"Bloquons tout" : faux profils, mélange des extrêmes... Qui se cache vraiment derrière le mouvement ?
Le site d’analyse des réseaux sociaux Visibrain a publié mardi une étude montrant les origines protéiformes du mouvement de blocage du 10 septembre.
Un mélange de faux et vrais comptes aux idées proches de l’extrême droite et de soutiens à la gauche.
Le 10 septembre prochain, le mouvement "Bloquons tout" lancé sur les réseaux sociaux espère mettre la France à l’arrêt en bloquant les rues et/ou en arrêtant la consommation. L’initiative, qui se veut citoyenne et « apolitique », s’est cristallisée autour des coupes budgétaires annoncées le 15 juillet par François Bayrou, qui prévoit notamment la suppression de deux jours fériés.
Mais si le mouvement a pris de l’ampleur durant l’été, une étude réalisée par Visibrain au sujet des messages postés sur les plateformes X (ex-Twitter), Facebook ou encore TikTok montre que les origines sont à chercher du côté de l’extrême droite souverainiste, avant de fédérer une partie de la gauche.
Un premier message au mois de mai
La plateforme de veille des réseaux sociaux fait ainsi remonter l’origine du mouvement à un message posté en mai, soit plusieurs mois avant l’annonce d’économies budgétaires du Premier ministre, sur l’application de messagerie chiffrée Telegram, à travers le canal "Les Essentiels", d’inspiration souverainiste. C’est là que la première mention d’un blocage le 10 septembre est identifiée avec le message : « Le 10 septembre, la France s’arrête. »
Lorsque François Bayrou annonce son plan budgétaire alliant suppression de jours fériés et gel des retraites, le feu prend et propulse l’appel à se mobiliser. « Un autre réseau, "Indignons-nous", reprend la date du 10 septembre », explique Visibrain. « Les messages d’appel à la mobilisation le 10 septembre se diffusent sur tous les réseaux sociaux, avec une différence notable : le message des "Essentiels" appelle chacun à se confiner, celui des "Indignés" à tout bloquer. »
Près d’un million de tweets postés
La montée en puissance du mouvement de blocage en ligne a pris écho sur les boucles d’anciens gilets jaunes qui ont réactivé leur communauté dernièrement. Sur Facebook particulièrement, « plus de 5 200 pages relatives au mouvement sont dénombrées, notamment de la part de groupes d’ex-gilets jaunes », analyse Visibrain. Et sur Tiktok, ce sont 22 millions de vues cumulées évoquant le 10 septembre qui ont été comptabilisées par le site.
Sur X, Visibrain a analysé l’évolution des tweets et révèle « un démarrage rapide durant les premiers jours (en moyenne 19 000 messages/jour) » à la mi-juillet, « une phase de recul relatif entre le 28 juillet et le 15 août (8 000 messages/jour), mais surtout un vif décollage à partir du 17 août, date de l’annonce par Jean-Luc Mélenchon de son soutien au mouvement du 10 septembre (40 000 messages/jour) ». Autour du 26 août, près de 70 000 messages quotidiens pouvaient être comptabilisés.
Et Visibrain d’analyser : « Alors que le réseau Twitter avait été marginal dans la mobilisation de 2018 [des gilets jaunes], le réseau X possède une centralité plus forte dans la mobilisation, même si des réseaux comme Telegram ou Facebook sont essentiels dans la préparation du passage à l’action et la communication de proximité. » Près d’un million de messages ont depuis été publiés sur X.
De nombreux faux comptes repérés
Mais ces volumes de données doivent être analysées avec précaution car de nombreux faux comptes ou comptes suspects ont été repérés sur X, poursuit Visibrain. «
Prenons le hashtag #BloquonsTout par exemple : les 15 messages les plus relayés émanent de faux comptes (très) suspects, représentant les 3/4 des tweets et retweets associés. De toute évidence, ce surcroît de visibilité sur X a produit son effet. Ainsi, sur la période, près de 3 000 contenus ont été produits et relayés par les médias. » Certains comptes semblent nettement complotistes et pro-russes, relève le journaliste Raphaël Grably sur X.
Avec ce mouvement aux contours flous et sans leader identifié, on retrouve tous les ressorts du fantasme révolutionnaire d’un peuple qui se soulève contre ses élites. Le même registre avait fini par être employé par le mouvement des gilets jaunes, qui avaient également appelé à manifester initialement pour contester la mise en place d’une taxe sur les carburants touchant la classe moyenne travailleuse et dépendante de son véhicule. Un sentiment d’injustice du « c’est toujours les mêmes qui paient ».
De l’extrême droite à la gauche
Les phases d'évolution suivies par le mouvement ressortent clairement, selon Visibrain. Dans un premier temps, et jusqu’à fin juillet, on parle de partage et de mobilisation sans modes d’action structurés. Les revendications sont très diverses mais les mouvances sont analysées comme venant de droite par le site, avec quelques ex-gilets jaunes déjà présents. Des initiatives d’actions collectives de gauche (manifestations, blocages) apparaissent également.
Deux grandes catégories de comptes sont également identifiées :
celle à dominante souverainiste dans laquelle on retrouve le mouvement des Essentiels, et celle d’une droite radicale et identitaire avec de nombreux comptes soutiens de Reconquête et anti-Macron. Cette dernière catégorie ne semble pas durer dans le temps considérant le mouvement « noyauté par la gauche ».
Et l’entrée dans le mouvement de Jean-Luc Mélenchon mi-août qui annonce soutenir l’initiative a semblé davantage mobiliser des personnalités venant de gauche. « La gauche radicale s’organise autour de Mélenchon, la droite souverainiste/identitaire se replie. Les uns parleront de clarification, les autres de récupération », analyse Visibrain. Le PS et les Écologistes ont également dit soutenir le mouvement.
Côté syndicats, la CGT est de la partie mais pas la CFDT qui ne se reconnaît pas dans les modes d'actions privilégiés. Reste à voir quelle forme la mobilisation prendra le 10 septembre prochain.
https://www.dna.fr/social/2025/08/28/bl ... -mouvement