Peut être n'avez vous jamais entendu parler du procès....
Cet article est le premier du récit en deux parties du procès de Carmen Bois, 23 ans, accusée d'avoir tué son père, Basile Gabarri dit Miguel, par arme à feu. Retrouvez ici l'épisode suivant.
Le commandant Moustacakis entre dans la pièce. Carmen est assise sur une chaise, elle attend. Elle ne dit rien. L’officier de police n’a pas l’habitude d’avoir une fille aussi jeune dans son bureau. Avant d’être à la PJ de Nîmes, il a travaillé pendant des années dans le grand banditisme à Marseille. Carmen, avec ses longs cheveux noirs et ses vingt printemps, pourrait être son enfant.
– Ça va?
– Oui. Mais mon papa va arriver, il va me gronder.
– Non Carmen, ton papa est mort.
Elle se met à pleurer. À côté, ses deux frères Sasha*, 17 ans, et Jérémie*, 14 ans sont eux aussi en garde à vue. C’est un 1er avril pas vraiment drôle et dehors, il pleut.
C’est elle qui a appelé les pompiers. Il était 16h09 quand elle a hurlé au téléphone pour la première fois. Derrière, tout le monde hurlait aussi. Carmen explique qu’elle a tiré sur son père. Lors de tragédies, tout va très vite pendant, puis tout est lent ensuite. La mère de Carmen s'impatiente, elle rappelle les secours quelques minutes après sa fille. À Beaucaire, petite ville au nord de la Camargue, les routes ne sont pas noires de monde.
À leur arrivée, les secouristes découvrent un homme couvert de sang gisant dans le salon, un torchon ensanglanté posé à côté de lui sur le canapé. Ils tentent de le réanimer au sol, en vain. Basile Gabarri, dit Miguel, est décédé. Une balle dans la nuque. Il avait 41 ans.
Une histoire de langues
Pour atteindre la scène de crime, le commandant Moustacakis doit se frayer un passage parmi une cinquantaine de personnes. Des gitans, attroupés devant la maison; Basile Gabarri est l’un des leurs. Ils sont paisibles mais, entre les nombreux va-et-vient et l’affolement général, la scène a été polluée. Une douille est retrouvée dans la cuisine. Sur le frigo, le commandant trouve un pistolet Browning 9 mm, son chargeur est vide. Huit personnes vivent là : Basile, le père, Emmanuelle, la mère, et leurs six enfants, Carmen (20 ans), Manon* (18 ans), Sasha (17 ans), Jérémie (14 ans), Noëlla* (12 ans) et le petit dernier, Simon* (3 ans). Carmen, Sasha et Jérémie sont déjà au commissariat, en garde à vue. «Le jeune âge [de Jérémie] peut faire tiquer mais il est assez gaillard pour tenir une arme au poing», indiquera le commandant Moustacakis devant la cour d’assises du Gard, à Nîmes. La maman, Emmanuelle, est dans un fauteuil roulant. Elle est myopathe. Quant à Manon, bien que majeure, elle ne sera jamais entendue par les enquêteurs «car elle souffre d’un léger retard mental».
Dans leurs premières déclarations, Sasha et Jérémie évoquent une bousculade. Aux enquêteurs, leur mère affirme: «C’est moi qui ai enlevé l’arme des mains de mon mari et le coup est parti». Aux jurés, le commandant Moustacakis infirme: «Compte tenu de son état de santé, c’est impossible». Au tribunal, Carmen tranche: «Ma mère elle veut tellement me défendre qu’elle dit n’importe quoi».
La jeune femme avoue avoir tiré. Elle l’a dit aux pompiers à 16h09, l’a répété dans le bureau de la police judiciaire dès son arrivée, et le redit à nouveau deux ans, six mois et six jours plus tard devant la cour d’assises de Nîmes. Elle était seule avec son père dans le salon quand c’est arrivé.
Pour moi c'est toujours une victime....