Cette manière de justifier la violence de Poutine et d’inverser les responsabilités dans cette guerre – comme si c’était l’Ukraine qui attaquait la Russie – n’est pas sans rappeler l’incroyable manière dont Marion Le Pen essaye désormais de camoufler sa soumission à Poutine en émettant fort opportunément quelques critiques bien limitées. Ces dernières sont aussitôt « regrettées » par l’entourage du Maître du Kremlin avec des larmes de crocodile, quand en réalité Poutine a bien l’intention que des extrémistes prennent le pouvoir en Europe pour détruire cette liberté et cette prospérité qu’il déteste.
Comment s’opposer efficacement à cette stratégie de peur et de soumission ?
Cette guerre russe contre l’Ukraine ne peut se terminer que par une victoire (Poutine défait ou l’Ukraine dévastée) ou par une négociation (la Russie s’arrête sur la ligne de front comme la Corée du Nord sur le 38e parallèle). Dans les deux cas, ce ne seront les conséquences que du seul langage que Poutine comprend : la force.
Cela ne signifie nullement que les pays européens doivent s’engager dans une guerre « classique de haute intensité », dans une confrontation directe de leurs armées avec une Russie qui serait aux abois, et donc plus dangereuse que jamais. Au contraire, les Européens ont fait le choix à ce stade de mener une « opération militaire spéciale » de nature à briser les espoirs que caresse encore Poutine de soumettre l’Ukraine. Cette dénomination « opération militaire spéciale » peut faire sourire, mais elle existe déjà.
En effet, la situation sur « la zone de front des combats » est de plus en plus trouble : le cercle de Poutine lui rapporte des avancées substantielles et des gains incontestables (à condition de lui laisser plus de temps), alors que les Ukrainiens sont probablement en train de renverser la dynamique du front, sans pour autant le clamer « sur tous les toits » tant ils savent que cette situation reste fragile. Mais les progrès des Ukrainiens sont « frappants ».
Sur le « front en profondeur », la situation est accablante pour le pouvoir de Poutine, incapable de protéger jusqu’à la capitale Moscou, où des drones et des missiles ukrainiens explosent au quotidien, même pendant cette mascarade d’élection dont les opposants au régime étaient interdits de se présenter (peut-être le modèle pour Le Pen et Mélenchon ?).
De fait, c’est la combinaison de la pression sur ces deux fronts, – sur la zone de combats et en profondeur –, qui permettra que Poutine soit renversé (par son propre cercle désespéré de cette impasse) ou que le maître du Kremlin soit obligé à une négociation pour survivre à ses échecs. Et c’est là que les Européens font pression, dans le cadre d’une « opération militaire spéciale ».
Une opération militaire spéciale contre Poutine
En effet, les Européens ne peuvent pas se contenter de seulement se protéger contre les attaques de Poutine, ils doivent aussi riposter pour parler le seul langage que comprend Poutine, celui de la force. Ce sont les Européens qui permettent aux Ukrainiens, par leur financement et par leurs apports technologiques, de fabriquer des armes renvoyant la guerre jusqu’en Russie. Ils leurs apportent aussi des renseignements cruciaux pour dessiner les trajectoires les plus adaptées tandis que les Etats-Unis se montrent de plus en plus réticents, en particulier à frapper des infrastructures pétrolières en Russie.
Sans le dire, mais sans coup férir, les Européens (avec les Canadiens, les Australiens et probablement le Japon et la Corée du Sud) apportent un soutien crucial aux ripostes ukrainiennes, pour les surveiller aussi afin qu’elles ne dérivent pas, mais surtout pour les doper, les développer et leur permettre de s’adapter aussi vite que possible aux évolutions technologiques et tactiques russes.
Ces frappes dans la profondeur en Russie, combinées à des attaques cyber (informatique) menées sans publicité contre des organismes et entreprises russes, font partie de cette « opération militaire spéciale » destinée à faire plier ou disparaître Vladimir Poutine. Croisons les doigts pour qu’aucun parti extrémiste n’arrive au pouvoir entre-temps dans un pays majeur de l’Europe et n’essaye de neutraliser cette opération militaire spéciale destinée à contrer celle-là même que Poutine mène contre notre sécurité et notre avenir.