A Davos, Trump fait le show, mais derrière, les marchés veillent au grain et lui rappellent qu’il joue à crédit

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Patchouli38
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A Davos, Trump fait le show, mais derrière, les marchés veillent au grain et lui rappellent qu’il joue à crédit

Message par Patchouli38 »

"A Davos, Trump fait le show, mais derrière, les marchés veillent au grain et lui rappellent qu’il joue à crédit

Les seuls et véritables contre-pouvoirs aux ambitions de Donald Trump sont aussi à Davos. Et Trump les a rencontrés. Les responsables des grands fonds financiers lui ont clairement fait savoir qu’ils étaient ses créanciers et donc des contre-pouvoirs. L’Amérique est puissante, mais elle est endettée.

Les marchés ont été entendus et Donald Trump module son attitude sur le Groënland, c'était bien parce que les marchés boursiers ne supportaient pas le projet d’une intervention militaire. Résultats, lundi et mardi, les marchés boursiers ont dévissé grave (entre 2 et plus de 6% de baisse), mais ils ont pendant le discours de Trump à Davos, renversé la tendance et effacé les pertes de la veille.

Les chiffres sont têtus. Mais la réalité des événements est un peu plus compliquée.

Les marchés boursiers du monde entier, ainsi que les marchés monétaires, n’ont pas attendu très longtemps pour réagir aux dernières initiatives de Donald Trump concernant son projet de prendre le contrôle du Groënland et de faire pression sur les Européens en les menaçant de relancer une guerre commerciale par le biais des droits de douane.

Alors qu’il faisait son show et vantait ses mérites dans la plénière publique de Davos, les conseillers du président américain ont été eux, vivement bousculés, en privé, par les responsables de la sphère financière internationale : banquiers et présidents des plus grands fonds d’investissement, fonds souverains très riches comme celui de la Norvège, ou du Danemark, mais aussi des fonds privés comme BlackRock ou Apollo.

Tous ces acteurs détiennent des montants considérables de dette américaine. En gérant cette dette, ils ont la capacité d’agir sur les taux d’intérêt et, par conséquent, sur les capacités de financement de l’économie américaine.

En réalité, le président américain est confronté à des contre-pouvoirs auxquels il s’adresse rarement, car ils n’ont pas d’effet politique immédiat. Pourtant, leur impact à moyen terme sur l’équilibre du modèle américain et sur la vie quotidienne des Américains peut être considérable.

En bref, il existe trois séries de contre-pouvoirs susceptibles d’être très toxiques pour l’économie américaine :

- le contre-pouvoir commercial
- le contre-pouvoir boursier
- le contre-pouvoir monétaire .

1er : le premier des contre-pouvoir s’exerce sur les marchés commerciaux

Le premier de ces contre-pouvoirs appartient aux marchés commerciaux, mais il est difficile à manier. Le système économique américain a besoin de clients. Les GAFAM, par exemple, fournissent au monde entier des services numériques indispensables.


Face à une menace de guerre douanière, les économies européennes pourraient riposter en relevant leurs propres droits de douane sur les importations de produits et services américains. Mais engager une escalade est extrêmement dangereux pour tout le monde.

Puisque l’Europe est totalement dépendante des services numériques américains (logiciels et matériels). Pour les paiements bancaires, elle utilise massivement les plateformes Visa ou American Express. Bloquer leur utilisation reviendrait à bloquer les flux économiques. Cette guerre commerciale ferait du mal à tous :

– aux consommateurs américains, dont les prix augmenteraient ;

– aux clients étrangers, paralysés dans de nombreux secteurs faute de solutions alternatives.

Tout le monde sait que la croissance et la prospérité reposent sur la fluidité des échanges commerciaux. Jusqu’à présent, Donald Trump a déjà relevé certains droits de douane, mais il est souvent revenu en arrière, face aux ripostes.

La Chine, par exemple, a mis dans la balance la perspective de fermer l’accès aux terres rares dont la tech a besoin. Cette menace a immédiatement convaincu Donald Trump de réduire ses ambitions.

2e : le deuxième contre-pouvoir s’active sur les marchés boursiers

La deuxième série de contre-pouvoirs est beaucoup plus facile à activer : elle passe par les marchés boursiers.

Cette semaine, les bourses mondiales ont chuté significativement après les annonces liées à la politique commerciale de Trump :

Aux États-Unis, le Dow Jones, le S&P 500 et le Nasdaq ont reculé fortement, avec des pertes comprises entre 1,8 % et 2,4 %, signant leur pire séance depuis plusieurs mois. Les valeurs technologiques ont été particulièrement touchées.

Les marchés européens ont également enchaîné les baisses, avec un repli de l’EuroStock 50 et du DAX.

Les signes d’inquiétude se traduisent par une hausse des indicateurs de volatilité (comme le VIX) et une ruée vers les actifs refuges, comme l’or — qui frôle les 5 000 dollars l’once — ou le franc suisse.

Les menaces de droits de douane sur les produits européens, en lien avec le dossier du Groënland, ont clairement effrayé les investisseurs :

Les contrats à terme américains ont plongé après l’annonce de tarifs de base de 10 %, avec un risque de relèvement à 25 %.

Les marchés interprètent ces annonces comme le prélude à une escalade commerciale mondiale, ce qui pèse sur la confiance et pousse à la vente d’actions.

Les marchés avaient initialement réagi positivement à l’élection de Trump, anticipant baisses d’impôts, dérégulation et croissance.

Mais les politiques commerciales agressives ont ensuite suscité une défiance croissante, entraînant des corrections boursières significatives.

Toutes ces évolutions ont un impact direct sur les prix et le pouvoir d’achat des consommateurs américains. Plus grave encore, elles affectent la valeur des comptes retraite, dont près de 90 % sont investis dans des fonds de pension.

3e : la 3eme série de contre-pouvoir utilise les marchés monétaires. C’est un peu l’arme nucléaire. Personne n’en parle. C’est pourtant le contre-pouvoir ultime, le plus puissant.

Donald Trump ne l’intègre pas dans son bilan politique, mais l’Amérique est le pays le plus endetté du monde. Dette publique et dettes privées confondues, les États-Unis — comme les Américains — vivent à crédit.

Le monde entier a acheté de la dette américaine. L’Europe à elle seule détient environ 8 000 milliards de dollars en obligations et actions américaines. Globalement, près des deux tiers de la dette américaine sont détenus par des investisseurs étrangers.

Les Treasuries en circulation constituent donc un levier redoutable pour influencer la Maison-Blanche.

Il suffit que les détenteurs de dette américaine commencent à vendre — ce qu’a initié le fonds souverain du Danemark en début de semaine, en réaction aux menaces sur le Groënland — pour faire baisser la bourse et le dollar, et provoquer mécaniquement une hausse des taux d’intérêt américains autour de 4,5 %.

Le mécanisme est simple : si la dette est massivement vendue, les marchés exigent des taux plus élevés pour l’acheter.

La hausse des taux pénalise immédiatement le marché immobilier et l’ensemble de l’économie. D’où les pressions exercées sur la banque centrale pour les faire baisser.

Mais Jérôme Powell, président de la Réserve fédérale, ne peut aller à l’encontre des marchés, qui considèrent que la soutenabilité de la dette américaine à long terme n’est plus garantie. La confiance s’érode.

L’Amérique a absolument besoin de préserver sa capacité d’emprunt pour financer son modèle économique.

La Chine peut gérer plus facilement la vente d’actifs américains, car ses titres de dette sont centralisés à la banque centrale. L’Europe, elle, est plus fragmentée : banques centrales, grandes banques et fonds de placement.

Néanmoins, la possibilité d’une action concertée existe — et Wall Street le sait bien. L’effet de contagion existe.

Il s’agit là d’un outil de négociation discret, délicat à manier mais extrêmement efficace. Les derniers accords conclus l’an dernier avec la Chine ont été négociés dans le secret du Bureau ovale, sous l’impulsion de quelques grands banquiers américains, qui ont rapidement convaincu Donald Trump de revenir à des propositions plus acceptables après que Pékin eut commencé à vendre des obligations américaines, faisant grimper les taux.

Ce jour-là, Donald Trump avait parfaitement compris que c’était la crédibilité financière de l’Amérique qui était en jeu.

En fait, la manipulation des tarifs douaniers est très spectaculaire. Mais elle nécessite d’être assurée sur le plan juridique. C’est d’ailleurs le problème de l’administration américaine.

Le marché boursier est le plus simple, parce que son évolution ne dépend que de l’attitude des actionnaires, épargnants. Il est très efficace parce que les américains sont très attentifs aux cours de bourse. C’est un marqueur incontournable.

Pour ce qui est de la dette américaine (les obligations et les bons du trésor ) la Chine a montré à deux reprises depuis un an, qu’elle savait vendre de la dette. Les décisions sont rapidement prises, en général par la banque centrale, parce que toute la dette est centralisée.

En Europe, c’est un peu diffèrent. Chaque banque, chaque fonds agit en toute liberté pour vendre ou acheter de la dette américaine. Cette semaine, le fonds norvégien et le fonds Danois sont intervenus. La banque centrale européenne a moins de pouvoir. Le stock de dettes est très fractionné.

Mais l’impact du marché obligataire est important. Pour les Européens, la dette américaine fonctionne donc un peu comme une arme nucléaire Une arme dissuasive, qui ne conserve sa puissance que tant qu’elle n’est pas utilisée. C’est un peu ce que les banquiers accompagnés de Christine Lagarde ont essayé d’expliquer aux proches conseillers du président."

https://atlantico.fr/article/decryptage ... -sylvestre
"La valeur ne dépend pas de la religion, mais de l'amour qui nous fait considérer l'autre comme un frère ou une sœur"
Sœur Emmanuelle
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