Deux affaires pèsent toujours sur l'ancienne ministre des Armées. Le Parlement, qui doit l'auditionner en septembre, pourrait retoquer sa candidature.
Source:Le Point.
Après un bref passage au ministère des Armées du 17 mai au 21 juin 2017, Sylvie Goulard pourrait rejoindre la Commission européenne d'Ursula von der Leyen. Mais avant cela, la candidate du président Macron va devoir passer un test délicat devant le Parlement européen, en septembre. Ce dernier devrait l'interroger sur l'affaire des emplois fictifs présumés des assistants des eurodéputés MoDem et son activité pour un think tank américain.
Sylvie Goulard est « droite dans ses bottes »:
« Un retoquage par le Parlement, oui, ça ne serait pas plaisant », admet un membre du gouvernement. Mais « la question, c'est : est-ce que la légalité est respectée ? Oui », répond-il.
Sylvie Goulard « est droite dans ses bottes et n'a rien à cacher », assure-t-on dans l'entourage de l'ancienne eurodéputée centriste (2009-2017). « Elle prend très au sérieux la validation du Parlement » européen, prévue d'ici fin octobre. « Elle n'aurait pas accepté sa nomination si elle pensait qu'il y a un problème », insiste cette source.
Un mois seulement au ministère des Armées:
La première affaire, celle des emplois fictifs, avait contraint Sylvie Goulard, 54 ans, à quitter son poste de ministre des Armées un mois à peine après sa nomination en 2017, en même temps que les centristes François Bayrou et Marielle de Sarnez. Ce retrait devait lui permettre de « démontrer librement » sa « bonne foi » lors de l'enquête.
L'annonce mercredi de sa nomination pour intégrer la Commission de l'Allemande Ursula von der Leyen à partir du 1er novembre en a donc surpris plus d'un, à commencer par l'eurodéputé écologiste Yannick Jadot, qui regrette auprès de l'Agence France-Presse une politique de « deux poids, deux mesures ». « Elle a considéré elle-même qu'elle ne pouvait plus être ministre », mais peut, en revanche, « être commissaire européenne », interroge-t-il, tout en reconnaissant en Sylvie Goulard une « pro-européenne convaincue et une grosse bosseuse ».
« Tout était conforme aux règles »:
L'entourage de Sylvie Goulard répond que l'enquête, pour laquelle une information judiciaire a été ouverte à Paris, n'a pas « aggravé » les soupçons la concernant et qu'elle n'a même « pas été entendue ».
« Pour Sylvie, tout était conforme aux règles », insiste cette source. Quant à sa démission, elle était due « au risque d'une mise en examen » qui aurait entraîné un départ brutal du gouvernement. Il semble aujourd'hui, selon une source proche du dossier, que Sylvie Goulard ne soit pas la plus impliquée parmi les six parlementaires visés dans l'affaire.
La candidate, dont la nomination a donné lieu à de « multiples échanges » entre Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen, pourrait cependant être mise en difficulté par une autre affaire. Un travail généreusement rémunéré pour un think tank américain alors même qu'elle était eurodéputée.
Une nomination « extrêmement risquée »:
Dans sa « déclaration d'intérêt », que chaque eurodéputé doit présenter au Parlement européen, Sylvie Goulard a en effet renseigné entre 2013 et 2016 un rôle de « conseillère spéciale » auprès du Berggruen Institute on Governance pour « plus de 10 000 euros brut par mois », un montant supérieur à son indemnité parlementaire d'environ 8 700 euros brut. Il s'agit d'une affaire « gravissime », estime une source proche de la majorité, qui juge cette nomination « extrêmement risquée ».
« Elle a quand même touché une rémunération élevée d'un think tank américain pour un travail dont on attend de savoir la réalité », s'étonne pour sa part Yannick Jadot, quand l'ancien eurodéputé Guillaume Balas se demande comment un parlementaire européen « peut avoir le temps de faire autre chose ». « Quand la rémunération est supérieure à l'indemnité, vous travaillez pour qui ? » s'interroge-t-il.
Deux réunions en 2013 et 2014:
Le think tank en question, créé en 2010 par Nicolas Berggruen, un milliardaire américain et allemand, est une organisation à but non lucratif dont l'objectif est de réfléchir à « la manière de remodeler les institutions politiques et sociales ».
Une recherche sur le site Internet laisse apparaître que Sylvie Goulard a participé à deux réunions, à Paris en 2013 et à Madrid en 2014, ainsi qu'à une rencontre fin 2014 à Bruxelles ayant donné lieu à la rédaction d'un « papier de réflexion ».
« À chacun de juger de la situation »:
« Pendant la durée de son contrat, Sylvie a participé à l'organisation de conférences à Paris et Madrid, d'une table ronde à Bruxelles et de plusieurs autres réunions, en plus de préparer des documents d'information », confirme l'institut Berggruen, contacté par l'Agence France-Presse.
« À chacun de juger de la situation. Mais pour elle, c'était conforme à la règle et public », répond l'entourage de l'intéressée. « Il s'agit d'un contrat privé avec un organisme privé, légal et déclaré », ajoute cette source.
https://www.lepoint.fr/europe/commissio ... 0_2626.php

