Once a écrit : 04 août 2022 09:31
Antisionisme et antisémitisme : un amalgame honteux
Tribune. L'antisionisme n'est pas une «forme réinventée d'antisémitisme», comme le prétend à nouveau M. Macron. Il y a un abîme entre l'abjection de la haine raciste et le rejet d'un projet politique discutable. Nombre de juifs, d'ailleurs, furent et sont antisionistes. Quels «arguments» sont avancés pour fonder un tel amalgame ? Il y en a couramment deux.
Le premier est le fait que des antisémites se déguisent en antisionistes pour exprimer leur haine raciste tout en échappant à une sanction judiciaire. Ce fait est indiscutable. Mais en quoi l’utilisation malhonnête d’une invocation de l’antisionisme disqualifie-t-il celui-ci ? L’identité des deux notions n’en est nullement prouvée. Le tortionnaire nazi Eichmann se disait kantien… Faut-il rendre Kant responsable de la Shoah sous prétexte qu’un criminel antisémite se déclare kantien ?
Le deuxième argument est en apparence plus solide. En apparence seulement. Le voici. En critiquant Israël, l’antisionisme nierait le droit du peuple juif de se constituer en communauté nationale et rejoindrait ainsi l’antisémitisme comme discrimination infligée à un peuple.
L'antisionisme remet en cause le droit d'Israël à exercer sa souveraineté et son droit à protéger son territoire et sa population.
Aucun état de la planète, mis à part l'état juif, n'est confronté à cette malveillante absurdité.
il doit bien y avoir une raison, non ?
Pourtant, si l’on est de bonne foi, on sait bien que ce n’est pas le droit à l’existence d’Israël qui est contesté,
En deux mots le slogan free Palestine remet en cause le droit d'Israël à vivre paisiblement chez lui.
mais la façon dont ce droit est conçu et mis en œuvre, au détriment du peuple palestinien[/u]. Si l’on admet le droit du peuple juif de se constituer en nation, on accordera qu’il ne peut se réaliser en niant ce même droit aux Palestiniens.
Les arabes palestiniens n'ont aucun droit à faire valoir sur la terre des juifs.
La Palestine, en effet, ne fut jamais «une terre sans peuple» disponible pour «un peuple sans terre». Ce que nul ne peut contester, c’est le droit à l’existence d’un Etat dans lequel le peuple juif cesserait d’être victime de rejet et de discrimination. Mais cela n’implique nullement qu’un tel Etat lui soit exclusivement dévolu, du moins là où vit déjà un autre peuple.
Les juifs sont souverains en Israël parce que cette terre est la leur.
Lorsqu'en France l'extrême droite s'appuie sur une conception ethnico-religieuse de la nation, on s'en indigne à juste titre.
Qui en France s'appuie sur une conception éthnico-religieuse de la France, mis à part les racialistes et les wokistes ?
Peux-tu citer 2 ou 3 noms ?
D'ailleurs il me semble que tu soutenais Audrey Pulvar et ses réunions racisées, non ?
La France n'est plus et ne peut plus être «la fille aînée de l'Eglise». Le «creuset français» dont parle Gérard Noiriel suppose une autre conception de la nation, issue de Rousseau et de la Révolution. La nation est désormais une communauté de droit où les citoyens et les citoyennes décident de vivre ensemble, en se donnant des lois communes fondées sur les droits humains, et non sur des particularismes producteurs d'exclusion. Le droit à l'existence de l'Etat français suppose que les différentes composantes de sa population jouissent de cette égalité juridique, à rebours de tout communautarisme. Tel est l'universalisme qui intègre les «différences» sans les nier.
En ce qui concerne Israël, l'opinion antisioniste n'aurait aucun sens ni aucune justification si Palestiniens et juifs jouissaient des mêmes droits
En distinguant les juifs et les palestiniens, tu es sur l'approche éthnico-religieuse que tu pourfends dans le paragraphe précédent, où est la cohérence ?
Pour être précis il faut distinguer les israéliens et les palestiniens qui sont deux nationalités différentes.
L'approche ethnico-religieuse consisterait à distinguer les juifs et les arabes, mais comme certains israéliens sont arabes et certains palestiniens sont chrétiens, cette approche n'a aucun sens.
dans un Etat dont la Constitution interdirait toute discrimination effectuée sur une base ethnico-religieuse,
La loi israélienne ne fait aucune discrimination entre tous ses citoyens.
Par contre dans les pays arabes, les lois discriminent les femmes, les LGBT etc.
La critique d'Israël devient de l'antisémitisme lorsqu'on fait à l'état juif des griefs fallacieux qu'on ne fait pas aux autres pays, y compris lorsque ces griefs sont fondés.
Je t'invite à consulter ce lien
https://www.holocaustremembrance.com/fr ... ilisee-par
Il mentionne notamment le traitement inégalitaire de l’État d’Israël, à qui l’on demande d’adopter des comportements qui ne sont ni attendus ni exigés de tout autre État démocratique.
C'est exactement ce que tu fais, je viens de te le démontrer.
et toute colonisation des terres d'un peuple par un autre peuple.
Il n'y a pas de colonisation, la Palestine mandataire appartient au peuple juif et à personne d'autre.
Traité de Sèvres, article 95 !
L'histoire même du sionisme est éloquente. A l'origine, c'est un projet inspiré à Theodor Herzl par l'affaire Dreyfus qui le fit douter de l'intégration possible des juifs au sein des nations. D'où l'idée d'un Etat où ils ne seraient plus victimes de discrimination. Mais le titre de son livre paru en 1896 fut ambigu (l'Etat des juifs, et non «l'Etat juif»). Fallait-il prévoir un Etat dévolu aux seuls juifs, ou un Etat pouvant faire vivre des populations d'origines distinctes ?
C'est un faux problème, en Israël vivent des juifs, des chrétiens, des musulmans, des bahais et tutti quanti !
C'est d'ailleurs à Haifa ( principal port israélien sur la Méditerranée jumelé avec Marseille ) que se situe le centre mondial baha'i
https://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_mondial_baha%27i
Je l'ai vu de mes propres yeux, les jardins de ce temple Bahai sont de toute beauté !
La question devint cruciale avec la déclaration Balfour en 1917, par laquelle l'impérialisme anglais disposa comme à son habitude d'un bien qui ne lui appartenait pas.
A l'époque la Palestine faisait partie de l'empire ottoman, puis à l'issue de la dissolution de cet empire, ses territoires ont été répartis entre tous les peuples qui y habitaient, les arabes ont bénéficié de plus 90% des terres, les juifs 5 % environ.
C'est le fameux traité de Sèvres de 1920.
Ce traité prévoyait également dans son article 62 la création d'un Kurdistan, mais aucun état kurde n'a vu le jour, leur territoire a été bouffé par l'Iran, la Turquie, la Syrie et l'Irak !
Voilà ce qui arrive lorsqu'un peuple ne peut pas faire valoir ses droits !
Les juifs pourtant beaucoup moins nombreux ont toujours réussis à défaire et à humilier les armées arabes.
Les juifs qu'on connait brillants dans les sciences et les arts sont également des guerriers intraitables, ils suscitent toute mon admiration !
Cette déclaration jeta les bases d'un foyer national pour les juifs, tout en stipulant que ce foyer devait être compatible avec les droits civiques des Arabes. Relisons : «Cher Lord Rothschild, le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l'établissement en Palestine d'un foyer national pour le peuple juif étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte aux droits civiques et religieux des collectivités non juives de Palestine.»
Et dans les faits, aucune atteinte n'a été portée aux droits civils et religieux des minorités pour la bonne raison que la loi israélienne est la même pour tous les israéliens et toutes les israéliennes.
Tu devrais être content, non ?
Lors du congrès sioniste de 1942 à New York, Martin Buber et Judah Magnes posèrent la question clé de la coexistence des juifs et des Arabes sur la même terre. Pouvait-on fonder Israël comme Etat juif, sur une terre déjà peuplée, et n'accorder aux Arabes de Palestine qu'un statut subalterne ? Ils refusaient une telle perspective et plaidèrent pour un Etat binational. Judah Magnes, notamment, avertit : «Le slogan "Etat juif" équivaut à une déclaration de guerre aux Arabes.» Refus de David Ben Gourion, qui l'emporta.
Ben Gourion n'était pas un centriste mou du genou, ça c'est sûr !
En fait, il était socialiste !
Qui peut oublier le drame du peuple palestinien, exilé de sa terre ?
En 1948, le peuple dit palestinien n'existait pas, il n'avait aucune souveraineté sur aucun territoire, ton récit ne correspond pas à la réalité historique.
Pour lui, les colonies israéliennes, hypocritement rebaptisées «implantations», et la récente décision de la Knesset de consacrer la définition d'Israël comme Etat juif, comme d'annexer Jérusalem-Est et de proclamer la ville «capitale éternelle d'Israël», sont des provocations et des humiliations.
Les juifs sont souverains en Israël, les arabes n'ont rien à y redire !
Comment construire la paix sur de telles injustices, qui consacrent la loi du plus fort ?
C'est pas que la loi du plus fort, c'est aussi le droit international ( le fameux traité de Sèvres ) et les accords d'Oslo signés par les représentants légitimes des palestiniens.
Visiblement tu ne connais pas l'histoire, y compris l'histoire récente !
Aujourd'hui, l'historien israélien Shlomo Sand entend promouvoir un Etat soucieux de l'égalité des citoyens qui le composent, qu'ils soient arabes ou juifs.
La loi est la même pour tous les citoyens israéliens, sauf à ce que tu fasses la démonstration du contraire.
L'imaginaire religieux de «la terre promise», et du «peuple élu» ne peut valoir légitimation historique du sort infligé aux Palestiniens. Spinoza, grand penseur de la laïcité, mettait en garde contre une instrumentalisation de la religion
Spinozza a parfaitement raison sur ce point, il n'est hélas pas assez lu dans les pays musulmans, c'est dommage ...
, dont on voit le rôle mortifère. Universaliste, il précisait que Dieu n'élit (eligere, «choisir») aucun peuple en particulier, mais tous les peuples respectant la justice.
C'est au nom du «peuple élu» et de «la terre promise» qu'Ygal Amir assassina Yitzhak Rabin le 4 novembre 1995, «sur ordre de Dieu». En Israël même, nombre de partisans d'une paix fondée sur la justice se disent post-sionistes, marquant ainsi leur distance à l'égard d'un concept qui conduit à l'oppression des Palestiniens. Dès lors, pourquoi tenter d'interdire sa critique ? Cette démarche liberticide est scandaleuse. La lutte contre l'antisémitisme sera d'autant plus forte qu'on aura cessé de la brouiller par un amalgame irrecevable.
Les palestiniens clament free palestine, ça signifie la destruction d'Israël.
Il ne s'agit pas d'une oppression mais d'un conflit, d'une guerre, les palestiniens ne sont pas en reste et multiplient les attaques terroristes.
Israël a le droit, la morale et la force pour lui !
Mais la solution au problème des palestiniens, c'est pas Israël qui la détient c'est les palestiniens eux-mêmes.
Depuis 1967, ils ont choisi l'affrontement contre plus fort qu'eux, ils se sont fait niquer, tu m'étonnes.
Perso, je pense que cette stratégie de l'affrontement a montré ses limites et les a conduit à l'échec.
Il serait temps pour les palestiniens de revenir à la table des négociations pour sauver ce qui peut encore l'être.
Dernièrement Macron a reçu à l’Élysée le premier ministre israélien et quelques jours après le président palestinien.
Des pressions ont été exercées sur Abbas pour qu'il reprenne les négociations.
Le contexte international y est favorable, on peut s'attendre à une initiative diplomatique dans les prochains mois.