
Chez certains catholiques pratiquants, les digues sautent petit à petit vis-à-vis du RN, une tendance qu'on a pu constater, ce week-end, lors du pèlerinage de Chartres, le rassemblement par excellence des catholiques traditionalistes.
La communauté catholique pratiquante, ceux qui vont à la messe au moins une fois par mois, représente 3 millions de Français - soit un peu plus de 5% de la population, selon l'Ifop. Cette année, 20 000 fidèles ont participé au pèlerinage annuel de Chartres, du vendredi 22 au dimanche 24 mai. Ce pèlerinage de trois jours entre Paris et Chartres est un rassemblement notoire de catholiques traditionalistes, ponctué de moments de prières, et de messes en plein air et en latin.
Avant d'assister à la première messe, dans un champ près de Rambouillet, chaque pèlerin récupère un bracelet avec le nom de sa paroisse, de son université ou de son groupe de scouts. Certains se confient à notre micro au passage et, d'élection en élection, beaucoup se disent de plus en plus tentés par le vote Rassemblement national.
Un désir "d'autre chose"
Martin, venu de Perpignan où il gère un site de commerce en ligne, explique pourquoi il a voté Rassemblement national aux municipales de mars : "J'ai voté Louis Aliot parce que je suis content de ce qu'il fait et que ça se passe bien. Mais je ne suis pas beaucoup la politique.
"Je suis jeune, j'ai 31 ans, mais je suis déçu parce que c'est toujours pareil. On a des gars qui sont au pouvoir, qui nous disent plein de choses, mais qui ont des difficultés à accorder ce qu'ils disent avec ce qu'ils font."
Martin, électeur RN à franceinfo
"Je pourrais voter Jordan Bardella ou Marine Le Pen, le RN, on les a jamais vus au pouvoir. Tous les autres, on les a déjà vus au pouvoir et c'était pas fou quoi."
Myriam aussi veut du changement. Cette Parisienne retraitée et ancienne électrice de la droite traditionnelle a fait son choix pour la présidentielle : "Je voterai, je pense, Bardella. On a besoin d'autre chose, et puis je pense aussi qu'on est quand même envahi de... tueurs, on va dire, de gens qui ne sont pas punis pour ce qu'ils font. Les enfants qui sont violés, les instituteurs qui sont tués, je pense qu'on en a assez aussi."
Une envie de vérité ou une passion identitaire ?
Sous un soleil de plomb, les fidèles s'agenouillent par centaines pour prier. La messe est en latin. C'est ce qu'on appelle le rite tridentin, une pratique traditionaliste vers laquelle se tournent de plus en plus de catholiques. Pour tous ceux qui ne votent pas Rassemblement national, il y a comme une contradiction entre les idées de l'extrême droite et les valeurs prônées par l'Église. C'est le cas de François qui va à la messe plusieurs fois par semaine. Il se définit comme un social-démocrate.
"Je pense que les passions identitaires sont un aveuglement. Ça ne conduit à rien et c'est assez éloigné du message du Christ sur le terrain spirituel."
François, de sensibilité social-démocrateà franceinfo
Même si la majorité des catholiques se rangent du côté de François, les croyants attirés par le RN sont de moins en moins isolés, selon les sondages. Une étude Bayard-La Croix menée par l'Ifop, en décembre 2025, révèle que 15% des catholiques pratiquants se disent proches du RN. L'institut de sondage établit même que 32% ont voté pour la liste de Jordan Bardella aux dernières européennes, soit deux fois plus que cinq ans plus tôt.
L'immigration et les questions sociétales
Dans l'Église, rares sont ceux qui acceptent de parler publiquement de ce sujet au nom du "devoir de réserve". Un curé, à condition de rester anonyme, accepte tout de même de se confier à notre micro : "Certains fidèles, de façon très claire, ont vu, pour être politiquement incorrect d'une certaine façon, un grand remplacement local."
Pour ce prêtre d'Île-de-France, si certains fidèles se tournent vers l'extrême droite, c'est clairement en raison de l'arrivée d'immigrés dans sa paroisse. "Dans les écoles publiques du quartier, où une grande majorité de paroissiens mettaient leurs enfants, il y a eu un changement de population, qui fait qu'il y a eu un retrait de beaucoup de paroissiens de ces écoles, pour les mettre dans l'[enseignement] catholique. Donc là, il y a une perception d'un changement qui a fait qu'il y a eu un changement de comportement, une sensibilisation à cette question, c'est sûr."
L'explication est peut-être aussi à aller chercher du côté de l'effondrement de la droite traditionnelle sur lequel prospère le Rassemblement national. C'est en tout cas ce que suggère le vice-président du RN Sébastien Chenu : "à partir du moment ou les LR ne portent plus rien en terme de discours, ils ne peuvent pas intéresser un électorat catholique. Les catholiques qui se sont souvent sentis agressés, moqués et marginalisés, reviennent à des choses peut-être plus traditionnelles. Et tout ça se retrouve évidemment dans les comportements électoraux."
Quel message du Christ ?
Ce besoin de retour à la tradition est particulièrement vif chez les jeunes catholiques, une sorte de terreau pour la droite de la droite. Des influenceurs catholiques au discours très identitaire ont d'ailleurs émergé, ces dernières années, comme l'abbé Raffray, avec 200 000 abonnés sur Instagram et une chaîne YouTube cumulant 7,6 millions de vues, qui produit des vidéos sous forme d'interviews. Avec 200 000 abonnés sur Instagram et une chaîne YouTube cumulant 7,6 millions de vues, l'ecclésiastique prend pour cible, tour à tour, les communistes, les progressistes, les wokistes... et l'islam. Il mélange politique et religion. "Je suis patriote", explique-t-il. "Un chrétien doit aimer sa patrie, comme il doit aimer sa famille."
L'abbé donne des messes en latin. En ce jour de l'Ascension, en Seine-et-Marne, l'église est pleine et, à la sortie, les fidèles sont conquis. "Il est capable de titiller les gens là où ça dérange, décrit une fidèle, tout en enseignant et en donnant sa version des choses et en enseignant la vérité du Christ. Moi, j'ai beaucoup d'admiration pour lui. Ceux que ça dérange, c'est peut-être parce qu'ils n'ont pas bien appréhendé et compris la parole du Christ, tout simplement."
Le discours radical du prêtre influenceur Matthieu Raffray inquiète au sein des évêques de France. Certains attendent du pape qu'il apporte une clarification. Léon XIV sera en visite en France fin septembre, à quelques mois de la Présidentielle.
https://www.franceinfo.fr/replay-radio/ ... 98788.html

