Tu devrais lire Bourdieu sur le sujet aussi.Jiimmy a écrit : 18 août 2020 02:14 Enfin, depuis les années 50, les sociologues, psychologues, économistes ou autres réfléchissent à la question de l'inégalité des chances. De nombreuses théories ont été formulées pour tenter d'expliquer la reproduction sociale à l'oeuvre au sein du milieu scolaire (que ce soient au niveau de la valorisation familiale des études, l'appréciation du rôle de l'école dans la réussite sociale, la valorisation de la culture, les bénéfices escomptés sur la vie future de la réussite scolaire, les handicaps cognitifs apportés aux enfants par les milieux les plus défavorisés etc.....)
En ce qui me concerne, je trouve que le point de vue de Raymond Boudon sur la question est plus qu'intéressant. Celui-ci a rédigé un ouvrage sur ce sujet et si je peux résumer grossièrement. Sans nier le fait que selon son milieu social, l'individu est plus ou moins bien préparé à performer à l'école, du fait de son capital culturel qui sera plus ou moins important (de toutes évidences, un enfant issu d'un milieu social aisé sera plus disposé à la réussite scolaire grâce notamment aux loisirs qui auront pu être les siens, à l'éducation reçue, aux enseignements déjà acquis etc....) Raymond Boudon produit une analyse, à partir de données statistiques notamment, concluant qu'un autre mécanisme s'avère encore plus prépondérant et ce de façon exponentielle avec le temps.
En l'occurrence, il s'agit des stratégies familiales d'orientation. Résumé grossier : Selon les milieux, un individu aura plus ou moins tendance à se satisfaire du niveau auquel il est parvenu. Ainsi, la situation sociale des familles fait qu’elles apprécient différemment les risques, les coûts et les avantages de l’investissement scolaire. Un enfant qui aura atteint le "niveau social" de ses parents, par la formation qu'il aura validée, aura tendance à s'en satisfaire et le regard de sa famille à son égard le sera tout autant.
De ce fait, les familles les moins aisées produiront des individus qui, indépendamment de leurs compétences scolaires, se risqueront moins dans de longues et/ou coûteuses études même s'ils en ont les capacités (car au fil de l'avancée dans les études, les disparités en terme de compétences scolaires suivant les milieux sociaux d'origine s'amenuisent) car ceux-ci estimeront avoir déjà atteint un niveau suffisant (les attentes familiales étant moindre, les individus intérioriseront des schèmes de perception les conduisant à se satisfaire de diplômes moins élevés que ceux auxquels aspireront les individus issus de milieux plus favorisés) et estimeront plus facilement que les risques encourus sont trop importants pour se lancer dans certaines voies plus prestigieuses.
Boudon a beaucoup apporté à la sociologie mais son approche me pose problème.
Il est le père de l'individualisme méthodologique en France mais il conçoit l'individu comme étant rationnel.
Il a une conception de l'individu proche de l'homo oeconomicus qui réalise des choix en pleine conscience, à l'aide du fameux calcul coût-avantage. Ce qui, en réalité, est rarement le cas.
