https://www.capital.fr/entreprises-marc ... es-1441073Dans un contexte très tendu, entre forte inflation, risque de récession et envolée des dettes publiques, l'Union économique et monétaire (UEM) risquent une profonde crise existentielle, alerte notre chroniqueur Marc Touati. Une situation dont est avant tout responsable la Banque centrale européenne et les dirigeants politiques du continent, selon le président d’ACDEFI.
Il y a un peu plus de dix ans, le 8 mars 2012 précisément, je sortais mon troisième livre intitulé "Quand la Zone Euro explosera…". Au titre évidemment provocateur, cet essai se voulait néanmoins optimiste, en montrant notamment comment il était encore possible de sauver la zone euro et "notre douce France" par la même occasion. Mais, malheureusement, une décennie plus tard, comme les dirigeants politiques et monétaires de l’UEM (Union économique et monétaire) n’ont quasiment jamais été à la hauteur des enjeux, cette dernière est désormais vraiment au bord du gouffre.
La nouvelle "descente aux enfers" de l’euro/dollar en est d’ailleurs le signe avant-coureur. Certes, comme le disait le philosophe Friedrich Nietzsche : "Tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort". Dans ce cadre, il serait possible d’imaginer qu’après tous les chocs qu’elle a dû encaisser depuis sa création, il y a 23 ans, la zone euro serait désormais aguerrie et hors de danger.
L’énumération de toutes les catastrophes traversées a d’ailleurs de quoi accréditer cette thèse : récession de 2000-2003, effondrement de l’euro/dollar sous les 0,85 en 2001, crise financière de 2008-2009, crise grecque de 2010-2012, élection à la tête de la Grèce en janvier 2015 d’Alexis Tsipras, qui avait notamment promis de faire exploser la zone euro, avènement d’un gouvernement europhobe à la tête de l’Italie en 2018 et bien sûr pandémie de coronavirus en 2020, avec explosion des dettes publiques à la clé.
Et, dans tous ces cas, le plus souvent après de nombreuses tergiversations politiciennes et ubuesques, le pire ne s’est pas produit et la zone euro n’a pas disparu.
Seulement voilà, toutes les bonnes choses ont une fin. Ainsi, avec la crise du Covid-19, la dépression historique qu’elle a engendrée et la nouvelle flambée des dettes publiques qui en a découlé, la BCE a décidé de continuer sa "fuite en avant", en fournissant encore plus de morphine sur les marchés des dettes publiques. Elle oublie néanmoins que si la morphine calme la douleur, elle ne guérit pas la maladie, en l’occurrence celle de l’excès de dette publique.
Devant cette nouvelle gabegie, la cour constitutionnelle de Karlsruhe a certes tiré la sonnette d’alarme dès l’été 2020, mais le clash a finalement été évité grâce à l’intervention d’Angela Merkel, qui, au total, aura sauvé l’UEM de l’explosion à quatre reprises. Mais, dans ce dernier cas, l’ancienne Chancelière allemande a peut-être fait l’erreur de sa carrière. En effet, en laissant la BCE actionner sa "planche à billets" plus que de raison, elle a incité certains Etats à augmenter leur dette publique dans des proportions dramatiques, tout en alimentant une inflation qui ne cesse de battre des records.
Face à cette nouvelle crise inflationniste, les stratégies de politique économique ont été différentes selon les pays et zones. Aux Etats-Unis, dès novembre 2021 et a fortiori après la guerre en Ukraine, la Réserve fédérale a fait son mea culpa sur son refus de voir les dangers inflationnistes en face et a décidé de prendre (enfin !) le taureau par les cornes, en augmentant ses taux d’intérêt. De la sorte, elle entend calmer l’activité économique afin de réduire l’inflation et de repartir par là même sur des bases plus saines.
Dans la zone euro, la BCE a au contraire décidé de continuer de se voiler la face, maintenant une politique monétaire excessivement accommodante. Dans ce cadre, elle est à l’origine d’une double catastrophe. D’une part, elle incite les Etats dispendieux à continuer d’augmenter leur dette publique. D’autre part, elle laisse filer l’inflation plutôt que de la contrecarrer au travers d’un ralentissement économique. Ce que feint d’ignorer la BCE, c’est que les phases de forte inflation se terminent toujours par une récession.
Je me pose une question : en cas de l'explosion de l'euro, qu'adviendrait-il de la valeur de l'épargne des Français ?
Le montant de cette épargne est vertigineux : il approcherait la somme vertigineuse de 6000 milliards d'euros (soit près de deux fois plus que la dette de la France en juillet 2022 = 2 901,8 Md€ ! Ce qui est en soi proprement incroyable ! ).
https://www.francetransactions.com/actu ... -2021.html
Oui, cette épargne est colossale !
Mais si l'euro explosait en vol et si nous en revenions à des monnaies nationales ? Que deviendrait alors la valeur de cette épargne monumentale ?
On pourrait aussi imaginer le scénario d'un euro à deux vitesses : un euro "solide" pour des pays de l'UE réputés pour leur sérieux concernant la gestion de leur dette. Des pays "fourmis" comme l'Allemagne, Pays-Bas, Autriche...
Un euro "dévalorisé" pour des pays de l'UE réputés dépensiers et peu rigoureux dans leurs dépenses budgétaires. Des pays "cigales" comme l'Italie, l'Espagne, le Portugal, la Grèce mais aussi, en bonne place désormais : LA FRANCE !
Petits et moyens épargnants français nous sommes tous concernés par ces scénarios possibles qui peuvent donner des sueurs froides. (Je laisse de côté les grandes fortunes qui sont déjà planquées dans des paradis fiscaux et qui auront mille tours pour s'en sortir parce qu'elles sont toujours les mieux informées sur tout ça.)
La planche à billets, l'argent facile, les crédits à taux zéro, tout ça c'est fini et il y a de quoi s'inquiéter pour un proche avenir.

