Dans un entretien avec « Marianne », l'essayiste Gaël Brustier, qui a travaillé sur la question de l'hégémonie culturelle, de la droitisation de la société ou bien celle du populisme de gauche, analyse ce que racontent les résultats des élections législatives
La victoire de Mélenchon est-elle en trompe-l’œil ?
La Nupes a été la « panic room » du peuple de gauche. Ce fut plus une tournée d'adieu de la gauche, plus un baroud d’honneur qu’une marche triomphale. Il y a beaucoup de gens responsables, par leurs discours et par leurs actes, de la brutalisation des codes de la société française, et ce dans différentes familles politiques. Ce qui se payera de manière catastrophique à terme. Par le flirt avec le trotskisme anglais SWP, ou une forme d’antisionisme tout à fait suspect et qui défend moins les intérêts des Palestiniens qu’il ne diffuse une explication du monde rédhibitoire pour beaucoup, des secteurs de la gauche radicale se sont enferrés dans un manichéisme électoral délétère.
« Le groupe Mélenchon est cent fois coupable de la brutalisation des codes de la société. »
Comme d’autres que lui mais avec la responsabilité propre d’avoir en ce sens coupé les amarres avec le socialisme républicain, le groupe Mélenchon est cent fois coupable de la brutalisation des codes de la société. La pensée critique, la dénonciation du « néolibéralisme » impliquait-elle une forme de rabaissement du libéralisme politique ? Se commettre sur le plateau de Cyril Hanouna, de façon répétée, insistante et gênante visait-il vraiment à toucher un public nouveau ? En soi, le choix du média était un choix stratégique de brutalisation politique et sociale.
Où en est le populisme de gauche, en France et en Europe ? Mélenchon a-t-il réinventé le populisme de gauche ?
LFI sous Mélenchon, est quand même assez particulier, un programme économique qui est impossible à réaliser comme des très gros impôts à partir de 400 ...Lire plus
Le moment « populiste de gauche » est passé. En Espagne, Mas Pais s’est rapproché des écologistes, Podemos est dans une logique désormais moins « transversaliste » que de gauche. L’une des dernières déclarations de Manuel Bompard consiste à qualifier l’allocution du président de la République de « crachat », les interventions des responsables Insoumis sur les médias et les réseaux sociaux sont de plus en plus violentes et n’ont rien de « populiste » au sens de Mouffe et Laclau. Une bonne tenue dans le langage comme d’un point de vue vestimentaire ne fait aucun mal au message délivré, soit dit en passant.
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