Indignations dans la magistrature après un numéro de «Frontières» ciblant le juge Youssef Badr

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Corvo
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Indignations dans la magistrature après un numéro de «Frontières» ciblant le juge Youssef Badr

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Plusieurs magistrats ainsi que le ministre de la Justice s’insurgent contre la publication d’extrême droite, qui a consacré sa une mardi au juge du tribunal de Bobigny. Celui-ci avait fait condamner en juin le directeur de la rédaction du magazine, Eric Tegnér.
Publié le 15/10/2026 à 17h17, mis à jour le 15/10/2026 à 19h49

Des magistrats s’indignent ce jeudi des attaques et menaces visant un juge du tribunal de Bobigny, Youssef Badr, mis à la une par Frontières, un magazine épousant des positions identitaires et hostiles à l’immigration. Le parquet de Paris dit examiner «la publication» parue mardi, «ainsi que les commentaires auxquels elle donne lieu», tandis que Youssef Badr a expliqué sur X recevoir «de nombreux messages d’insultes et de menaces, comme en juin dernier».

Le juge avait reçu de tels messages après qu’un tribunal qu’il présidait a condamné Erik Tegnér, directeur de la rédaction de Frontières pour la divulgation des données personnelles d’avocats spécialisés en droit des étrangers. Youssef Badr avait alors porté plainte. Condamné à six mois de prison avec sursis, Erik Tegnér, qui a fait appel, avait dénoncé «une totale dinguerie» et appelé ses abonnés sur X à «se mobiliser» dans une vidéo vue plusieurs millions de fois.

Le garde des Sceaux Gérald Darmanin a apporté jeudi son «soutien» à Youssef Badr «qui fait l’objet d’insultes et de menaces sur les réseaux sociaux». «Aucun magistrat ne doit être menacé ou insulté dans une démocratie fière de son Etat de droit», a écrit sur X le ministre de la Justice, qui indique avoir appelé le magistrat.

Enquête «sourcée»
Dans les 24 pages qu’il lui consacre cette semaine, Frontières exhume des tweets et interviews de Youssef Badr, en particulier dans le cadre de son association la Courte Echelle, dont l’objectif est d’aider les étudiants issus de milieux modestes et de quartiers populaires à accéder aux métiers du droit. Militant pour une diversité accrue dans la justice, il est également l’auteur de l’essai Pour une justice aux 1 000 visages.

«On ne peut pas considérer qu’une enquête met en danger quelqu’un, il n’y a pas de propos qui seraient une incitation à la haine», a réagi auprès de l’AFP Erik Tegnér, qui défend une enquête «sourcée» et se réfugie derrière «la liberté de la presse». Dans son éditorial d’un numéro où la photo de Youssef Badr surmonte en une le titre «Justice politique», Erik Tegnér, tout en condamnant «les insultes racistes et les menaces», justifie la légitimité d’écrire sur un juge qui «a choisi de devenir un personnage public» et pour qui se poserait la question «de l’impartialité».

Les prises de position pour la diversité de Youssef Badr «sont-elles compatibles avec le devoir de réserve des magistrats et peuvent-elles garantir au justiciable un traitement impartial ?», interroge Frontières, qui le qualifie sur X de «juge rouge» ou encore de «favori d’Emmanuel Macron» – une légère contradiction – pour diriger l’Ecole nationale de la magistrature.

Attaques «inédites»
«Vous pouvez répéter partout que je suis un juge politisé : je ne le suis pas», répond sur X le magistrat. «Les discriminations heurtent mes convictions, parce qu’elles abîment notre société et détruisent la confiance que nos jeunes doivent avoir dans la République.» Instance de nomination et disciplinaire des juges, le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) met en garde contre le «risque de déstabilisation et de discrédit de l’institution judiciaire» que font courir les attaques visant Youssef Badr, qui fut porte-parole de la garde des Sceaux Nicole Belloubet au début du premier quinquennat Macron.

Jacques Boulard, premier président de la cour d’appel de Paris, dont dépend le tribunal de Bobigny, a exprimé sa «très vive inquiétude» concernant ces attaques «inédites et très préoccupantes», «par leur ampleur, leur persistance et la variété des supports utilisés, en particulier sur les réseaux sociaux». «Il ne peut y avoir de justice démocratique lorsque les magistrats craignent que l’exercice de leur mission les expose à des représailles», a prévenu auprès de l’AFP Anne Auclair-Rabinovitch, présidente du tribunal de Bobigny. «On franchit un cap. Je n’ai jamais vu une telle prise à partie d’un magistrat», s’indigne, sous couvert d’anonymat, un haut magistrat du pays, pour qui bâtir un numéro consacré à un juge, c’est «faire de lui une cible».

Frontières fait partie de la galaxie des médias dans le giron du milliardaire conservateur et catholique Vincent Bolloré, depuis que Lagardère News est entré à son capital en septembre. Le parquet de Paris a récemment ouvert une enquête, notamment pour provocation à la haine et menace de mort, au sujet d’un groupe Facebook lié à ce média.

Mise à jour à 19 h 45, avec la réaction de Gérald Darmanin.

https://www.liberation.fr/societe/polic ... 6VEXUF4GU/
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