considéré que le gouvernement aurait pu aller «plus loin». «Dans un contexte où beaucoup d'entreprises sont en recherche de compétences, lorsqu'un salarié potentiel refuse un CDI et n'accepte qu'un CDD, c'est un peu étonnant qu'à la fin de son CDD il puisse accéder au régime assurantiel», a-t-il argumenté.
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