"On vous explique la crise ouverte par l'afflux de dizaines de milliers de migrants à la frontière entre le Maroc et l'enclave espagnole de Ceuta"
"Près de 50 000 personnes sont entrées illégalement dans le territoire, après avoir forcé la ligne de démarcation, et au moins neuf migrants sont morts noyés.
L'armée a été déployée pour débloquer les routes.
"Une crise à la frontière entre le Maroc et l'Espagne. Des milliers de jeunes migrants étaient rassemblés dans le centre de la ville de Fnideq, qui jouxte l'enclave espagnole de Ceuta, jeudi 30 juillet dans la soirée. La situation restait tendue des deux côtés de la frontière, vendredi, alors que plusieurs dizaines de milliers de personnes sont entrées illégalement dans le territoire espagnol ces derniers jours.
Ces jeunes ont afflué près de la route qui longe la plage et mène vers le passage frontalier, les forces de l'ordre à l'entrée de cette route tentant de les repousser. Pedro Sanchez, le Premier ministre espagnol, doit arriver vendredi matin à Ceuta pour rencontrer les forces de l'ordre à la frontière puis les responsables régionaux.
Un afflux massif de migrants vers la frontière
Au total, près de 50 000 migrants sont entrés illégalement dans l'enclave espagnole depuis le Maroc en 24 heures, a estimé vendredi le ministère de l'Intérieur espagnol, cité par Reuters(Nouvelle fenêtre). Ils s'ajoutent aux plus de 1 500 arrivées de migrants "ces derniers jours", selon les autorités régionales espagnoles. L'armée a été déployée pour empêcher le blocage de la route nationale, fortement encombrée jeudi par des véhicules transportant des jeunes, précise le quotidien local El Faro de Ceuta.
Une partie des arrivées se concentre sur la digue de Tarajal, qui sépare l'enclave du Maroc, que les migrants contournent avec des bouées ou à la nage pour arriver dans le quartier d'El Principe. Au moins neuf personnes sont mortes jeudi en tentant de rejoindre à la nage Ceuta depuis le Maroc, selon les autorités espagnoles. Au total, signale El Faro de Ceuta, 42 corps ont été retrouvés dans les eaux du secteur depuis le début de l'année.
Il s'agit de l'arrivée de migrants la plus importante depuis 2021, quand 10 000 migrants avaient passé illégalement la frontière. Le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, rencontrera vendredi les forces de l'ordre à la frontière puis les responsables régionaux, accompagné du ministre de l'Intérieur, Fernando Grande-Marlaska.
Le Maroc n'a pas réagi publiquement
Ces événements interviennent alors que le Maroc célèbre la Fête du Trône. Le roi Mohammed VI a présidé jeudi la réception officielle traditionnelle organisée à cette occasion dans la ville de M'diq, située à une vingtaine de kilomètres de Fnideq. Mais aucune déclaration officielle n'a jusqu'ici été publiée par les autorités marocaines. La police, elle non plus, n'a pas réagi dans l'immédiat. Des forces de sécurité marocaines ont toutefois été déployées dans la ville de Fnideq, selon les observations d'un photographe de l'AFP.
Une source officielle marocaine a indiqué à l'AFP, sous le couvert de l'anonymat, que les autorités des deux pays avaient échangé sur le sujet. "Les deux pays ont convenu de renforcer la coordination et les efforts pour faire face à ces flux, et se sont engagés à revoir et à mettre en œuvre des mesures pour le rapatriement, dans les plus brefs délais, de toutes les personnes ayant pénétré illégalement à Sebta" (Ceuta), a-t-elle précisé
Une crise ouverte entre Rome et Madrid
Les réactions les plus vives sont apparues en Italie. La cheffe du gouvernement, Giorgia Meloni, a dénoncé le choix récent de l'Espagne d'accorder la citoyenneté "à plus de 500 000 immigrés irréguliers", estimant que cette annonce avait encouragé "le trafic d'êtres humains". La dirigeante a précisé que son gouvernement était en train de réunir "les instances compétentes" en vue de prendre "des mesures exceptionnelles", comme "la suspension de l'accord de Schengen avec l'Espagne".
Une situation commentée à l'étranger
Les images tournées à Ceuta ont été commentées aux Etats-Unis, à des fins de politique interne. "Les démocrates ont infligé cela à l'Amérique chaque jour pendant quatre ans sous Biden", a écrit sur X Stephen Miller, proche conseiller de Donald Trump. Et ils le referont "à une échelle infiniment plus grande", a-t-il poursuivi, "s'ils obtiennent la moindre parcelle de pouvoir national" lors des législatives de mi-mandat en novembre. "Heureusement que le président Trump a été élu pour que rien de tout cela ne puisse jamais se produire sous son autorité", a commenté le directeur de la communication de la Maison Blanche, Steven Cheung."
https://www.franceinfo.fr/monde/europe/ ... 29597.html