Qui sauvera les archives des chasseurs de nazis ?

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Corvo
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Qui sauvera les archives des chasseurs de nazis ?

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Visite guidée d’un « petit musée des horreurs »

Il y a quarante ans, c’étaient des revues de référence de la vigie sur l’extrême droite, à une époque où celle-ci était encore peu couverte par la presse. Aujourd’hui quelques poignées de militants se démènent pour conserver ce précieux travail.

En quarante ans d’enquête sur l’extrême droite – options « Nouvelle Droite, catho intégristes et négationnistes » –, Michel Soudais a eu le temps de se constituer un petit « musée des horreurs ». Au téléphone, depuis chez lui, l’ancien rédacteur en chef adjoint de l’hebdo indépendant Politis fait l’inventaire, le nez dans sa grande armoire métallique : un carnet de chants de 200 pages orné d’une croix celtique, un exemplaire de « Mein Kampf » (1924-1925) d’Adolf Hitler, un peu de Heinrich Himmler (le chef des SS), l’intégralité de la première série de la revue négationniste « Le choc du mois » (diffusée de 1987 à 1993)… Dans ses cartons, traînent aussi quelques bibelots, comme « un porte-clés Jean-Marie Le Pen, une médaille commémorative du Front national (FN), un jeu multimédia sur disquette », enchaîne-t-il. En farfouillant un peu, il devrait même « pouvoir retrouver un tract un peu innovant du FNJ [mouvement de jeunesse du FN], pas plus gros qu’une carte de crédit, pratique pour le cacher dans la poche ».

Son infâme trésor, le chasseur de têtes le garde bien planqué. « Comme ça, ça ne se retrouvera pas sur le marché de l’occasion. » Mais il l’offre quand même à la consultation. « En 2012, il m’avait ouvert grand les portes de sa maison pour l’écriture de mon livre », se souvient l’historienne Valérie Igounet, qui préparait alors un ouvrage sur l’histoire du FN (1). « Ce n’est pas toujours le cas, d’autres refusent. » Michel Soudais a toujours accompagné les nouvelles générations d’enquêteurs qui couvrent l’extrême droite. D’ailleurs, il vient encore d’envoyer à un jeune confrère d’un grand quotidien national la coupure de l’un de ses articles publié en 1993 dans le zine antifa « Ras l’front ». Un reportage en immersion dans l’antre même des rats noirs, à la Maison de la Mutualité à Paris, pour l’anniversaire des 25 ans du Groupe union défense (GUD), lors duquel le leader Frédéric Châtillon lui aurait « souhaité bon courage », raconte l’enquêteur en rigolant. Même les souvenirs de Michel Soudais sont des pépites.

Au début des années 1980, quand le fafologue entame sa traque, le courant radical de la « Nouvelle Droite » est en train d’émerger et va poser les bases rhétoriques identitaires, le FN s’apprête à faire une percée aux municipales puis aux européennes, et les milieux conservateurs à descendre dans la rue contre la loi Savary de réforme de l’éducation… À l’époque, les liens entre le parti à la flamme et les groupuscules néofascistes sont alors des sujets encore peu traités par la presse traditionnelle. Le travail de veille se fait davantage dans les sphères militantes et se lit dans les zines de collectifs antifascistes comme REFLEXes, Article 31 ou Celsius. Aujourd’hui vieillissants, ces groupes sont confrontés à un défi fastidieux : archiver, conserver et rendre accessible au plus grand nombre cette documentation inestimable. Sauvegardée par une poignée d’individus, elle retrace pourtant l’histoire de l’extrême droite en France, à un moment où il est important d’éclairer le présent.

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