Justice est faite.
Assassinat d’Agnès Lassalle : l’élève condamné à quinze ans de réclusion au terme d’un procès «digne»
La cour d’assises des mineurs des Pyrénées-Atlantiques a rendu ce vendredi 24 avril son verdict dans l’affaire de la professeure de Saint-Jean-de-Luz poignardée en plein cours en février 2023. «
La justice est excellente»,
a estimé Stéphane Voirin, l’ancien compagnon d’Agnès Lassalle.
Dans la salle d’audience du tribunal de la cour d’assises de Pau, la mère de l’accusé s’effondre dans les bras de son ex-mari peu après l’annonce du verdict.
Elle vient d’apprendre, ce vendredi 24 avril, que son fils, lycéen au moment des faits, a été reconnu coupable de l’assassinat de sa professeure d’espagnol, Agnès Lassalle. Il a été condamné à quinze ans de réclusion assortis d’un suivi sociojudiciaire de dix ans avec une injonction de soins. Son avocat, Thierry Sagardoytho, a annoncé qu’il ne ferait pas appel de son jugement.
C’est l’épilogue d’une semaine intense dans la salle d’audience. Durant quatre jours, à huis clos, les débats ont tourné autour des événements qui ont mené à la mort d’Agnès Lassalle, le mercredi 22 février 2023, peu après 9 h 45, poignardée en plein cours par l’un de ses élèves de seconde. Mineur au moment des faits, le jeune homme de 19 ans désormais, encourait jusqu’à vingt ans de réclusion criminelle pour l’assassinat de son enseignante.
Stéphane Voirin, l’ancien compagnon d’Agnès Lassalle, qui avait ému le public en dansant à côté de son cercueil lors de l’inhumation a confié dans la journée précédant le verdict : «
Je me sens apaisé».
A l’issue du procès, persiste une pointe de déception pour lui : que l’accusé n’ait pas été capable d’expliquer réellement son geste ni d’exprimer de véritables regrets. «
J’attendais des paroles sincères qui ne sont pas arrivées mais l’essentiel a été dit», a-t-il déclaré.
La présidente de la cour, Christelle Cariou, en annonçant le verdict a expliqué à l’accusé qu’une partie de la sévérité de la peine tenait à «une prise de conscience modérée» de sa part.
La question de l’altération du discernement au cœur des débats
Des débats - qui ont beaucoup tourné autour de la personnalité de l’accusé et de sa santé mentale – Stéphane Voirin souhaite retenir avant tout «la bienveillance» et la bonne tenue générale qui «dans l’esprit et la méthode» lui ont semblé tendre un miroir à la rigueur avec laquelle sa défunte compagne exerçait son travail d’enseignante. Une parole qu’il a réitérée après le verdict : «La justice est excellente», a-t-il réagi en sortant de la salle d’audience.
L’avocate générale Caroline Parizel avait requis seize ans de prison assortis d’un suivi sociojudiciaire de dix ans laissant les jurés libres de l’appréciation sur l’altération ou non du discernement de l’accusé. Car c’était la question qui occupait toutes les têtes : l’ancien lycéen de l’établissement de Saint-Thomas-d’Aquin était-il en pleine possession de ses moyens au moment du passage à l’acte ? Si l’altération a bien été retenue dans la décision finale, elle n’a pas beaucoup abaissé la peine. «L’accusé a mal vécu un épisode avec un camarade de classe. Tout au long de la soirée et jusqu’au lendemain, il a vécu un ouragan psychique. À aucun moment, dans les heures qui ont précédé son geste, il ne parle de l’intention de tuer Agnès Lassalle», relevait l’avocat Thierry Sagardoytho.
Le collège de psychiatres qui a statué sur l’état de santé mentale du jeune homme a conclu à une «altération légère» du discernement. Un autre psychiatre et une psychologue évoquent un potentiel trouble du spectre autistique (TSA) non détecté. Avant les faits, il était suivi pour une dépression sévère et avait fait une tentative de suicide fin 2022. Pour les avocats de l’ancien compagnon, Mes Stéphane Binet et France Deiss-Rabbé : «cela ne pose aucune difficulté que l’altération soit reconnue». En pointillé, la défense a aussi mis sur la table la prise en charge déficiente de la psychiatrie pour les adolescents en France, estimant qu’un meilleur suivi aurait pu éviter le geste fatidique.
Dignité et apaisement
Thierry Sagardoytho a aussi rendu hommage à la «dignité» dans laquelle s’est déroulé ce procès d’assises. «Ce que je veux retenir de ce procès ce sont deux familles qui se sont écoutées, qui se sont respectées et qui, pour certains, se sont embrassés.»
Quant à l’ex-compagnon d’Agnès Lassalle, il garde en tête la sortie de prison de l’accusé qui a déjà passé trois ans derrière les barreaux : «
Il aura une seconde chance et j’espère que ce monsieur saura la saisir.»
Ses avocats ont aussi évoqué la possibilité d’ouvrir la porte à une forme de justice restaurative : «
Cela aurait tout son sens dans ce dossier.»
Mis à jour à 21 h 45 avec l’article complet de notre correspondante.
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