MALADIES VIRALES ET BACTÉRIENNES PERSISTANTES D’IMPORTANCE CHEZ LES MIGRANTS
Au sein des populations migrantes, la prévalence des maladies transmises par le sang est plus élevée que dans la population générale pour les raisons listées plus haut. Une méta-analyse récente a démontré que la prévalence de .6 La séroprévalence chez les migrants, stratifiée selon les régions d’origine, correspond au niveau d’endémicité rapporté dans le monde par l’OMS et le CDC (Centers for Disease Control and Prevention) : un peu plus de 10% des migrants originaires d’Afrique subsaharienne et d’Asie de l’Est sont porteurs d’une hépatite B chronique, entre 4 et 6% parmi ceux originaires d’Europe de l’Est et d’Asie centrale, alors que la prévalence est inférieure à 2% au sein des populations de migrants originaires d’Afrique du Nord, du Moyen-Orient et d’Amérique Latine.7 Le risque d’infection est aussi significatif chez les migrants qui voyagent dans leur pays d’origine pour rendre visite à leur famille et leurs amis.4 Ces données doivent encourager à proposer systématiquement un screening aux migrants originaires de pays endémiques, d’autant plus que plusieurs études suggèrent que le rapport coût-bénéfice de cette intervention est bon.6 De plus, il est recommandé de proposer une vaccination aux migrants susceptibles.
Pour l’hépatite C, l’augmentation de la prévalence moyenne d’un facteur deux chez les migrants par rapport aux autochtones est significative, mais moins marquée que pour l’hépatite B. Des études phylogénétiques révèlent que les migrants de première génération sont infectés par des souches rarement observées en Europe, tendant à prouver que l’infection survient dans le pays d’origine avant le processus migratoire. Les voyages dans les pays d’origine et les conditions de vie ne semblent pas influer de manière significative sur l’épidémiologie, les migrants de deuxième génération ayant une prévalence comparable à celle des autochtones.6,8
Concernant le VIH, les populations migrantes, principalement originaires d’Afrique subsaharienne, représentent une proportion considérable des infections en Europe.9 Ces constatations s’observent aussi en Suisse, où les migrants, originaires d’Afrique subsaharienne, constituent le deuxième groupe le plus touché par le VIH après les hommes homosexuels.2 Chez ces migrants, l’infection est généralement contractée dans le pays d’origine avant le processus migratoire ; néanmoins au retour de vacances, le VIH (ainsi que d’autres MST) est plus fréquemment diagnostiqué chez des voyageurs VFR que chez les touristes, ce qui souligne l’importance de sensibiliser les migrants aux risques de MST lors de voyages.4 Chez les migrants originaires de pays à forte endémicité, des dépistages devraient être encouragés, la maladie étant fréquemment diagnostiquée très tardivement.2,9
L’herpès de type 2 (HSV2) est une maladie virale de transmission principalement sexuelle. Dans la population générale, la prévalence est généralement plus élevée dans les pays en développement que dans les pays occidentaux. Les prévalences les plus faibles s’observent en Europe de l’Ouest, avec une moyenne de 15%, alors qu’en Afrique sub-saharienne, des prévalences moyennes de 62% sont rapportées.10 Peu d’études ont évalué cette pathologie au sein des populations migrantes. En Grèce, les femmes issues de l’immigration sont cinq fois plus souvent infectées par le HSV2 que les autochtones.11 En Suisse, au sein d’une population masculine carcérale à Genève, la prévalence est deux fois plus élevée chez les migrants originaires d’Afrique subsaharienne et d’Amérique latine (35,5%) par rapport aux européens de l’Ouest (17,6%).12 Etant donné que le HSV2 est associé à une morbidité considérable et qu’il augmente le risque de transmission du VIH d’un facteur 2 à 3, la prévention doit être renforcée auprès des populations migrantes.
A propos des maladies bactériennes, la tuberculose est surreprésentée au sein des populations migrantes. Dans de nombreux pays d’Europe occidentale, plus de la moitié des cas de tuberculose active sont diagnostiqués chez des personnes nées à l’étranger (69% des cas en Suisse).13 La haute prévalence de la tuberculose chez les migrants correspond au niveau d’endémicité dans les pays d’origine. Ces personnes ont en effet un risque accru d’avoir été en contact avec le bacille de la tuberculose avant d’émigrer et ainsi d’avoir une infection latente par Mycobacterium tuberculosis.2 Les voyages des migrants dans leur pays d’origine représentent aussi un facteur de risque additionnel de contage, dû à des contacts plus étroits avec les populations locales que les autres touristes.5 De plus, des conditions de vie dans le pays de résidence favorisent aussi l’infection, en raison de la promiscuité avec d’autres migrants, des logements parfois insalubres et mal ventilés, et des barrières dans l’accès aux soins.
Une autre maladie bactérienne persistante, pour laquelle une attention particulière doit être portée chez les migrants, est la syphilis, pathologie qui continue de représenter un problème de santé publique dans les pays occidentaux. Les taux d’infections, qui sont plus élevés chez les migrants que dans la population générale, sont le reflet non seulement de l’endémicité dans les pays d’origine, mais aussi d’une exposition augmentée au sein des populations de migrants.2,14,15
MALADIES TROPICALES PARASITAIRES PERSISTANTES CHEZ LES MIGRANTS
La schistosomiase, la strongyloïdiase et la maladie de Chagas sont des exemples de maladies parasitaires, responsables d’une morbidité significative dans les pays tropicaux et subtropicaux endémiques. Etant donné la période de latence généralement très longue de ces parasitoses, les migrants qui s’infectent avant d’émigrer peuvent vivre souvent de nombreuses années avant de présenter des complications et des symptômes évocateurs. L’infection peut aussi survenir lors de voyages dans les pays d’origine : en effet, la schistosomiase est plus souvent diagnostiquée chez les voyageurs VFR que chez les touristes, de même que les parasites intestinaux, dont fait partie la strongyloïdiase.5,16 Des cas de malaria avec une période d’incubation de plusieurs mois, ainsi que des rechutes tardives, surviennent occasionnellement. Dès lors, en cas d’état fébrile, la malaria doit être évoquée chez les migrants même plusieurs mois ou années après avoir quitté une zone endémique.17
Schistosomiase
Environ 207 millions de personnes sont infectées par une des espèces de schistosome dans le monde, 93% dans des pays d’Afrique subsaharienne et le reste en Asie et dans certaines régions d’Amérique du Sud. Dans les pays endémiques d’Afrique, en moyenne 25% de la population ont une schistosomiase.18 Quelques études sérologiques, réalisées au sein de populations migrantes, ont démontré des prévalences variant entre 10,7 et 44%.19–24 La maladie s’acquiert par contact de la peau intacte avec de l’eau douce (lacs, rivières) contaminée par la présence de larves. Selon les espèces de schistosomes, les vers adultes se localisent au niveau des veines mésentériques de l’intestin grêle (S. mansoni), du côlon (S. japonicum) ou du plexus vésical (S. haematobium). Les adultes survivent en général de cinq à sept ans, mais il existe des cas avec une survie décrite de plus de 30 ans.25
Dans les pays où la maladie est endémique, les manifestations cliniques aiguës (dermatite cercarienne ou fièvre de Katayama) surviennent principalement chez les voyageurs. Les migrants originaires de zones endémiques sont concernés par des symptômes en lien avec la pathologie chronique. Dans ce cas, les symptômes sont secondaires à l’inflammation qui est consécutive au dépôt d’œufs au niveau des tissus de l’hôte. En cas de schistosomiase intestinale, les œufs s’accumulent au niveau de la paroi du côlon et du rectum. La patient pourra présenter des douleurs abdominales, accompagnées ou non de diarrhées muqueuses et d’une perte d’appétit. Le processus inflammatoire se manifeste au niveau local par de petites ulcérations, des micropolypes et de petits saignements. Les œufs peuvent aussi migrer et se déposer au niveau du parenchyme hépatique, où ils pourront induire une fibrose progressive qui peut obstruer les veines portes et provoquer une hypertension portale secondaire, dont la complication la plus redoutée est l’hématémèse sur varices œsophagiennes.25
La schistosomiase génito-urinaire peut être asymptomatique ou induire une micro ou macrohématurie, une dysurie, et occasionnellement des fibroses et calcifications. Les lésions au niveau des uretères peuvent provoquer des sténoses urétérales, avec hydronéphrose et insuffisance rénale secondaire. Dans la littérature, une association est décrite entre schistosomiase et cancer vésical. Une atteinte des organes génitaux peut également survenir, entraînant chez la femme des lésions ulcéreuses de la vulve, du vagin ou du col utérin, et parfois des lésions ovariennes. Chez l’homme, des atteintes testiculaires, prostatiques ou de l’épididyme peuvent survenir.25,26
En ce qui concerne le diagnostic, la sérologie est très utile, 95% des personnes infectées ayant des anticorps positifs. Les examens parasitologiques coprologiques et urinaires permettent d’identifier les espèces, mais ont une faible sensibilité. L’absence d’hyperéosinophilie n’exclut pas la schistosomiase, en particulier durant la phase de chronicité. Le traitement de praziquantel est simple, sûr et efficace.27