Marc Bloch : un historien, un combattant, un résistant mort pour la France entre au Panthéon

Actualité hebdo, politique, économie, informations...
Avatar du membre
Corvo
Rang Tisiphonesque
Rang Tisiphonesque
Messages : 33564
Enregistré le : 31 décembre 2018 07:01
A Liké : 8 fois
A été liké : 17 fois

Marc Bloch : un historien, un combattant, un résistant mort pour la France entre au Panthéon

Message par Corvo »

:f_fr:

Quatre-vingt-deux ans après son exécution par les Allemands, l'historien et résistant Marc Bloch fait son entrée le 23 juin au Panthéon. Ce professeur spécialiste de l'histoire du Moyen Âge n'a eu de cesse tout au long de sa vie de s'engager pour la France. De la Première à la Seconde Guerre mondiale, il n'a aspiré qu'à l'action pour défendre son pays.

"Attaché à ma patrie par une tradition familiale déjà longue, nourri de son héritage spirituel et de son histoire, incapable en vérité d’en concevoir une autre où je puisse respirer à l’aise – je l’ai beaucoup aimée et servie de toutes mes forces." Le 18 mars 1941, Marc Bloch rédige son testament spirituel.

Alors que la Seconde Guerre mondiale fait rage et que la France a signé le 22 juin 1940 l'armistice face à l'Allemagne nazie, il pressent déjà une issue fatale : "Au cours de deux guerres, il ne m’a pas été donné de mourir pour la France. Du moins, puis-je en toute sincérité me rendre ce témoignage : je meurs comme j’ai vécu, en bon Français."

Ces mots prémonitoires ont été écrits trois ans avant son exécution par les Allemands, le 16 juin 1944, à Saint-Didier-de-Formans, dans l’Ain, aux côtés de 29 autres résistants. Toute sa vie, cet historien, qui entre au Panthéon le 23 juin, s’est engagé pour son pays.

Une plongée dans la Grande Guerre
Marc Bloch griffonne son premier testament dès 1915 : "Je ne regrette rien. J’ai toujours tenu à la vie (…). Mais je suis prêt au sacrifice, et je l’accepte, j’ose le dire sans frisson mais non sans fierté." À 28 ans, ce Normalien, alors professeur de lycée, est mobilisé dès le début de la Première Guerre mondiale comme sergent dans le 272ᵉ régiment d’infanterie. "Cela a été une expérience fondatrice pour lui, mais évidemment pour tous ceux de sa génération", résume l’historien Nicolas Offenstadt, professeur à l’université Paris 1-Panthéon-Sorbonne, lors d’un colloque organisé par le Service historique de la Défense sur l’expérience combattante de Marc Bloch.

Après la bataille de la Marne, il combat ensuite dans l’Argonne. Devenu adjudant, il subit des conditions "très précaires sous des bombardements permanents", décrit ce spécialiste de la Grande Guerre. En 1915, il décroche une première citation militaire : "A conduit sa section de façon très énergique et a montré le plus grand mépris du danger."

Un an plus tard, il prend part à la terrible bataille de la Somme, puis en 1917 à celle du Chemin des Dames, après quelques mois de répit en Algérie pour des missions de maintien de l’ordre. Il est finalement nommé officier de renseignements dans l’Aisne. "On pourrait penser qu’il était à l’abri, mais ce serait mal connaître la guerre de 14-18, parce qu’en réalité, il était souvent en première ligne dans des positions extrêmement dangereuses. Il sera d’ailleurs blessé dans ces circonstances", précise Nicolas Offenstadt.

Une famille juive alsacienne
Pour cet historien, Marc Bloch se distingue par "un sentiment du devoir extrêmement profond". "Il a vraiment l’idée d’avoir un rôle à tenir en tant qu’intellectuel, avec l’idée qu’il doit être exemplaire au feu", souligne-t-il. Pour cet auteur de nombreux ouvrages sur la Première Guerre mondiale, ce patriotisme lui a été inculqué dès l’enfance.

Issu d’une famille de juifs alsaciens qui a choisi de vivre en France après la défaite de la guerre de 1870 et l’annexion de l’Alsace-Moselle par l’empire allemand, Marc Bloch est né à Lyon en 1886 et a grandi dans un milieu acquis aux valeurs de la IIIᵉ République. "Pour sa famille, la France est celle qui leur avait donné la nationalité, celle de la Révolution française. Les juifs alsaciens avaient donc un sens du devoir, de la dette et de l’engagement pour leurs pays", analyse Nicolas Offenstadt.

Décoré de la Croix de guerre 14-18, cité quatre fois pour "actions d’éclat", il obtient la Légion d’honneur en 1920. De retour à la vie civile, il reprend ses fonctions de professeur d’histoire et fonde une famille après avoir épousé Simonne Vidal. La Grande Guerre ne quitte toutefois pas ses pensées. Pour Nicolas Offenstadt, cette période a été "un laboratoire pour l’historien" qui n’a cessé d’observer. "Il fait un lien entre ce qu’il a vu dans les tranchées et son travail d’historien du Moyen Âge", estime le spécialiste de 14-18.

Son œuvre magistrale publiée en 1924, "Les Rois thaumaturges", fait ainsi écho à la propagation des fausses nouvelles que Marc Bloch a expérimentée durant le conflit.

Dans l’entre-deux-guerres, l’ancien combattant de la Grande Guerre se fait un nom. En 1929, il révolutionne la recherche historique en créant avec son confrère Lucien Febvre les Annales d’histoire économique et sociale. Sept ans plus tard, il est élu comme maître de conférences d'histoire économique et sociale à la Sorbonne à Paris, avant d'être nommé professeur.

L’étrange défaite, un premier acte de résistance
En 1939, lorsque éclate la Seconde Guerre mondiale, ce père de six enfants décide de s’engager à nouveau, même s’il n’est pas tenu de le faire car il a la charge de sa famille. Il s’autoproclame avec humour "capitaine le plus âgé de France". Il sert alors comme officier en charge du ravitaillement en essence de la 1ʳᵉ Armée et y obtient sa cinquième et dernière citation.

Dans les derniers jours de la terrible bataille de France, il est évacué depuis Dunkerque vers le Royaume-Uni, mais décide de revenir immédiatement sur le sol français. Pour ne pas être fait prisonnier, il quitte son uniforme et retrouve ses proches dans la Creuse. Il y reprend sa casquette d’historien et écrit sur le vif un essai sur les causes de la débâcle, publié en 1946 à titre posthume sous le titre "L’Étrange défaite".

"Marc Bloch y formule avec une clairvoyance admirable certaines causes profondes de la défaite. Parfois il instruit un procès sévère contre les états-majors, contre les élites, contre les routines d'un pays qui n'a pas su regarder la guerre telle qu'elle était devenue", relève Pierre Schill, chef d’état-major de l’armée de Terre lors du colloque organisé par le SHD.

"Il pose surtout une question qui n'a rien perdu de son actualité : comment une armée, un État, une nation peuvent-ils ne pas s'adapter au moment qui vient ?", ajoute ce général d’armée. Selon lui, cet écrit n’est pas une "doctrine prête à l’usage", mais il demeure "une source d’inspiration pour les officiers français, non comme une leçon de défaite, mais comme une école de lucidité".

Pour l’historien Stéphane Nivet, spécialiste de la Seconde Guerre mondiale, "L’étrange défaite" peut être aussi perçu comme un premier acte de résistance. "Il fait œuvre de vérité", insiste l’auteur de "L'Assassinat de Marc Bloch, un historien dans la Résistance" (éditions Midi-Pyrénéennes). "C’est une forme de résistance que d'avoir eu, dès l'été 1940, la lucidité de faire le diagnostic qu'il a fait, alors que tout le monde était dans l'accablement total et dans l'aveuglement par rapport à Vichy", ajoute-t-il. Dans ce texte, il montre aussi qu’il n’est pas résigné et est prêt à continuer le combat. "Je souhaite, en tout cas, que nous ayons encore du sang à verser", écrit Marc Bloch en conclusion.

L’entrée en clandestinité
Rapidement, le professeur subit les mesures antisémites du gouvernement de Pétain. En vertu du statut des juifs du 3 octobre 1940, il est exclu de la fonction publique, tandis que son appartement parisien, réquisitionné par l’occupant, est vidé de sa bibliothèque contenant près de 7 000 ouvrages. Rétabli dans ses fonctions pour services exceptionnels en 1941, il est affecté à l’université de Montpellier. Il rejoint alors un mouvement de résistance appelé Liberté. Il participe notamment au Comité Général d'Études de la Résistance (CGE), une structure créée sous l'impulsion de Jean Moulin, chargé de mettre en œuvre des réformes quand la France serait libérée.

"Mais il va être poussé par l’invasion de la zone sud à faire le grand saut dans l’engagement au début de l’année 1943. La pression des mesures antisémites, puis la présence nazie l’exposent beaucoup. Il fait donc le choix conscient d’entrer dans la vie clandestine", raconte Stéphane Nivet.

Marc Bloch rejoint le mouvement de résistance Franc-Tireur et part à Lyon, sa ville natale. Son âge est alors perçu comme un handicap, selon l’historien : "Les résistants avaient tous entre 20 et 30 ans. Quand ils ont vu arriver ce notable en costume trois-pièces avec ses décorations à la boutonnière, professeur à la Sorbonne, âgé de 55 ans, ils ont hésité sur le rôle qu’ils pouvaient lui faire jouer."

Après des missions subalternes, l’ancien héros de 14-18, surnommé "Narbonne" dans la Résistance, finit par s’imposer. Les cadres du mouvement comprennent rapidement qu’il a des talents d’organisation en matière de propagande, de liaisons, et bien sûr de renseignement. Son compagnon de lutte, Georges Altman, avait été impressionné par sa "deuxième jeunesse". "Il avait accepté cette vie de risque et d’illégalité avec un entrain quasi sportif, gardant d’ailleurs une jeunesse physique que j’admirais, en le voyant prendre à la course ce tramway qui le ramenait dans son logis lyonnais", avait-il dépeint dans un hommage publié en 1945.

Mais le 8 mars 1944, tout bascule. Marc Bloch est pris par la Gestapo à Lyon sous le faux nom de "professeur Blanchard". "Il y a eu une vague d’arrestations qui a commencé dans la ville. Parmi les gens arrêtés, un individu a visiblement craqué et ils ont réussi à remonter sur les autres. Plus de soixante personnes ont été arrêtées en seulement quelques jours", retrace Stéphane Nivet.

Le résistant est conduit à la prison de Montluc, où il survit à d’effroyables séances de tortures et reste emprisonné pendant un peu plus de trois mois. Détenu à ses côtés, Marcel Fonfrède se souviendra après la Libération de l’avoir vu revenir "noir d’ecchymoses, respirant avec difficulté (…) laissé pour mort tout mouillé sur le sol glacé d’une cellule de la Santé militaire".

Malgré les coups, Marc Bloch ne divulgue que des renseignements déjà connus ou inutilisables. Engagé jusqu’au bout dans la transmission, il donne même des cours d’histoire à ses codétenus entre deux interrogatoires.

L’exécution
Le vendredi 16 juin 1944, il est sorti de sa cellule vers 20 heures avec 29 autres prisonniers pour un "appel sans bagages". Tous montent dans une camionnette bâchée. Ils sont âgés de 19 à 58 ans, Marc Bloch étant le plus âgé. "Ces hommes sont victimes d’une vengeance allemande contre un guet-apens qui avait été tenu à Saint-Didier-de-Formans. Trente détenus ont été prélevés de la prison de Montluc et fusillés dans ce lieu pour bien montrer que si l’armée allemande est attaquée, des Français sont tués", explique Stéphane Nivet.

Dix jours après le Débarquement en Normandie et quelques semaines avant la Libération de la France, Marc Bloch est exécuté dans un champ par des soldats allemands. Les corps sont laissés toute la nuit sur place pour terroriser la population. La dépouille du spécialiste d’histoire médiévale n’est identifiée que le 8 novembre.

Quatre-vingt-deux ans plus tard, cet intellectuel engagé reçoit enfin les honneurs qui lui sont dus. "S’il avait été uniquement un grand universitaire, je ne pense pas qu’il serait entré au Panthéon", note l’auteur de "L'Assassinat de Marc Bloch". "Mais la figure qui y entre, c’est celle de l’unité entre l’héroïsme de la raison et celle de l’action. Il a laissé une trace intellectuelle puissante, qui a permis de créer les sciences sociales modernes qu’on connait, et il a aussi défendu son pays par deux fois", insiste Stéphane Nivet.

Pour cet historien, à l’heure où la menace géopolitique est forte et où la situation politique interne est un sujet d’inquiétude, cette cérémonie s’avère salutaire. Stéphane Nivet estime qu’il faut se servir de son héritage pour "guérir de nos blessures contemporaines" : "Invoquer Marc Bloch peut réveiller une partie de son message pour éviter une nouvelle 'Étrange défaite'."

https://www.france24.com/fr/france/2026 ... ire-guerre
Avatar du membre
mic43121
Rang Tisiphonesque
Rang Tisiphonesque
Messages : 36897
Enregistré le : 23 mars 2016 19:42
A Liké : 10 fois
A été liké : 7 fois

Re: Marc Bloch : un historien, un combattant, un résistant mort pour la France entre au Panthéon

Message par mic43121 »

Hé ben :-|
Tu as le temps de lire TOUT ça ?
Mon copain Corvo :perv: tu sais qu'il y a autre chose que la politique dans la vie ? :))
Tiens fais comme moi ..Demain je vais voir la montagne...juste quelques jours .c'est un exutoire :hehe:
Ou pour toi.. la Lozère ,si belle :] ....ou La mer ,mais là tu vas trouver des parisiens ::d
Et crois moi c'est salutaire ...
:hello:
La tolérance c'est quand on connait des cons- et qu'on ne dit pas les noms
Avatar du membre
Kelenner
Posteur DIVIN
Posteur DIVIN
Messages : 19330
Enregistré le : 05 juin 2013 09:03
A Liké : 2 fois
A été liké : 7 fois

Re: Marc Bloch : un historien, un combattant, un résistant mort pour la France entre au Panthéon

Message par Kelenner »

mic43121 a écrit : 22 juin 2026 07:46 Hé ben :-|
Tu as le temps de lire TOUT ça ?
Mon copain Corvo :perv: tu sais qu'il y a autre chose que la politique dans la vie ? :))
Tiens fais comme moi ..Demain je vais voir la montagne...juste quelques jours .c'est un exutoire :hehe:
Ou pour toi.. la Lozère ,si belle :] ....ou La mer ,mais là tu vas trouver des parisiens ::d
Et crois moi c'est salutaire ...
:hello:
C’est sûr, ça fait bobo à la tête, mais si tu en savais un peu plus long sur des gens comme Bloch ça t’éviterait peut être de voter pour des gens qui symbolisent l’antithèse de son combat.
Avatar du membre
Corvo
Rang Tisiphonesque
Rang Tisiphonesque
Messages : 33564
Enregistré le : 31 décembre 2018 07:01
A Liké : 8 fois
A été liké : 17 fois

Re: Marc Bloch : un historien, un combattant, un résistant mort pour la France entre au Panthéon

Message par Corvo »

mic43121 a écrit : 22 juin 2026 07:46 Hé ben :-|
Tu as le temps de lire TOUT ça ?
Mon copain Corvo :perv: tu sais qu'il y a autre chose que la politique dans la vie ? :))
Tiens fais comme moi ..Demain je vais voir la montagne...juste quelques jours .c'est un exutoire :hehe:
Ou pour toi.. la Lozère ,si belle :] ....ou La mer ,mais là tu vas trouver des parisiens ::d
Et crois moi c'est salutaire ...
:hello:
Je lis toujours ce que je publie. Et demain sera un grand jour.

Assistez à la panthéonisation de Marc Bloch

Historien et résistant de la seconde guerre mondiale, Marc Bloch entrera au Panthéon le 23 juin 2026.
Pour la première fois de son histoire, le Panthéon, sanctuaire de la mémoire nationale, accueille un historien qui fut aussi un grand résistant, engagé dans la clandestinité à Lyon en 1943-1944.

https://www.paris.fr/evenements/assiste ... 943%2D1944.

Image
Once
Posteur DIVIN
Posteur DIVIN
Messages : 11455
Enregistré le : 02 novembre 2020 08:46
A Liké : 2 fois
A été liké : 31 fois

Re: Marc Bloch : un historien, un combattant, un résistant mort pour la France entre au Panthéon

Message par Once »

mic43121 a écrit : 22 juin 2026 07:46 Demain je vais voir la montagne...juste quelques jours .c'est un exutoire
Avec votre dernier gros SUV électrique chinois ? Faites gaffe, y a pas beaucoup de bornes là haut ! :content36

Pas taper

je :arrow: ;)
Avatar du membre
Corvo
Rang Tisiphonesque
Rang Tisiphonesque
Messages : 33564
Enregistré le : 31 décembre 2018 07:01
A Liké : 8 fois
A été liké : 17 fois

Re: Marc Bloch : un historien, un combattant, un résistant mort pour la France entre au Panthéon

Message par Corvo »

mic43121 a écrit : 22 juin 2026 07:46 Hé ben :-|
Tu as le temps de lire TOUT ça ?
Mon copain Corvo :perv: tu sais qu'il y a autre chose que la politique dans la vie ? :))
Tiens fais comme moi ..Demain je vais voir la montagne...juste quelques jours .c'est un exutoire :hehe:
Ou pour toi.. la Lozère ,si belle :] ....ou La mer ,mais là tu vas trouver des parisiens ::d
Et crois moi c'est salutaire ...
:hello:
J'ai oublié. Bon séjour à la montagne. ;)
Avatar du membre
mic43121
Rang Tisiphonesque
Rang Tisiphonesque
Messages : 36897
Enregistré le : 23 mars 2016 19:42
A Liké : 10 fois
A été liké : 7 fois

Re: Marc Bloch : un historien, un combattant, un résistant mort pour la France entre au Panthéon

Message par mic43121 »

Once a écrit : 22 juin 2026 08:11
mic43121 a écrit : 22 juin 2026 07:46 Demain je vais voir la montagne...juste quelques jours .c'est un exutoire
Avec votre dernier gros SUV électrique chinois ? Faites gaffe, y a pas beaucoup de bornes là haut ! :content36

Pas taper

je :arrow: ;)

Mais non je ne tape personne ..Tute souviens que je suis FAIT pout l'amour et les caresses... :gene3:
Mais j'ai toujours ma gazoline qui fait beaucoup parler le Chti et son copain ...
Merçi Corvo ...mais pense a ce que je te conseille Mende... les rivières ..la verdure ..les paysages ..
:hello:
La tolérance c'est quand on connait des cons- et qu'on ne dit pas les noms
Avatar du membre
Corvo
Rang Tisiphonesque
Rang Tisiphonesque
Messages : 33564
Enregistré le : 31 décembre 2018 07:01
A Liké : 8 fois
A été liké : 17 fois

Re: Marc Bloch : un historien, un combattant, un résistant mort pour la France entre au Panthéon

Message par Corvo »

Marc Bloch au Panthéon : les mots forts de sa petite-fille pour expliquer son refus de voir le RN à la cérémonie

La famille de l’historien a demandé que le Rassemblement national soit exclu de la cérémonie, par respect pour l’engagement du résistant français de gauche.

Marc Bloch et son épouse Simonne Vidal font leur entrée au Panthéon ce mardi 23 juin à 21 heures. La famille de Marc Bloch a demandé explicitement que le Rassemblement national soit exclu de la cérémonie. Le protocole républicain impose pourtant l’invitation des chefs de groupes parlementaires, mais la requête semble avoir été entendue par les membres du parti qui ne devraient pas être présents.

« Jordan Bardella a indiqué qu’il n’y aura aucun représentant [du RN] normalement ce soir, je trouve que c’est bien », a indiqué mardi Suzette Bloch, la petite-fille de Marc Bloch, au micro de France Inter. « Le Rassemblement national, ce sont les héritiers de la Waffen-SS qui ont assassiné mon grand-père », explique-t-elle.

« Marc Bloch était antifasciste », rappelle l’ancienne journaliste, c’est « un démocrate, un homme de gauche même s’il n’était pas publiquement engagé ». L’historien était entré dans la Résistance en 1943 à Lyon, dans le mouvement Franc-Tireur. Arrêté le 8 mars 1944, il est torturé par la Gestapo avant d’être exécuté le 16 juin, avec d’autres détenus, en criant « Vive la France ».

Même son de cloche du côté de l’arrière-petit-fils de Marc Bloch, Matis Bloch, qui dénonce au passage la récupération par le RN de la mémoire du résistant. « Le programme que défend l’extrême droite va totalement à l’encontre de Marc Bloch et pourtant, depuis une vingtaine d’années, l’extrême droite se met à le citer de façon permanente pour défendre un programme, un roman national […] Il y a quelque chose qui nous paraît complètement contradictoire et qui nous agace profondément », a-t-il déclaré à franceinfo.

Dans une lettre du 21 octobre 2025 adressée au ministre de l’intérieur Laurent Nuñez, Jordan Bardella avait cité une phrase de L’Étrange défaite, livre de Marc Bloch sur les racines de la débâcle de l’armée française face à l’avancée allemande en 1940. « Notre peuple mérite qu’on se fie à lui et qu’on le mette dans la confidence », avait-il repris pour réclamer la transparence sur le nombre d’étrangers en situation irrégulière.

Nicolas Sarkozy avait lui aussi invoqué la figure de Marc Bloch dans un discours tenu en novembre 2009 sur la question de l’identité nationale. « Laissez Marc Bloch tranquille, M. Sarkozy », avaient déclaré Suzette Bloch et l’historien Nicolas Offenstadt quelques jours plus tard dans une tribune au Monde.

L’appel de la famille de Marc Bloch n’a toutefois pas été entendu par tous. Sarah Knafo, eurodéputée Reconquête et alliée du parti d’extrême droite allemand AfD au Parlement européen, a confirmé sa présence à la cérémonie de panthéonisation. « Elle essaye de faire du buzz, c’est un scandale », fulmine Suzette Bloch.

https://www.huffingtonpost.fr/politique ... 75486.html

Image
Le Rassemblement national ne devrait pas être présent à la cérémonie de panthéonisation, sur demande de la famille de Marc Bloch.
Avatar du membre
Kabé
Posteur TOP VIP
Posteur TOP VIP
Messages : 2698
Enregistré le : 06 décembre 2024 15:44
Localisation : ici
A Liké : 5 fois
A été liké : 26 fois

Re: Marc Bloch : un historien, un combattant, un résistant mort pour la France entre au Panthéon

Message par Kabé »

Petit extrait de Réflexions d'un historien sur les fausses nouvelles de la guerre (1921), de Marc Bloch, qui n'a pas perdu de son actualité quand on pense aux médias et aux réseaux sociaux d'aujourd'hui... :
Une fausse nouvelle naît toujours de représentations collectives qui
préexistent à sa naissance ; elle n'est fortuite qu'en apparence, ou,
plus précisément, tout ce qu'il y a de fortuit en elle c'est l'incident
initial, absolument quelconque, qui déclenche le travail des imagi-
nations; mais cette mise en branle n'a lieu que parce que les ima-
ginations sont déjà préparées et fermentent sourdement. Un évé-
nement, une mauvaise perception par exemple qui n'irait pas dans
le sens où penchent déjà les esprits de tous, pourrait tout au plus
former l'origine d'une erreur individuelle, mais non pas d'une
fausse nouvelle populaire et largement répandue. Si j'ose me servir
d'un terme auquel les sociologues ont donné souvent une valeur
à mon gré trop métaphysique, mais qui est commode et après tout
riche de sens, la fausse nouvelle est le miroir où « la conscience
collective » contemple ses propres traits
.
Avatar du membre
scorpion3917
Posteur DIVIN
Posteur DIVIN
Messages : 11258
Enregistré le : 02 février 2011 19:19
A Liké : 18 fois
A été liké : 13 fois

Re: Marc Bloch : un historien, un combattant, un résistant mort pour la France entre au Panthéon

Message par scorpion3917 »

Corvo a écrit : 23 juin 2026 17:08 Marc Bloch au Panthéon : les mots forts de sa petite-fille pour expliquer son refus de voir le RN à la cérémonie

La famille de l’historien a demandé que le Rassemblement national soit exclu de la cérémonie, par respect pour l’engagement du résistant français de gauche.

Marc Bloch et son épouse Simonne Vidal font leur entrée au Panthéon ce mardi 23 juin à 21 heures. La famille de Marc Bloch a demandé explicitement que le Rassemblement national soit exclu de la cérémonie. Le protocole républicain impose pourtant l’invitation des chefs de groupes parlementaires, mais la requête semble avoir été entendue par les membres du parti qui ne devraient pas être présents.

« Jordan Bardella a indiqué qu’il n’y aura aucun représentant [du RN] normalement ce soir, je trouve que c’est bien », a indiqué mardi Suzette Bloch, la petite-fille de Marc Bloch, au micro de France Inter. « Le Rassemblement national, ce sont les héritiers de la Waffen-SS qui ont assassiné mon grand-père », explique-t-elle.

« Marc Bloch était antifasciste », rappelle l’ancienne journaliste, c’est « un démocrate, un homme de gauche même s’il n’était pas publiquement engagé ». L’historien était entré dans la Résistance en 1943 à Lyon, dans le mouvement Franc-Tireur. Arrêté le 8 mars 1944, il est torturé par la Gestapo avant d’être exécuté le 16 juin, avec d’autres détenus, en criant « Vive la France ».

Même son de cloche du côté de l’arrière-petit-fils de Marc Bloch, Matis Bloch, qui dénonce au passage la récupération par le RN de la mémoire du résistant. « Le programme que défend l’extrême droite va totalement à l’encontre de Marc Bloch et pourtant, depuis une vingtaine d’années, l’extrême droite se met à le citer de façon permanente pour défendre un programme, un roman national […] Il y a quelque chose qui nous paraît complètement contradictoire et qui nous agace profondément », a-t-il déclaré à franceinfo.

Dans une lettre du 21 octobre 2025 adressée au ministre de l’intérieur Laurent Nuñez, Jordan Bardella avait cité une phrase de L’Étrange défaite, livre de Marc Bloch sur les racines de la débâcle de l’armée française face à l’avancée allemande en 1940. « Notre peuple mérite qu’on se fie à lui et qu’on le mette dans la confidence », avait-il repris pour réclamer la transparence sur le nombre d’étrangers en situation irrégulière.

Nicolas Sarkozy avait lui aussi invoqué la figure de Marc Bloch dans un discours tenu en novembre 2009 sur la question de l’identité nationale. « Laissez Marc Bloch tranquille, M. Sarkozy », avaient déclaré Suzette Bloch et l’historien Nicolas Offenstadt quelques jours plus tard dans une tribune au Monde.

L’appel de la famille de Marc Bloch n’a toutefois pas été entendu par tous. Sarah Knafo, eurodéputée Reconquête et alliée du parti d’extrême droite allemand AfD au Parlement européen, a confirmé sa présence à la cérémonie de panthéonisation. « Elle essaye de faire du buzz, c’est un scandale », fulmine Suzette Bloch.

https://www.huffingtonpost.fr/politique ... 75486.html

Image
Le Rassemblement national ne devrait pas être présent à la cérémonie de panthéonisation, sur demande de la famille de Marc Bloch.
Évidemment qu'il faut respecter les souhaits de la famille.
Mais le RN version 2026 peut il encore avoir des points en commun avec cette période funeste de notre histoire et ne pas accepter sa mue supposée ou réelle ad vitam æternam ?
La seule chose qui permet au mal de triompher est l inaction des hommes de bien.
Edmund Burke.
Avatar du membre
gare au gorille
Rang Tisiphonesque
Rang Tisiphonesque
Messages : 30232
Enregistré le : 30 octobre 2016 18:53
A Liké : 12 fois
A été liké : 6 fois

Re: Marc Bloch : un historien, un combattant, un résistant mort pour la France entre au Panthéon

Message par gare au gorille »

Kelenner a écrit : 22 juin 2026 07:51
mic43121 a écrit : 22 juin 2026 07:46 Hé ben :-|
Tu as le temps de lire TOUT ça ?
Mon copain Corvo :perv: tu sais qu'il y a autre chose que la politique dans la vie ? :))
Tiens fais comme moi ..Demain je vais voir la montagne...juste quelques jours .c'est un exutoire :hehe:
Ou pour toi.. la Lozère ,si belle :] ....ou La mer ,mais là tu vas trouver des parisiens ::d
Et crois moi c'est salutaire ...
:hello:
C’est sûr, ça fait bobo à la tête, mais si tu en savais un peu plus long sur des gens comme Bloch ça t’éviterait peut être de voter pour des gens qui symbolisent l’antithèse de son combat.
Mais Mic n'a aucunement l'intention de voter pour LFI
* il pleut doucement sur la ville *
* Et le poète soul engueulait l' Univers *
(Rimbaud)
Avatar du membre
Corvo
Rang Tisiphonesque
Rang Tisiphonesque
Messages : 33564
Enregistré le : 31 décembre 2018 07:01
A Liké : 8 fois
A été liké : 17 fois

Re: Marc Bloch : un historien, un combattant, un résistant mort pour la France entre au Panthéon

Message par Corvo »

scorpion3917 a écrit : 23 juin 2026 19:22
Corvo a écrit : 23 juin 2026 17:08 Marc Bloch au Panthéon : les mots forts de sa petite-fille pour expliquer son refus de voir le RN à la cérémonie

La famille de l’historien a demandé que le Rassemblement national soit exclu de la cérémonie, par respect pour l’engagement du résistant français de gauche.

Marc Bloch et son épouse Simonne Vidal font leur entrée au Panthéon ce mardi 23 juin à 21 heures. La famille de Marc Bloch a demandé explicitement que le Rassemblement national soit exclu de la cérémonie. Le protocole républicain impose pourtant l’invitation des chefs de groupes parlementaires, mais la requête semble avoir été entendue par les membres du parti qui ne devraient pas être présents.

« Jordan Bardella a indiqué qu’il n’y aura aucun représentant [du RN] normalement ce soir, je trouve que c’est bien », a indiqué mardi Suzette Bloch, la petite-fille de Marc Bloch, au micro de France Inter. « Le Rassemblement national, ce sont les héritiers de la Waffen-SS qui ont assassiné mon grand-père », explique-t-elle.

« Marc Bloch était antifasciste », rappelle l’ancienne journaliste, c’est « un démocrate, un homme de gauche même s’il n’était pas publiquement engagé ». L’historien était entré dans la Résistance en 1943 à Lyon, dans le mouvement Franc-Tireur. Arrêté le 8 mars 1944, il est torturé par la Gestapo avant d’être exécuté le 16 juin, avec d’autres détenus, en criant « Vive la France ».

Même son de cloche du côté de l’arrière-petit-fils de Marc Bloch, Matis Bloch, qui dénonce au passage la récupération par le RN de la mémoire du résistant. « Le programme que défend l’extrême droite va totalement à l’encontre de Marc Bloch et pourtant, depuis une vingtaine d’années, l’extrême droite se met à le citer de façon permanente pour défendre un programme, un roman national […] Il y a quelque chose qui nous paraît complètement contradictoire et qui nous agace profondément », a-t-il déclaré à franceinfo.

Dans une lettre du 21 octobre 2025 adressée au ministre de l’intérieur Laurent Nuñez, Jordan Bardella avait cité une phrase de L’Étrange défaite, livre de Marc Bloch sur les racines de la débâcle de l’armée française face à l’avancée allemande en 1940. « Notre peuple mérite qu’on se fie à lui et qu’on le mette dans la confidence », avait-il repris pour réclamer la transparence sur le nombre d’étrangers en situation irrégulière.

Nicolas Sarkozy avait lui aussi invoqué la figure de Marc Bloch dans un discours tenu en novembre 2009 sur la question de l’identité nationale. « Laissez Marc Bloch tranquille, M. Sarkozy », avaient déclaré Suzette Bloch et l’historien Nicolas Offenstadt quelques jours plus tard dans une tribune au Monde.

L’appel de la famille de Marc Bloch n’a toutefois pas été entendu par tous. Sarah Knafo, eurodéputée Reconquête et alliée du parti d’extrême droite allemand AfD au Parlement européen, a confirmé sa présence à la cérémonie de panthéonisation. « Elle essaye de faire du buzz, c’est un scandale », fulmine Suzette Bloch.

https://www.huffingtonpost.fr/politique ... 75486.html

Image
Le Rassemblement national ne devrait pas être présent à la cérémonie de panthéonisation, sur demande de la famille de Marc Bloch.
Évidemment qu'il faut respecter les souhaits de la famille.
Mais le RN version 2026 peut il encore avoir des points en commun avec cette période funeste de notre histoire et ne pas accepter sa mue supposée ou réelle ad vitam æternam ?

Ben...
Quand la députée RN Caroline Parmentier célébrait le nazi Léon Degrelle

Autrice pendant trente ans d’écrits haineux qu’elle n’a jamais reniés publiquement, la députée du Pas-de-Calais a aussi rendu hommage dans un ouvrage à une figure du nazisme en Belgique, a découvert Mediapart. Amie intime de Marine Le Pen, Caroline Parmentier faisait encore la promotion de ce livre dans les années 2010.

https://www.mediapart.fr/journal/politi ... n-degrelle


Metz : une candidate RN abonnée à des comptes néo-nazis sur Instagram

https://www.blast-info.fr/articles/2026 ... g3pvbszloQ

Municipales 2026. "Je suis un nazi" : les propos racistes et antisémites d'un candidat du Rassemblement national à Gap

https://france3-regions.franceinfo.fr/p ... 14358.html

Etc...
Avatar du membre
Corvo
Rang Tisiphonesque
Rang Tisiphonesque
Messages : 33564
Enregistré le : 31 décembre 2018 07:01
A Liké : 8 fois
A été liké : 17 fois

Re: Marc Bloch : un historien, un combattant, un résistant mort pour la France entre au Panthéon

Message par Corvo »

"Ils le mentionnent par opportunisme" : le biographe de Marc Bloch regrette la "récupération" du RN vis-à-vis du résistant

Le 23 juin, Marc Bloch et Simonne Vidal entrent au Panthéon. Olivier Lévy-Dumoulin, le biographe de l'historien, analyse les raisons pour lesquelles les politiques du Rassemblement national se réfèrent souvent au résistant.
Publié le 23/06/2026 18:37

Le 23 juin à 21h, le président de la République dirigera la cérémonie de panthéonisation de Marc Bloch et Simonne Vidal, à Paris. L'historien a révolutionné son domaine en développant une méthode d'enquête et une approche sociale dans ses travaux. Résistant, il meurt fusillé par les Nazis en 1944, la même année que son épouse, qui décède d'une maladie.

Depuis l'annonce de la panthéonisation du couple, les hommages se multiplient sur tout le spectre de l'échiquier politique. Emmanuel Macron qualifie Marc Bloch de "sentinelle de l'esprit". Un blog proche de la France insoumise évoque un "héros républicain". Jordan Bardella se réfère au "grand historien", au "héros de la résistance". Hommages ou récupérations ? Olivier Lévy-Dumoulin, biographe du résistant, et historien lui-même, nous livre son analyse.

franceinfo : Êtes-vous surpris que Marc Bloch fasse l'unanimité parmi la classe politique ?
Olivier Lévy-Dumoulin : Tout le monde se réclame de Marc Bloch maintenant, y compris de façon indue. Depuis plus d'une dizaine d'années, il est cité par Jean-Marie Le Pen, puis par Marion Maréchal-Le Pen, puis par Jordan Bardella. Il n'est quand même pas très compliqué de penser qu'il s'agit d'opportunisme, et qu'ils confondent leur vision de la France avec la vision de Marc Bloch. Il écrit textuellement : "Je suis Français, je suis né Français, je ne me reconnais pas d'autres qualités, et rien de mon cœur ne saurait déraciner la France". En affirmant que c'est dans le cœur que se trouvent les racines, il dit le contraire de ce qu'écrivait Maurice Barrès, ce grand écrivain adoré par l'extrême droite. Barrès insiste sur le rapport au sol et à la terre, là où Marc Bloch dit que n'importe qui est Français s'il le ressent dans son cœur. Quand on ne veut pas regarder le détail de sa conception de l'historiographie, on peut être d'extrême droite et s'en revendiquer à tort.

Que la France insoumise se sente proche de Marc Bloch, oui. Il est républicain, il n'y a pas l'ombre d'un doute. Il vit même une jeunesse socialisante… En revanche, il est hostile au communisme pour beaucoup de raisons.

Concernant Emmanuel Macron, la panthéonisation systématique sous ses mandats laisse un peu perplexe. Mais on peut noter que l'accent est très fortement mis sur la Résistance. Ce n'est peut-être pas seulement un message opportuniste, mais une volonté de rappeler les bases sur lesquelles la France s'est réconciliée après la Seconde Guerre mondiale.

En 2015, lors d'un meeting à l'approche des élections régionales, Marion Maréchal déclarait : "Qui n'a pas vibré au sacre de Reims et à la fête de la Fédération n'est pas vraiment français". La phrase fait écho à celle publiée par Marc Bloch dans L'étrange défaite : "Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l'histoire de France : ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération". Qu'en pensez-vous ?

Cette citation a une histoire. La ville de Reims n'est pas un objet de débat. Sa cathédrale n'est plus un monument exclusivement religieux ou royal. Depuis son bombardement par des obus incendiaires allemands en 1914, elle est devenue un symbole d'unité patriotique. Marc Bloch regrette que la République n'ait pas été capable de susciter des enthousiasmes collectifs qui fassent concurrence à ceux de l'Allemagne nazie, de l'Italie fasciste ou de la Russie soviétique. Il pense qu'un corps social a besoin de se reconnaître comme tel dans des occasions. Et à plusieurs étapes de l'histoire, il y a eu des moments ou la nation s'est reconnue comme nation. Déjà, la citation prend une tout autre couleur.

De plus, il écrit déjà pratiquement la même chose dans ses carnets de combattant, en 1917. À l'époque, il préfaçait cette phrase d'un titre très intéressant : "Pourquoi je ne suis pas conservateur". Bloch montre qu'on hérite d'une histoire, et qu'on n'a pas besoin de descendre de ceux qui étaient sur le parvis de la cathédrale de Reims, le jour du sacre, pour se l'approprier. La nation est une chose qui se construit tout le temps. Évidemment, personne ne peut résumer ça en une citation. Et dans un discours, ça fait bien de dire : "Ah, il a reconnu que le sacre de Reims, c'était la France".

Après l'annonce de la panthéonisation du couple, Jordan Bardella mentionne de nouveau le résistant en 2025. "Comme le disait le grand historien Marc Bloch : 'Notre peuple mérite qu'on se fie à lui et qu'on le mette dans la confidence'", déclarait le président du Rassemblement national. D'après vous, pourquoi le RN se réfère-t-il souvent à Marc Bloch ?

Il le mentionne par opportunisme. Il sait que c'est une figure qui est révérée par la gauche, et qui est très respectée scientifiquement. Il est juif, intellectuel, savant, et il pense en termes de nation. Il y a effectivement dans cette figure quelque chose qui menace le fonds de commerce de l'extrême droite. Donc, on a deux solutions. On peut dire que la figure est infamante, mais il est père de six enfants, combattant de 1914, résistant, et il meurt exécuté. Donc ça ne passe pas. Alors on décide de le récupérer.

"Je ne revendique jamais mon origine que dans un cas : en face d'un antisémite." Marc Bloch

Suzette Bloch, la petite-fille de Marc Bloch et Simonne Vidal, demande que les élus du Rassemblement national ne viennent pas assister à la cérémonie de panthéonisation. Cela vous paraît-il être dans la continuité logique du personnage qu'était Marc Bloch ?

Tout à fait. Même si le RN a beau essayer de se laver de ce qui a été son passé. Marc Bloch, c'est l'homme qui a dit : "Je ne me dirai juif que face à un antisémite". Je ne crois pas que Marine Le Pen soit personnellement antisémite, mais il faudrait qu'elle dise : "Aujourd'hui, on s'incline devant la dépouille de quelqu'un qui aurait été rejeté par le passé qui était celui de mon père et de mes jeunes années." Elle ne peut pas le faire totalement, parce que c'est dur de perdre ses racines.

Si nous résumons, diriez-vous que Marc Bloch était un patriote de gauche ?
Ce n'est pas abusif, mais Marc Bloch n'était pas partisan. Ses sympathies vont indiscutablement à la République. Il a refusé d'adhérer à des partis, même s'il a fréquenté un mouvement de jeunesse socialisant, avant 1914. Il a une dimension et une sensibilité sociale, c'est évident, et pas simplement comme chercheur, mais comme homme. En revanche, il rejette le Parti communiste. Pour lui, qui est tellement patriote, il y a des choses comme le Pacte germano-soviétique qui ne passent pas.

https://www.franceinfo.fr/societe/debat ... 75669.html
Avatar du membre
le chimple
Dieu D'Interaldys
Dieu D'Interaldys
Messages : 20332
Enregistré le : 05 novembre 2015 11:23
Localisation : Clermont Ferrand
A Liké : 3 fois
A été liké : 11 fois

Re: Marc Bloch : un historien, un combattant, un résistant mort pour la France entre au Panthéon

Message par le chimple »

Kelenner a écrit : 22 juin 2026 07:51
mic43121 a écrit : 22 juin 2026 07:46 Hé ben :-|
Tu as le temps de lire TOUT ça ?
Mon copain Corvo :perv: tu sais qu'il y a autre chose que la politique dans la vie ? :))
Tiens fais comme moi ..Demain je vais voir la montagne...juste quelques jours .c'est un exutoire :hehe:
Ou pour toi.. la Lozère ,si belle :] ....ou La mer ,mais là tu vas trouver des parisiens ::d
Et crois moi c'est salutaire ...
:hello:
C’est sûr, ça fait bobo à la tête, mais si tu en savais un peu plus long sur des gens comme Bloch ça t’éviterait peut être de voter pour des gens qui symbolisent l’antithèse de son combat.

Terrain glissant Kelenner , à éviter !
Car il y avait beaucoup de politicards de gauche à Vichy , pas la peine de nommer le premier !!!!
Ces deux résistants avaient leur place au Panthéon !
...C'est curieux chez les marins , le besoin de faire des phrases ...
Avatar du membre
Corvo
Rang Tisiphonesque
Rang Tisiphonesque
Messages : 33564
Enregistré le : 31 décembre 2018 07:01
A Liké : 8 fois
A été liké : 17 fois

Re: Marc Bloch : un historien, un combattant, un résistant mort pour la France entre au Panthéon

Message par Corvo »

Et oui...

Une fois encore, le RN falsifie l’histoire de la Seconde Guerre mondiale au service de la sienne

Réagissant à la non-invitation du Rassemblement national à la panthéonisation de Marc Bloch, quelques-uns de ses cadres ont, une nouvelle fois, tenté de mettre à distance les origines collaborationnistes de leur parti, en manipulant les faits et l’histoire.

« Le Rassemblement national, ce sont les héritiers de la Waffen-SS qui a assassiné mon grand-père. » En une phrase rappelant une simple évidence, la petite-fille de March Bloch, historien et résistant panthéonisé mardi 23 juin, a rappelé à quel point une présence de l’extrême droite à cette cérémonie d’hommage à « un antifasciste » serait un contresens historique total.

Depuis l’annonce de la volonté d’Emmanuel Macron de faire entrer au Panthéon l’auteur de L’Étrange Défaite, ses héritiers ont toujours martelé leur exigence de ne voir aucun·e représentant·e des partis d’extrême droite présent·e pour la cérémonie. Certains cadres du Rassemblement national (RN) ont tout de même cru opportun de profiter de cette journée pour ressortir un mythe récurrent de l’extrême droite, qui tente de mettre à distance ses propres racines collaborationnistes en pointant les parcours de cadres de Vichy venus de la gauche.

« Propos indignes et faux, a réagi le président délégué du groupe RN Jean-Philippe Tanguy, partageant un extrait de la déclaration de Suzette Bloch. March Bloch a été arrêté par un groupuscule lyonnais de la Gestapo dirigé par l’ordure Francis André. Francis André était membre du Parti communiste français pendant l’entre-deux-guerres, soutien de Doriot. » D’autres élus lui ont emboîté le pas, à l’image du député Nicolas Daragon, qui a tout simplement accusé la petite-fille de Marc Bloch de colporter des « fake news ».

L’historien Marc Bloch, devenu l’un des chefs des mouvements unis de la Résistance pour la région lyonnaise, a été arrêté le 6 mars 1944 par des collaborationnistes zélés alliés de la Gestapo, avant d’être torturé puis fusillé le 16 juin de la même année. Le Monde s’est récemment penché sur le parcours de Francis André, dit « Gueule tordue », chef de la bande d’ultras de la collaboration qui a commis, aux côtés des Allemands, de multiples exactions dans la région lyonnaise.

Francis André était bien, dans l’entre-deux-guerres, un militant au Parti communiste français (PCF), aux côtés de Jacques Doriot, dont il a accompagné le virage vers le fascisme dans les années 1930. Cependant, comme le rappelle Laurent Joly, historien spécialiste de la collaboration, renvoyer Francis André ou Jacques Doriot à leur engagement communiste dix ans avant leurs actes est « complètement absurde ».

Une aberration historique
« Les gens ont des trajectoires. Doriot a basculé à l’extrême droite en 1936. Il est soutenu par le grand patronat pour lutter contre le Front populaire, puis par l’Italie fasciste. Sous l’Occupation, il est pronazi, il dénigre les droits de l’homme, il est antisémite », pointe l’auteur de Vichy. Histoire d’une dictature, 1940-1944 (éd. Tallandier). La trajectoire politique de Jacques Doriot se construit précisément en opposition à une gauche qu’il méprise et déteste : « C’est une aberration historique. Doriot hait la gauche, les doriotistes traquent et assassinent les gens de gauche. Le Doriot des années d’occupation, c’est l’extrême droite collaborationniste. C’est bien le camp politique des fondateurs du FN. »

C’est d’ailleurs au Front national que se retrouvent plusieurs compagnons de route de Jacques Doriot au sein du PPF (Parti populaire français), comme André Dufraisse, surnommé « tonton Panzer », membre du bureau politique du FN, ou Victor Barthélemy, premier secrétaire général du parti dans les années 1970, ancien membre du comité central de la Légion des volontaires français (LVF), qui combattait à l’est aux côtés des nazis.

Le mythe d’une collaboration majoritairement marquée à gauche est ressassé par l’extrême droite depuis la fondation du Front national, dans le même mouvement que le développement d’une mythologie falsificatrice selon laquelle de nombreux résistants auraient contribué à la fondation du parti lepéniste. En 1983, le Club de l’Horloge, laboratoire idéologique de l’extrême droite, organise ainsi un colloque intitulé « Socialisme et fascisme, une même famille ? », au cours duquel est affirmé, par exemple, que « le socialisme est intellectuellement à la source du fascisme ».

S’appuyant largement sur les travaux de l’historien israélien Zeev Sternhell, dont il dévoie les conclusions, le Club de l’Horloge est à l’époque recadré par le spécialiste lui-même, dans un entretien au Monde. « C’est un travail de faussaires intellectuels », dénonce-t-il, parlant d’une « déformation à la fois de [son] travail et de la vérité historique ».

Cette relecture de l’histoire reste pourtant un marqueur fort encore aujourd’hui. Comme le note le sociologue Philippe Lamy dans sa thèse consacrée au Club de l’Horloge, on la retrouve sous la plume du responsable de droite Patrick Devedjian, ancien militant du groupuscule néofasciste Occident, qui dénonce dans Penser la droite (éd. Plon, 1999) un « pétainisme de gauche encore plus favorable aux nazis que la droite ».

Jaurès, Blum, Bloch sont des figures républicaines de gauche haïes par l’extrême droite, qui finit par tenter de les récupérer sans vergogne.

Laurent Joly, historien
« Je n’ai pas choisi de me rallier à l’Europe nouvelle d’Hitler, comme l’ont fait deux ou trois partis actifs à Paris, venus surtout de la gauche », raconte Jean-Marie Le Pen dans ses mémoires, avant d’expliquer qu’il ne considère pas ceux qui ont fait ce choix « comme des traîtres ».

En 2010, le même Jean-Marie Le Pen, élu conseiller régional de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, prend la parole dans l’hémicycle pour se défendre d’avoir un quelconque lien avec le fascisme, au motif que « le fondateur du fascisme fut un député socialiste italien, Benito Mussolini, que les deux principaux chefs de la collaboration avec l’Allemagne nazie furent Marcel Déat, ancien secrétaire du Parti socialiste-SFIO, et Jacques Doriot, ancien secrétaire du Parti communiste ». Spécialiste des contre-vérités historiques sur la période, Éric Zemmour écrivait, à la même époque, que « la gauche fut majoritaire à Vichy ».

« Le rapport à la vérité de l’extrême droite est toujours problématique », cingle Laurent Joly, qui déplore les entreprises de récupération par l’extrême droite de figures tutélaires de la gauche. « Jaurès, Blum, Bloch sont des figures républicaines de gauche haïes par l’extrême droite, qui finit par tenter de les récupérer sans vergogne », déplore-t-il.

Confusion permanente
En 2009, Louis Aliot avait proposé, pour les élections européennes, une affiche « Jaurès aurait voté Front national ». La figure tutélaire du socialisme est depuis régulièrement citée par des élus d’extrême droite qui revendiquent son héritage. Marine Le Pen, comme son père et sa nièce Marion Maréchal, a quant à elle repris à son compte une citation tronquée de L’Étrange Défaite pour exalter le nationalisme français, prenant bien soin de ne pas évoquer la fin du passage, célébration du Front populaire de 1936.

Quelques années plus tard, Jordan Bardella a, lui, cité Marc Bloch dans une lettre au ministre de l’intérieur, dans laquelle il reprochait à Laurent Nuñez de refuser de communiquer le nombre d’étrangers en situation irrégulière. « Un pitoyable détournement », dénoncé dans une tribune par Suzette Bloch et plusieurs historien·nes : « On ne peut pas citer Marc Bloch, premier historien à mettre en valeur une histoire de l’Europe ouverte, pour alimenter le rejet des étrangers en France. »

Comme l’avait demandé la famille de Marc Bloch, le RN se tiendra éloigné de la cérémonie de panthéonisation. Un temps annoncée, l’eurodéputée Reconquête Sarah Knafo, qui siège au Parlement européen avec un parti qui cultive une proximité avec la mouvance néonazie, a finalement fait savoir qu’elle serait « retenue par d’autres obligations ».

https://www.mediapart.fr/journal/politi ... -la-sienne
Répondre

Retourner vers « DISCUSSIONS POLITIQUE - ACTUALITÉ - DÉBATS »