Je suis scout et je suis révolté par la haine homophobe dont Marine Rosset a fait l’objet
Pour Lazare de Bettignies, la cabale contre la présidente des Scouts et guides de France qui a conduit à sa démission est scandaleuse. L’absence de réaction de l’Eglise montre qu’elle se coupe de sa jambe progressiste :
«Bientôt, pour être bon catholique, il faudra être d’extrême droite.»
Le 6 août, les Scouts et guides de France (SGDF) apprenaient la démission de leur présidente Marine Rosset, deux mois après son élection. Compagnon dans une troupe scoute de Paris, j’aurais aimé être surpris de cette annonce et pourtant le bruit depuis son élection en juin rendait la nouvelle prévisible.
Comme d’autres scouts, j’ai moi-même d’abord regardé son élection avec suspicion : elle était présentée comme une «élue PS» et il était crucial pour moi qu’un mouvement d’éducation catholique populaire à plus de 100 000 adhérents ne devienne pas un mouvement de jeunesse politique. Comme si elle avait entendu les inquiétudes de ses adhérents, la profession de foi de Marine Rosset me rassura point par point sur le caractère apolitique de sa présidence, son attachement à la foi, et l’ouverture caractéristique des SGDF, seul mouvement mixte et ouvert à toutes les confessions.
J’ai donc été surpris qu’après cette profession de foi rassurante, son élection provoque un tel tollé, une telle vague de haine de la part d’une partie de l’Eglise, au point que mon aumônier menaça de démissionner et le curé de ma paroisse d’en exclure le groupe scout.
La peur du loup
Que pouvait-on reprocher avec tant de véhémence à notre nouvelle présidente ? Son engagement politique, en tant qu’élue d’opposition de la mairie du Ve arrondissement, qu’elle avait déjà promis de limiter en ne se présentant à aucune élection nationale au cours de son mandat ? C’est surestimer le pouvoir du poste, oublier que le président d’une association n’est pas un directeur et que les SGDF ont un fonctionnement démocratique : les décisions qui s’y prennent sont collégiales,
Marine Rosset a ainsi été élue à 22 voix sur 24. Bien qu’éphémère, cette présidente sera d’ailleurs peut-être la seule dont chaque adhérent connaît le nom.
Son engagement pour le droit à l’IVG ? Il relève de ses convictions personnelles. L’alignement avec la doctrine politique de l’Eglise ne fait pas partie des conditions nécessaires à la présidence d’une association qui n’en dépend pas. On notera d’autre part que la peur de la politisation des SGDF relève de la peur du loup, terrifiant les prêtres en dépit de l’absence de prise de position politique officielle du mouvement, en dehors d’un appel à l’arc républicain réalisé depuis plusieurs années mais qui en 2024 avait déjà fait grincer des dents.
Peut-on exiger une démission pour une faute qui n’a pas été commise au nom de la prévoyance ?
Non, le problème de Marine Rosset n’est ni son poste d’élue, ni sa ligne politique : elle n’eut pas le temps de prendre position. J’invite à aller lire sa profession de foi afin d’en mesurer la conformité avec la doxa des scouts de France et avec ses prédécesseurs que l’on avait laissés en paix.
«Me critiquer sans évoquer mon homosexualité»
Alors pourquoi s’opposer si vivement à cette présidence ? En écoutant bien ses opposants, il apparaît un reproche central mais inavouable : Marine Rosset est homosexuelle. Et l’indignation de la plupart des prélats ayant écrit à leurs évêques tient au fond autour de cette formule : comment une femme, lesbienne pro IVG, pourrait-elle légitimement diriger un mouvement de jeunesse catholique ?
De fait, la concernée ne se trompe pas sur le véritable grief qu’on lui adresse, et précise lors de sa démission : «Il ne faut pas être dupe, la critique sur mon engagement politique était souvent un moyen de me critiquer sans évoquer mon homosexualité.» C’est bien sur ce point que la haine s’est cristallisée sur internet.
https://www.liberation.fr/idees-et-deba ... 343P7CA3A/