Internationalement reconnu, dans un milieu exposé aux pires dangers, le prix Bayeux-Calvados Normandie des correspondants de guerre a révélé le palmarès de sa 33e édition ce samedi 10 octobre. Présidé cette année par la Canadienne Lyse Doucet, éminente figure de la BBC, le jury a – logiquement si on peut dire – décerné son trophée photo, ainsi que le prix du public, au photographe palestinien indépendant Mahmoud Abu Hamda, pour son cliché intitulé «Ce que la guerre laisse derrière elle».
Basé dans la bande de Gaza, le reporter s’est exprimé dans une vidéo, lors de la cérémonie de clôture. Son sujet, comme maints autres, met l’accent sur les atrocités subies par la population palestinienne – où les civils, victimes d’un acharnement barbare de la part de l’armée israélienne, se chiffrent désormais par dizaines de milliers –, en représailles aux attentats du Hamas du 7 Octobre.
Expositions toujours accessibles
Au centre de toutes les préoccupations, en raison aussi du fait que les journalistes sont notoirement ciblés par l’armée israélienne (cf la stèle érigée comme chaque année à Bayeux, sur laquelle sont gravés les noms de journalistes tués dans l’exercice de leurs fonctions), qui interdit à tout journaliste de travailler librement, la Palestine a accouché d’autres prix : ont été récompensés Anas Baba, dans la catégorie radio, pour un sujet sur la récupération des corps de victimes à Gaza, et Jeremy Diamond et Cyril Theophilos, en télévision, pour «Vengeance», qui documente la connivence entre les soldats de Tsahal et les colons en Cisjordanie. La chaîne BFM-TV a également reçu un prix spécial pour son documentaire, «Gaza, l’arme de la faim ?».
Un prix jeune reporter photo a aussi été décerné au Palestinien d’Associated Press, Jehad Alshrafi, pour sa série «Guerre et dévastation sans fin à Gaza», dont un des clichés avait «bénéficié» d’un gros coup de pub, quand la mairie de Deauville (ensuite désavouée par la justice) avait décidé de censurer une de ses images exposées en ville, en août dernier, qui montrait «juste» un terrain de sport encerclé de décombres.
Siobhán O’Grady, Serhii Korolchuck, Anastacia Galouchka (The Wasington Post) ont quant à eux été récompensés pour leur sujet sur l’Ukraine, en presse écrite, centré sur un soldat resté coincé dans une zone de combat pendant cent soixante-dix-sept jours.
A signaler que, si le prix Bayeux s’est officiellement terminé ce samedi 10 octobre, la plupart des huit expositions (en entrée libre) restent accessibles jusqu’au 8 novembre. A commencer par celle, fort bien construite et captivante, de la Suisso-Canadienne Maurine Mercier qui, au Radar, raconte en images, sons et textes, son immersion lucide et brave dans le quotidien ukrainien, depuis le début de la guerre déclenchée par la Russie.

«Ce que la guerre laisse derrière elle», de Mahmoud Abu Hamda, a remporté le prix Bayeux des correspondants de guerre. (Mahmoud Abu Hamda)
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