Vous oubliez, oups, que
du point de vue de la nature dont nous dépendons tous, le Loup est nécessaire et ne fait pas de dégâts.
Alors que son extermination/régulation si.
Et que l'élevage des moutons fait de graves dégâts... et pousse à l'extermination de toutes les espèces sauvages dont la montagne est le dernier refuge.
Maintenant, après l'Ours, le Lynx et le Loup, les éleveurs accusent les vautours d'attaquer leurs troupeaux et veulent qu'on les tue.
Au nom de quoi?
Le pastoralisme réel (pas celui des cartes postales) est-il utile ou nuisible à l'intérêt général?
Il a déboisé les bassins versants. C'est indéniable.
Chaque automne, nous en voyons les conséquences dans les journaux télévisés : des crues de plus en plus violentes, rapides et dévastatrices.
Des inondations catastrophiques...
Il n'y a plus assez d'arbres et de racines pour retenir la terre et freiner la violente descente de l'eau quand il y a de fortes pluies en montagne.
Les avalanches? Même chose. Rien ne freine et arrête mieux une avalanche qu'une forêt. Et ces forêts ont été coupées et brûlées par les bergers.
Les petites fleurs qui accompagnent les publicités qui veulent nous faire croire qu'elles parfument les fromages et que la montagne a produites pour ça?
Avec des troupeaux de plusieurs milliers de têtes pâturant et surpaturant librement sans la direction d'un berger, on voit des estives où ils ne restent que quelques espèces végétales : une herbe très rase, ajoncs, bruyère, cirse laineux (chardon), orties, etc.
Les plantes nitrophiles prennent le dessus et remplacent les plantes orophiles.
Les plantes orophiles sont celles qui poussent naturellement à découvert (sur la pelouse alpine, par exemple).
Les plantes nitrophiles sont celles qui poussent quand le sol est riche en azote.
Alors d'où vient l'azote qui permet à ces plantes nitrophiles de remplacer ou d'empêcher l'installation des plantes orophiles (plus naturelles au dessus des forêts)?
Bien évidemment, elle vient des déjections (crottes et urine) des troupeaux de milliers d'ovins .
A quoi servent ces fleurs disparues?
Les belles prairies à fleurs des Alpes sont celles où les moutons ne mettent jamais les pieds ou très peu . Certaines à basse altitude sont pourtant à mettre au compte de l'élevage, ce sont les prairies de fauche, destinées à produire du foin. En montagne, il en va bien autrement.
Les crottes de brebis tapissent le sol. Les sources jadis potables ne le sont plus.
Privés de leurs plantes hôtes, les espèces d'insectes disparaissent, puis, à leur tour les oiseaux.
Les seuls qui y trouvent leur compte sont les scarabées bousiers et...les charognards, qui sont encore de trop.
Les estives ou alpages se trouvent au-dessus de la "limite" des arbres parce que les défrichements ont été effectués à partir de la vraie (au sens de naturelle) limite supérieure des arbres, mais en descendant vers la vallée, en les éliminant.
La preuve: la déprise agricole provoque une "remontée" de la forêt. En l'absence de pâturage par les moutons, la forêt regagne le terrain perdu.
Si ce que disent les éleveurs de la forêt (entretien des espaces ouverts) est vrai, elle ne pourrait pas le faire, les conditions naturelles (altitude, température moyenne du sol et nombre de jours de gel, vent, ensoleillement, etc) empêcheraient les arbres de pousser.
Or, ils poussent...sur les estives désertées....jusqu'à la vraie limite supérieure des arbres.
Au Pays Basque, et dans toutes les régions de piémont consacrées à l'élevage, TOUTES les estives ont été gagnées sur la forêt, car elles sont situées en moyenne montagne.
Elles sont "entretenues" par l'écobuage, c'est à dire le feu plus ou moins bien dirigé par les bergers, grillant plus de randonneurs que les patous n'en tuent ....
Le piètinement des brebis, le surpâturage, l'urine acide dénudent le sol.
Le pastoralisme, avec l'ouverture des pistes , puis de routes (aggravant l'érosion) a ouvert la montagne à des millions de forçats de la bagnole
Ca c'est un problème qui nous concerne tous et nous met devant nos responsabilités autant que nos plus ou moins grosses flatulences automobiles.
Colonisation: tête de pont de la barbarie dans une civilisation d'où, à n'importe quel moment, peut déboucher la négation pure et simple de la civilisation. Aimé Césaire "Discours sur le colonialisme"