
Ou pas...
Le jugement en appel de Marine Le Pen décidera du candidat du Rassemblement national pour 2027. Un choix qui influencera aussi le programme, la stratégie et les équilibres internes du parti.
Dans huit jours, le Rassemblement national saura qui sera son candidat à l'élection présidentielle. Tic-tac, tic-tac, le compte à rebours est enclenché. Le 7 juillet tombera le jugement en appel du procès des assistants parlementaires fictifs du RN. Le parquet a requis quatre ans de prison, dont un an ferme, et cinq ans d'inéligibilité à l'encontre de Marine Le Pen, accusée d'avoir organisé un système de financement frauduleux ayant détourné 1,4 million d'euros d'argent public. La cheffe de file de l'extrême droite a déjà été condamnée en première instance le 31 mars 2025. Pour pouvoir concourir, elle ne doit donc pas être condamnée à plus de deux ans d'inéligibilité. Dans le cas contraire, elle sera remplacée par Jordan Bardella. Officiellement, tout est calé entre eux et, que l'un ou l'autre porte les couleurs du RN, cela ne changerait rien, puisque tous deux caracolent en tête dans les sondages.
En réalité, pour le RN, le casting change tout : le programme, la stratégie et les chances de victoire. Si Marine Le Pen peut finalement se présenter, elle mettra en scène sa candidature comme celle d'une survivante, d'une rescapée capable de surmonter toutes les embûches, même celle du fameux "système" honni. Elle lancera sa quatrième campagne consécutive, le soir même de la décision du tribunal, sur le plateau d'un journal de 20 heures.
Marine Le Pen et Jordan Bardella, deux lignes pour le RN
Le parti se rangera derrière elle sans coup férir et elle retrouvera les accents sociaux de sa stratégie populiste, notamment pour réaffirmer sa promesse de ramener l'âge de départ à la retraite à 62 ans, voire à 60 ans. Le risque, c'est que son nom et son programme inquiètent l'électorat de droite et les milieux patronaux que Jordan Bardella s'emploie à séduire.
Si Jordan Bardella est finalement candidat, son slogan sera le "renouveau", une façon de tourner un peu plus la page des Le Pen, présents à chaque élection présidentielle depuis plus de 50 ans. Mais, pour le RN, cette rupture a tout d'un saut dans l'inconnu. Depuis plusieurs semaines, Jordan Bardella a semé le trouble au sein du parti d'extrême droite. D'une part en reniant certaines mesures du programme, sur les retraites ou les impôts, pour plaire aux chefs d'entreprise ; d'autre part en cédant aux sirènes du "bling-bling" de sa nouvelle vie aux côtés de la princesse Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles.
Certains dirigeants du RN traînent des pieds à l'idée de faire campagne pour lui et redoutent que le jeune homme ne tienne pas la distance. Bref, jamais une décision de justice n'aura autant pesé sur le destin d'un parti, et peut-être sur celui du pays.
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