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Interrogé à l’occasion de l’entretien donné mardi 14 juillet, Emmanuel Macron a pris la défense de Gérald Darmanin, nommé au ministère de l’intérieur malgré les accusations de viol qui pèsent contre lui, en s’érigeant contre « la démocratie d’opinion ».
« Je suis, de là où je me place, le garant de la présomption d’innocence », a dit le président de la République, assurant que les faits reprochés « remontent à beaucoup plus loin » que le début de son quinquennat et que « cette affaire a déjà fait l’objet de plusieurs enquêtes, et à plusieurs reprises a été classée ou a donné lieu à une absence de suites ».
« Il y a une procédure pour des raisons de forme qui revient », a-t-il simplement convenu au sujet de la reprise des investigations décidées le 15 juin par la cour d’appel de Paris et confiées à un juge d’instruction dans le cadre d’une information judiciaire. « Il ne m’appartient pas d’en juger », a ajouté M. Macron au sujet de cette décision.
Celle-ci constitue un désaveu procédural pour la juge d’instruction saisie après le dépôt d’une plainte avec constitution de partie civile qui avait rendu une ordonnance de non-informer. La cour d’appel ayant considéré notamment que la magistrate « ne pouvait se fonder uniquement sur les résultats de l’enquête préliminaire » pour refuser de relancer les investigations. L’enquête préliminaire avait été classée sans suite en 2018 par le parquet de Paris sans que M. Darmanin ne soit confronté à son accusatrice.
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« Jugement de rue ou de réseaux sociaux »
Emmanuel Macron a indiqué ensuite avoir eu une discussion avec Gérald Darmanin « sur la réalité de ces faits et de leur suite » et, dans une formule étonnante pour un dossier de cette nature, expliqué qu’« il y a aussi une relation de confiance d’homme à homme ».
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Au lendemain de l’annonce de la nomination de Gérald Darmanin au ministère de l’intérieur et alors que de nombreuses voix féministes faisaient entendre leur indignation, l’Elysée avait fait savoir que la plainte pour viol « semblait évoluer dans le bon sens ». Ce commentaire était-il une interprétation erronée de la décision de la cour d’appel ou se fondait-il sur des éléments de l’enquête couverts par le secret mais qui seraient remontés jusqu’à l’Elysée ?
A l’occasion de son audition, le 9 juillet, devant la commission d’enquête parlementaire sur les obstacles à l’indépendance de la justice, l’ancienne garde des sceaux Nicole Belloubet avait assuré n’avoir demandé aucune remontée d’information sur ce dossier.
Le président de la République a défendu son choix de nomination, s’indignant qu’« à partir du moment où quelqu’un est accusé, n’est pas jugé, il devient en quelque sorte la victime d’un jugement de rue ou de réseaux sociaux ». Une phrase qui rappelle celle tenue par son nouveau ministre de la justice, Eric Dupond-Moretti, lors de sa passation des pouvoirs, mais qui ne figurait plus dans la transcription des propos présidentiels transmis mardi soir par le service de presse de l’Elysée.

