"Horaires fixes, salaire stable, sentiment d’être utile : les jeunes actifs optent désormais pour un emploi qui ne fait pas rêver mais qui rassure et laisse le temps de se réaliser en dehors.
Quand j’étais petite, avec mes amies, on rêvait d’être actrice, chanteuse, réalisatrice, écrivaine, astronaute… Ou avocate, comme Ally McBeal [série télévisée américaine de la fin des années 1990, NDLR] », raconte Élise, 32 ans, qui a travaillé cinq ans dans la publicité, avant de claquer la porte, épuisée par le stress, la compétition toxique entre les salariés et la mauvaise conciliation entre vie personnelle et professionnelle. Aujourd’hui, vendeuse dans une épicerie traiteur à Lyon (Rhône), elle n’a pas honte de le dire : ce nouveau quotidien lui plaît beaucoup plus.
Comme beaucoup d’enfants nés dans les années 1990, ses parents lui ont toujours dit qu’elle devait trouver un métier passion, pour ne jamais avoir l’impression de travailler et pouvoir vraiment s’épanouir. Son bac en poche et avec le soutien de ses proches, elle s’endette donc de 6 000 euros pour s’inscrire en classe préparatoire d’art.
S’ensuivent cinq années d’études passées en banlieue parisienne à courir après les rendus. L’école a beau être l’une des meilleures de France, à sa sortie, c’est la galère. Quelques missions de graphisme mal payées, quelques cartes de vœux. Beaucoup d’exécution, rien d’artistique.
« Il n’y avait tellement pas de place que les jeunes acceptaient des salaires qui ne permettaient ni de se loger ni de faire ses courses sans faire attention. Après deux ans à vivoter, j’ai fini par entrer dans une agence de publicité où j’ai enchaîné les charrettes [périodes de surcharge de travail, NDLR] dans un environnement toxique et je suis partie », explique-t-elle.
De photographe à mécanicien vélo
Son meilleur ami, Clément, a suivi une trajectoire similaire. Après son lycée, sa famille a contracté un prêt bancaire pour financer deux années de formation en photographie, son rêve de gosse.
« Dès que je le pouvais, je proposais des reportages à des magazines, je courais les vernissages pour me faire un réseau, et je travaillais dans un bar pour me payer des billets d’avion et faire de nouvelles photos pour enrichir mon book, raconte-t-il. Quand quelqu’un acceptait enfin de publier mon travail, je devais m’estimer heureux, même si ce n’était pas payé. On me disait que c’était bon pour ma visibilité. »
Après trois ans à jongler entre photos de mariage et illustrations pour des banques d’images, il finit par renoncer. Il s’inscrit à une formation de six mois pour devenir mécanicien vélo, juste avant l’explosion des mobilités douces.
Aujourd’hui, il gère une petite boutique de réparation de vélo dans le 20ᵉ arrondissement de Paris. Il gagne correctement sa vie. Et surtout, il ferme à heures fixes. « Je préfère largement faire de la photo sur mon temps libre, sur des sujets qui m’intéressent vraiment, explique-t-il. Quand c’était mon travail, j’acceptais n’importe quoi, ce n’était plus un plaisir. »
Des emplois sans compétition permanente
Ces dernières années, choisir un métier qui ne fait pas rêver sur le papier est devenu, pour beaucoup, un choix parfaitement assumé. Chez les millenials (nés entre 1980 et les années 2000), et plus encore au sein de la génération Z (nées entre la fin des années 1990 et le début des années 2010), les carrières artistiques, les rêves entrepreneuriaux et l’idée de « changer le monde » — lancer son entreprise, vivre de sa passion, devenir son propre patron avant 30 ans — semblent avoir perdu de leur attrait.
À la place montent ce que certains appellent, sans mépris, des « métiers chiants » : des emplois sans compétition permanente, sans mise en scène de soi, avec des horaires fixes, un vrai week-end, et une paie qui tombe chaque mois.
Selon plusieurs enquêtes, aux États-Unis, le métier de comptable, par exemple, longtemps moqué et déserté, figure désormais parmi ceux qui attirent le plus.
Électricien, plombier, hygiéniste dentaire...
Un retournement de situation que Rafael Efrat, professeur de fiscalité et directeur des programmes de comptabilité à la California State University de Northridge, attribue en plus du nombre d’offres disponibles à une meilleure compréhension du métier.
« La comptabilité souffre souvent, chez les jeunes, d’une image peu attrayante, peu stimulante. Mais dès qu’ils s’y confrontent concrètement, dès qu’ils voient comment cela s’applique dans la vie réelle et que c’est vraiment utile, leur perception change », explique-t-il au magazine Fortune.
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Et ce mouvement ne se limite pas à la comptabilité. On observe le même regain d’intérêt pour les métiers d’électricien, de plombier ou d’hygiéniste dentaire. Comme si, après avoir rêvé de paillettes et de gloire, une partie de la jeunesse aspirait surtout à dormir tranquille.
« Gel des embauches » chez les cols blancs
« Certes, la plomberie n’a rien de glamour. Mais c’est un métier stable, bien rémunéré, qui permet d’éviter de s’endetter pour financer des études supérieures », confirme l’autrice Zara Hanawalt dans le magazine féminin américain The Everygirl.
Un constat qui s’inscrit dans un contexte plus large. Selon un rapport de Forbes, le marché de l’emploi traverse actuellement un « gel des embauches » dans les métiers de cols blancs : les entreprises recrutent peu, tandis que les salariés hésitent à quitter leur poste.
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Si l’on a parfois l’impression que les jeunes diplômés peinent à s’insérer sur le marché du travail, ce sentiment est largement fondé. Selon l’Insee, en France, en 2024, le taux de chômage était de 18,8 % chez les 15-24 ans, contre 6,7 % chez les 25-49 ans et 4,9 % chez les 50 ans ou plus.
À l’inverse, les métiers manuels apparaissent aujourd’hui plus accessibles à de nombreux jeunes, y compris à ceux qui ne disposent ni d’un diplôme prestigieux ni d’un CV bien rempli.
Les plombiers sont souvent mieux payés que la plupart des cadres supérieurs parisiens.
Caroline Diard, professeure associée à TBS Education
Pour autant, il serait faux d’imaginer une jeunesse entièrement résignée, prête à ranger ses rêves au placard au nom du seul principe de réalité. Les aspirations demeurent, mais pas forcément là où on les attend.
« On a beaucoup parlé de quête de sens chez les jeunes après le confinement, sans toujours préciser ce que cela recouvrait vraiment, observe Caroline Diard, professeure associée à TBS Education. Pour beaucoup, le sens ne renvoie pas à une grande cause abstraite, mais à l’utilité concrète : trouver sa place, être une cheville ouvrière identifiable. »
« Remplir des slides ou produire des présentations reprises par d’autres, sans visibilité ni reconnaissance, cela n’intéresse plus, poursuit-elle. Ce que les jeunes interrogent aujourd’hui, c’est le contenu réel des missions : à quoi ça sert, et quelle est ma place dans l’ensemble. »
Des fonctions support inutiles
Dans cette perspective, explique Caroline Diard, des métiers techniques, parfois jugés moins attrayants quand on en parle entre amis, prennent tout leur sens dès lors qu’ils contribuent directement à un projet ou permettent, très concrètement, de le faire exister.
Après, tous les métiers « chiants » ne se valent pas. Il doit être rémunérateur. « Par exemple, lorsque je travaillais dans la région Est, il existait une forte pénurie de soudeurs, un métier auquel je n’avais jamais vraiment pensé et pour lequel les formations faisaient défaut, explique Caroline Diard. Comme les plombiers, les serruriers, ils sont souvent mieux payés que la plupart des cadres supérieurs parisiens, tout en vivant en région. »
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Selon elle, le paradoxe est là : à force d’avoir multiplié les formations bac +5 dans les métiers de service, on a orienté toute une génération vers des fonctions support inutiles et mal payées, alors même qu’elle pourrait gagner davantage dans des activités qui ont un impact concret dans la vie des gens.
Un discours parental qui ne tient plus
Pour éviter les frustrations et les désillusions au moment d’entrer sur le marché de l’emploi, la spécialiste estime qu’il faudrait aussi revoir les discours parentaux. « On a fait croire à toute une génération qu’il était possible de vivre de son loisir ou de sa passion, à condition de s’en donner les moyens. Mais ce n’est pas vrai. Il y a des choses qui ne dépendent pas de nous », rappelle-t-elle.
Aujourd’hui, promettre à un enfant, pendant toute sa jeunesse, qu’un bac +5 lui garantira forcément un emploi stable et une vie confortable ne correspond plus à la réalité du marché du travail. À l’inverse, encourager un jeune attiré par exemple par la boulangerie, comporte certes une part de risque mais moins qu’on ne le croit.
« Il y a une dizaine d’années, j’ai monté une formation en gestion de la paie, un secteur en manque de cursus dédiés, détaille Caroline Diard. Toutes les personnes formées ont trouvé un emploi, simplement parce qu’on avait besoin d’elles. Certaines ont ensuite évolué vers des postes plus importants mais toujours utiles. » Au fond, conclut-elle, tout dépend encore de ce que l’on met derrière l’idée de réussite.
Tenir dans le temps
Avec l’évolution du marché du travail, beaucoup s’interrogent sur l’avenir de certains secteurs, sans pour autant être prêts à accepter n’importe quoi. Philippe, 48 ans, se félicite ainsi que sa fille de 17 ans ait fait un choix qu’il juge lucide : un emploi d’exécution, et du temps libre pour dessiner à côté. « Elle a tout compris », dit-il, très pragmatique.
Les discours sont en revanche plus nuancés chez ceux qui ont déjà expérimenté ce compromis. « J’ai personnellement testé la formule “job chiant la journée, passion après 17 heures”, et clairement, ce n’est pas soutenable sur le long terme », explique Élise, 27 ans, commerciale dans les cosmétiques.
Une idée que partage Jules, 28 ans. Diplômé d’AgroParisTech, il a travaillé dans plusieurs grands groupes agroalimentaires avant de reprendre, il y a deux ans, une petite exploitation dans le Lot. « Il faut un minimum de stimulation intellectuelle ou au moins l’impression de faire quelque chose de ses mains, pour avoir envie de se lever le matin », confie-t-il.
Ni idéalisée ni sacrificielle, cette nouvelle façon de penser le travail cherche moins à faire rêver qu’à tenir dans le temps. Utile, autonome, vivable : pour toute une génération, la réussite se mesure désormais moins à l’intitulé du poste qu’à la possibilité de s’épanouir sans s’épuiser."
https://www.lepoint.fr/societe/je-prefe ... LAT6SOSTE/
« Je préfère un travail ordinaire et une vie à côté » : pourquoi les métiers jadis délaissés séduisent de plus en plus
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Patchouli38
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« Je préfère un travail ordinaire et une vie à côté » : pourquoi les métiers jadis délaissés séduisent de plus en plus
"La valeur ne dépend pas de la religion, mais de l'amour qui nous fait considérer l'autre comme un frère ou une sœur"
Sœur Emmanuelle
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Re: « Je préfère un travail ordinaire et une vie à côté » : pourquoi les métiers jadis délaissés séduisent de plus en pl
Evidemment ,,, d'ailleurs c'est pour cela qu'il y a tant de candidats au "télé crochet" et tant d'influenceur ou "créateur de contenu "
alors

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vivarais
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Re: « Je préfère un travail ordinaire et une vie à côté » : pourquoi les métiers jadis délaissés séduisent de plus en pl
Parce que vus croyez que les métros /boulot /dodo sont heureux
Ils ne pensent qu'au mois d'aout il ils auront 2 semaines de pseudo bonheur là où les autres sont heureux l'année (ceux qui non pas pour philosophie "le droit à la paresse"
J'aurais pu avoir cette vie mai au bout de 4 ans dans les ministères j'ai craqué et j'ai vite quitté cela
Je ne vais pas vous imposer de lire simplement de regarder
https://www.bing.com/videos/riverview/r ... &FORM=VIRE
ou d'écouter
https://www.bing.com/videos/riverview/r ... ORM=VCGVRP
Selon vous qui semble le plus heureux , celui du titre ou celui qui agriculteur par exemple à fait de gites pour l'accueillir
Il y a une différence entre ceux qui pensent être heureux et ceux qui le sont réellement
On le voit même sur ce forum entre ceux qui se plaignent ou critiquent et ceux qui voient les choses du bon coté
Les premiers je les ai connu dans le mode du travail ; ceux qui se plaignaient de tout dans leur travail ordinaire surveillant en permanence l'horloge pour voir quand seraient leur fin de journée
Les autres ne se plaignaient jamais et se rendaient compte que c'était la fin de journée quand les autres leur disaient "au revoir"
en écoutant les gens ou en lisant sur ce forum ; on devine vite à quelle catégorie du titre font partie les gens
Ils ne pensent qu'au mois d'aout il ils auront 2 semaines de pseudo bonheur là où les autres sont heureux l'année (ceux qui non pas pour philosophie "le droit à la paresse"
J'aurais pu avoir cette vie mai au bout de 4 ans dans les ministères j'ai craqué et j'ai vite quitté cela
Je ne vais pas vous imposer de lire simplement de regarder
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ou d'écouter
https://www.bing.com/videos/riverview/r ... ORM=VCGVRP
Selon vous qui semble le plus heureux , celui du titre ou celui qui agriculteur par exemple à fait de gites pour l'accueillir
Il y a une différence entre ceux qui pensent être heureux et ceux qui le sont réellement
On le voit même sur ce forum entre ceux qui se plaignent ou critiquent et ceux qui voient les choses du bon coté
Les premiers je les ai connu dans le mode du travail ; ceux qui se plaignaient de tout dans leur travail ordinaire surveillant en permanence l'horloge pour voir quand seraient leur fin de journée
Les autres ne se plaignaient jamais et se rendaient compte que c'était la fin de journée quand les autres leur disaient "au revoir"
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