J'ai trouvé ce texte du philosophe Alain qui est tout à fait édifiant, et que je partage avec vous même s'il aurait d'avantage sa place dans la partie philosophie. Il date de 1923.
"Le mouton est mal placé pour juger ; aussi voit-on que le berger de moutons marche devant, et que les moutons se pressent derrière lui ; et l'on voit bien qu'ils croiraient tout perdu s'ils n'entendaient plus le berger, qui est comme leur dieu. J'ai entendu conter que les moutons que l'on mène à la capitale pour y être égorgés meurent de chagrin dans le voyage, s'ils ne sont pas accompagnés par leur berger
ordinaire. Les choses sont ainsi par la nature, car il est vrai que le berger pense beaucoup aux moutons et au bien des moutons ; les choses ne se gâtent qu'à l'égorgement ; mais c'est chose prompte, séparée, et qui ne change point les sentiments.
Les mères brebis expliquent cela aux agneaux, enseignant la discipline moutonnière, et les effrayant du loup. Et encore plus les effrayant du mouton noir, s'il s'en trouve, qui voudrait expliquer que le plus grand ennemi du mouton c'est justement le berger. « Qui donc a soin de vous ? Qui vous abrite du soleil et de la pluie ? Qui règle Alain (1925), Éléments d’une doctrine radicale 21 son pas sur le vôtre afin que vous puissiez brouter à votre gré ? Qui va chercher à grande fatigue la brebis perdue ? Qui la rapporte dans ses bras ? Pour un mouton mort de maladie, j'ai vu pleurer cet homme dur. Oui je l'ai vu pleurer. Le jour qu'un agneau fut mangé par le loup, ce fut une belle colère, et le maître des bergers, providence supérieure et invisible, lui-même s'en mêla. Il fit serment que l'agneau serait vengé. Il y eut une guerre contre les loups, et cinq têtes de loups clouées aux portes de l'étable, pour un -seul agneau. Pourquoi chercher d'autres preuves ? Nous sommes ses membres et sa chair. Il est notre force et notre bien. Sa pensée est notre pensée ; sa volonté est notre volonté. C'est pourquoi, mon fils agneau, tu te dois à toi-même de surmonter la difficulté d'obéir, ainsi que l'a dit un savant mouton. Réfléchis donc, et juge-toi. Par quelles belles raisons voudrais-tu désobéir ? Une touffe fleurie ? Ou bien le plaisir d'une gambade ? Autant dire que tu te laisserais gouverner par ta langue ou par tes jambes indociles. Mais non. Tu comprends assez que, dans un agneau bien gouverné, et qui a ambition d'être un vrai mouton, les jambes ne font rien contre le corps tout entier. Suis donc cette idée ; parmi les idées moutonnières, il n'y en a peutêtre pas nue qui marque mieux le génie propre au vrai mouton. Sois au troupeau comme ta jambe est à toi ». L'agneau suivait donc ces idées sublimes, afin de se raffermir sur ses pattes ; et il avait grand besoin d'être raffermi, car il était environné d'une odeur de sang, et il ne pouvait faire autrement qu'entendre des gémissements bientôt interrompus ; enfin il pressentait quelque chose d'horrible. Mais que craindre sous un bon maître, et quand on n'a rien fait que par ses ordres ? Que craindre lorsque l'on voit le berger avec son visage ordinaire, et tranquille ainsi qu'au pâturage ? À quoi se fier, si l'on ne se fie à cette longue suite d'actions qui sont toutes des bienfaits ? Quand le bienfaiteur, quand le défenseur reste en paix, que pourrait-on craindre ? Et même si l'agneau se trouve couché sur une table sanglante, il cherche encore des yeux Je bienfaiteur, et le voyant
tout près de lui, attentif à lui, il trouve dans son cœur d'agneau tout le courage possible. Alors passe le couteau ; alors est effacée la solution, et en même temps le problème."
Alain: Elément d'une doctrine sociale: 1923
https://datajrg.files.wordpress.com/201 ... le1925.pdf
Des moutons
- crepenutella
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Des moutons
Modifié en dernier par crepenutella le 23 mai 2020 00:24, modifié 2 fois.
10:5 Dans quelque maison que vous entriez, dites d'abord: Que la paix soit sur cette maison!
10:6 Et s'il se trouve là un enfant de paix, votre paix reposera sur lui; sinon, elle reviendra à vous.
10:6 Et s'il se trouve là un enfant de paix, votre paix reposera sur lui; sinon, elle reviendra à vous.
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Re: Des moutons
"Encore des moutons."
"Poursuivant mes études de la politique moutonnière, où je suis entré en suivant Platon, je venais à comprendre que les moutons ont un grand pouvoir sur le berger, et presque sans limite. Car si les moutons maigrissent, ou si seulement leur laine frise mal, voilà que le berger est malheureux, et sans aucune hypocrisie. Que sera-ce si les moutons se mettent à mourir ? Aussitôt le berger de chercher les causes, d'enquêter
sur l'herbe, sur l'eau et sur le chien. On dit que le berger aime son chien, qui est comme son ministre de la police ; mais il aime encore bien mieux ses moutons. Et s'il est prouvé qu'un chien, par trop mordre, ou par trop aboyer, enfin par une humeur de gronder toujours, enlève à ses administrés appétit de manger, d'aimer et de vivre, le berger noiera son chien. C'est une manière de dire que les opinions du troupeau font loi aux yeux du berger, même les plus folles ; et le berger ne s'arrêtera point à dire que les moutons sont bien stupides, mais il s'appliquera aussitôt à les contenter,
Alain (1925), Éléments d’une doctrine radicale 23 remarquant le vent, qu'ils aiment, coin,mont ils s'arrangent du soleil, quels bruits ils
redoutent, et quelle odeur les jette en panique. C'est pourquoi le berger ne serait nullement hypocrite s'il parlait en ces termes à ses moutons : « Messieurs les moutons, qui êtes mes amis, mes sujets, et mes maîtres, ne croyez pas que je puisse avoir sur l'herbe on sur le vent d'autres opinions que les vôtres ; et si l'on dit que je vous gouverne, entendez-le de cette manière, que j'attache plus de prix à vos opinions que vous-mêmes ne faites, et qu'ainsi je les garde dans ma mémoire, afin de vous détourner de les méconnaître, soit par quelque entraînement, soit par l'heureuse frivolité qui est votre lot. Vous n'avez qu'à signifier, dans chaque cas, ce qui vous plaît et ce qui vous déplaît, et ensuite n'y plus penser. Je suis votre mémoire et je suis votre prévoyance, qu'on dit plus noblement providence. Et si je vous détourne de quelque action qui pourrait vous réduire, comme de brouter l'herbe mouillée ou de dormir au soleil, c'est que je suis assuré que vous la regretteriez. Vos volontés règnent sur la mienne ; mais c'est trop peu dire, je n'ai de volonté que la vôtre, et enfin je suis à vous ». Ce discours est vrai et vérifié. Ainsi qui voudrait instituer le suffrage universel chez les moutons, par quoi le berger pût être contrôlé et redressé continuellement, s'entendrait répondre que ce contrôle et redressement va de soi, et définit le constant rapport entre le troupeau et le berger. Imaginez maintenant que les moutons s'avisent de vouloir mourir de vieillesse. Ne seraient-ce pas alors les plus ingrats et les plus noirs moutons ? Une revendication aussi insolite serait-elle seulement examinée ? Trouverait-on dans le droit moutonnier un seul précédent ou quelque principe ce rapportant à une thèse si neuve ? Je gage que le chien, ministre de la police, dirait au berger : « Ces moutons ne disent point ce qu'ils veulent dire ; et cette folle idée signifie qu'ils ne sont pas contents de l'herbe ou de l'étable. C'est par là qu'il faut chercher. »'
"Poursuivant mes études de la politique moutonnière, où je suis entré en suivant Platon, je venais à comprendre que les moutons ont un grand pouvoir sur le berger, et presque sans limite. Car si les moutons maigrissent, ou si seulement leur laine frise mal, voilà que le berger est malheureux, et sans aucune hypocrisie. Que sera-ce si les moutons se mettent à mourir ? Aussitôt le berger de chercher les causes, d'enquêter
sur l'herbe, sur l'eau et sur le chien. On dit que le berger aime son chien, qui est comme son ministre de la police ; mais il aime encore bien mieux ses moutons. Et s'il est prouvé qu'un chien, par trop mordre, ou par trop aboyer, enfin par une humeur de gronder toujours, enlève à ses administrés appétit de manger, d'aimer et de vivre, le berger noiera son chien. C'est une manière de dire que les opinions du troupeau font loi aux yeux du berger, même les plus folles ; et le berger ne s'arrêtera point à dire que les moutons sont bien stupides, mais il s'appliquera aussitôt à les contenter,
Alain (1925), Éléments d’une doctrine radicale 23 remarquant le vent, qu'ils aiment, coin,mont ils s'arrangent du soleil, quels bruits ils
redoutent, et quelle odeur les jette en panique. C'est pourquoi le berger ne serait nullement hypocrite s'il parlait en ces termes à ses moutons : « Messieurs les moutons, qui êtes mes amis, mes sujets, et mes maîtres, ne croyez pas que je puisse avoir sur l'herbe on sur le vent d'autres opinions que les vôtres ; et si l'on dit que je vous gouverne, entendez-le de cette manière, que j'attache plus de prix à vos opinions que vous-mêmes ne faites, et qu'ainsi je les garde dans ma mémoire, afin de vous détourner de les méconnaître, soit par quelque entraînement, soit par l'heureuse frivolité qui est votre lot. Vous n'avez qu'à signifier, dans chaque cas, ce qui vous plaît et ce qui vous déplaît, et ensuite n'y plus penser. Je suis votre mémoire et je suis votre prévoyance, qu'on dit plus noblement providence. Et si je vous détourne de quelque action qui pourrait vous réduire, comme de brouter l'herbe mouillée ou de dormir au soleil, c'est que je suis assuré que vous la regretteriez. Vos volontés règnent sur la mienne ; mais c'est trop peu dire, je n'ai de volonté que la vôtre, et enfin je suis à vous ». Ce discours est vrai et vérifié. Ainsi qui voudrait instituer le suffrage universel chez les moutons, par quoi le berger pût être contrôlé et redressé continuellement, s'entendrait répondre que ce contrôle et redressement va de soi, et définit le constant rapport entre le troupeau et le berger. Imaginez maintenant que les moutons s'avisent de vouloir mourir de vieillesse. Ne seraient-ce pas alors les plus ingrats et les plus noirs moutons ? Une revendication aussi insolite serait-elle seulement examinée ? Trouverait-on dans le droit moutonnier un seul précédent ou quelque principe ce rapportant à une thèse si neuve ? Je gage que le chien, ministre de la police, dirait au berger : « Ces moutons ne disent point ce qu'ils veulent dire ; et cette folle idée signifie qu'ils ne sont pas contents de l'herbe ou de l'étable. C'est par là qu'il faut chercher. »'
10:5 Dans quelque maison que vous entriez, dites d'abord: Que la paix soit sur cette maison!
10:6 Et s'il se trouve là un enfant de paix, votre paix reposera sur lui; sinon, elle reviendra à vous.
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Re: Des moutons
..Ca me rappelle le morceau des Rats..."C'est des moutons".
Le berger du troupeau,l'élu politique joue lui-même à saute-moutons...Au sens propre comme au figuré...Généralement il arrive à "empapaouter" les dits moutons et à passer par dessus lorsqu'il le juge nécessaire.
Le berger du troupeau,l'élu politique joue lui-même à saute-moutons...Au sens propre comme au figuré...Généralement il arrive à "empapaouter" les dits moutons et à passer par dessus lorsqu'il le juge nécessaire.
Aux mains de l'Etat,la force s'appelle Droit....Aux mains de l'individu,elle se nomme le crime....
Si tu m'as pris pour un clown tu t'es trompé de Carnaval...
...La mort avant le déshonneur!
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Re: Des moutons
Crapulax a écrit : 23 mai 2020 05:12 ..Ca me rappelle le morceau des Rats..."C'est des moutons".
Le berger du troupeau,l'élu politique joue lui-même à saute-moutons...Au sens propre comme au figuré...Généralement il arrive à "empapaouter" les dits moutons et à passer par dessus lorsqu'il le juge nécessaire.![]()
Allons y pour un peu de poésie
Le soleil est là .. je vais jouer
Tout va bien
Et même qu'au passage …
en sautant par dessus..
il laisse son message
Dans tous ses fions tendus..
Mic
La tolérance c'est quand on connait des cons- et qu'on ne dit pas les noms