tisiphoné a écrit :
c'est aussi chez les agriculteurs qu'il y a un suicide tous les deux jours.
De suicides, il y en a dans toutes les professions, chez les ouvriers, chez les flics, chez les chômeurs, et c'est par nature un acte profondément intime qu'on ne peut certainement pas lier avec un seul facteur, économique ou autre. Je pense que la solitude de bon nombre d'agriculteurs est un facteur au moins aussi important d'explication.
Bref, je ne connais pas de près le milieu agricole, donc je regarde les faits et j'essaye de comprendre. Il y a de toute évidence de nombreux exploitants qui ont des difficultés à survivre, il y a semble-t-il des histoires de prix et de surproduction, dont je ne maîtrise pas les détails. Ils défendent leur gagne-pain, ça me semble légitime, je ne perds tout de même pas de vue qu'ils ont massivement soutenu, notamment par le biais de la FNSEA, toutes ces politiques qui les ont menées à cette situation. C'est assez facile de venir pleurer après, surtout quand on bénéficie d'un régime protectionniste dont aucune autre profession ne peut se vanter et de subventions pharaoniques qui nous coûtent à tous un max pour un résultat plus que médiocre. En bref, ces gens qui sur un plan personnel votent le plus souvent pour défendre leur patrimoine -en général très conséquent- et un système ultra-libéral, sont bien contents de bénéficier de la protection de l'Etat et de l'UE quand ça les arrange. Il y a quand même beaucoup d'hypocrisie chez ces gens-là .
Par ailleurs, c'est un autre fait qu'il s'agit de la catégorie sociale la plus riche en patrimoine, et de très loin. Ce n'est pas moi qui le dit, mais toutes les enquêtes qui le démontrent. Et on parle bien de patrimoine net, pour couper court aux explications sur l'endettement, effectivement souvent important. Presque tous sont proprios de leur logement principal, le plus souvent par héritage, et de terres souvent très étendues. Là encore, je sais qu'une large partie est constitué par le matériel à usage professionnel, que le taux d'endettement est important, et que leurs bénéfices sont souvent insuffisants pour assumer tous les frais. J'entends bien. Mais un agriculteur qui "met la clé sous la porte", au-delà du drame personnel, se retrouve rarement "à poil" : il peut toujours vendre une partie de son patrimoine pour continuer à vivre -très- confortablement. Un ouvrier qui se fait virer n'a rien, en général. Un chômeur, encore pire. Un jeune qui enchaîne les contrats merdiques que les politiques rêveraient de généraliser, il n'a accès à rien. Ces gens-là , dont on ne parle jamais, sont certainement bien plus à plaindre, et ils ne bénéficient pas du tout de la même attention médiatique et politique, loin s'en faut, quand on les traite pas ouvertement de parasites. Il y a un traitement différencié qui est choquant, notamment sur le plan judiciaire, quand on voit qu'on pourchasse en justice (et qu'on condamne même à des peines de prison !) des ouvriers licenciés pour avoir esquinté un ordinateur ou retenu un cadre; tandis que les agriculteurs bloquent les routes, dégradent les bien publics, incendient les préfectures sans être jamais inquiétés ni avoir à rembourser un seul centime des dégradations commises. Oui, ça, ça me donne envie de dégueuler, c'est un traitement de faveur flagrant et inadmissible.
Bref, quand à ceux qui disent "ben t'as qu'à faire leur boulot alors", je leur répondrai que je n'en ai aucune envie, qu'il est effectivement très difficile, prenant et qu'il nécessite des compétences que je ne possède pas. Mais là aussi on pourrait facilement renverser l'argument, et balancer aux agriculteurs-voyous que s'ils ne sont pas contents de leur sort, ils n'ont qu'à changer de voie. Ils ont la chance de pouvoir le faire aisément grâce à leur capital plus important que n'importe quelle autre classe sociale, si vraiment c'était si pénible que cela pour tous, je pense que beaucoup le feraient.