Alors, ces policiers, ils ont raison et ils ont tort à la fois. Je l'ai déjà évoqué dans
cet autre fil ici et
ici : En France, on ne fait plus du maintien de l'ordre, mais on fait que de la répression, contrairement à d'autres pays européens où on sait encore faire la différence entre ces deux stratégies et pratiques policières. C'est une question de mentalité et de logique d'approche.
Pour faire une illustration simple : Laurent Nuñez qui expliquait la semaine dernière devant l'AN que oui, les LBD et autres grenades sont des armes de guerre, mais ce sont des "armes non-létales"...
Eh ben, quel bonheur de savoir qu'on n'utilise que des armes non-létales contre des lycéens...
Ce même Nuñez a
un long parcours dans lequel il a élaboré et mise en œuvre sa politique répressive : en tant que Préfet, en tant que DGSI, en tant que Secrétaire général à l'Intérieur et maintenant en tant que Ministre de l'Intérieur. Il incarne la maladie répressive qui est devenu la norme en France en oubliant totalement qu'il a aussi quelque chose qui s'appelle "maintien de l'ordre". J'ai appris qu'ici aussi, certains ne savent pas faire la différence.
Alors, ces policiers ont peut-être raison de demander plus de moyens et, surtout, de recevoir un peu moins d'instructions contradictoires, mais ils ont tort de demander plus de moyens répressifs. La violence policière ne peut que générer davantage de la violence populaire. Et on en a l'illustration encore aujourd'hui.
Mais, ne soyons pas surpris de cette revendication, véhiculé par l'article du Figaro en ouverture de cet article. Il s'agit de policiers du syncicat Alliance - réputé d'extrême-droite. Citons de l'article :
Le Figaro a écrit :Interrogé par Le Figaro, un cadre précise que le directeur général de la police nationale, « alerté dans les premiers jours du mouvement lycéen que les instructions n’étaient pas partout suivies », a martelé qu’« en cas de besoin, aucune restriction ne devait empêcher l’usage des armes de forces intermédiaires ».
C'est à dire, donc et pour citer Nuñez, ces armes non-létales.
Mais, tout l'ambiguïté réside dans ce "
en cas de besoin". Et là où dans d'autres pays civilisés européens ces "en cas de besoin" sont plutôt des cas exceptionnels, ici en France le "en cas de besoin" est devenu un besoin systématique. Et ensuite on s'étonne qu'action = réaction ?
Le problème n'est pas seulement un manque de moyens, c'est surtout une approche répressive systématique, au lieu de mettre l'accent sur le maintien de l'ordre. C'est un problème politique, une politique imposée d'en haut (Ministre et Préfets) sur les policiers. C'est un problème de logiciel, d'approche et de formation qui, ici en France, ont déraillé vers la violence d'État systémique. Merci Nuñez (et tous les prédécesseurs...).
